21e Foire de Lomé

Libye/Mouammar Kadhafi : 15 ans après, le MMLK réclame une réponse africaine

Anselme AVI
By
Anselme AVI
Anselme AVI est un journaliste et rédacteur togolais spécialisé dans l’actualité politique, économique, sociale et sportive. À travers ses analyses et reportages, il privilégie un journalisme...
7 Min Read
Mouammar Kadhafi
🎧 Écouter cet article ≈ 2 min
0:00 –:––

Quinze (15) ans après la mort de Mouammar Kadhafi, le Mouvement Martin Luther King (MMLK) relance le débat sur les circonstances de la chute de l’ancien dirigeant libyen et les conséquences de l’intervention militaire de l’OTAN en 2011. À travers une déclaration rendue publique, l’organisation dirigée par le pasteur Edoh Komi dénonce les responsabilités qu’elle attribue à l’Alliance atlantique et appelle l’Union africaine (UA) ainsi que l’Alliance des États du Sahel (AES) à s’impliquer davantage dans la recherche d’une solution africaine à la crise libyenne.

« Le 20 octobre 2011 demeure, aux yeux du MMLK, une date marquante dans l’histoire politique du continent. La mort de Mouammar Kadhafi est un tournant aux conséquences durables pour la Libye et pour l’Afrique. Nous contestons le discours ayant justifié l’intervention militaire internationale au nom de la protection des populations civiles et y voyons une opération motivée, par des intérêts stratégiques et économiques occidentaux », a indiqué le MMLK.

- Advertisement -

Mouammar Kadhafi, figure du panafricanisme

Dans sa déclaration, le mouvement présente l’ancien dirigeant libyen comme une figure du panafricanisme, attachée à l’intégration politique et économique du continent. Il met notamment en avant son projet des États-Unis d’Afrique, son soutien financier à l’Union africaine et son appui aux mouvements de libération. Le MMLK évoque également son ambition de promouvoir une monnaie africaine adossée à l’or, considérant ces initiatives comme autant de manifestations d’une volonté de renforcer l’indépendance du continent.

« Vous avez fabriqué un dictateur pour abattre un visionnaire bâtisseur », dénonce l’organisation, qui accuse l’OTAN d’avoir contribué à la disparition d’un dirigeant dont les ambitions panafricaines dérangeaient, selon elle, les intérêts occidentaux.

Quinze ans après les événements, le MMLK dresse un bilan particulièrement préoccupant de la situation libyenne. Le pays reste confronté à des divisions politiques, à la présence de groupes armés et à des ingérences étrangères qui compliquent les efforts de stabilisation.

- Advertisement -

Le mouvement établit également un lien entre la dispersion des armes issues de l’arsenal libyen après la chute du régime et la dégradation de la situation sécuritaire au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

« Les conséquences du conflit ont largement dépassé les frontières libyennes et contribué à fragiliser plusieurs pays de la région sahélienne. L’assassinat de Kadhafi n’a pas apporté la démocratie en Libye. Il a apporté le chaos au Sahel », a affirmé le mouvement. Une analyse qui traduit sa conviction que la disparition de l’ancien dirigeant a privé l’Afrique d’un soutien politique et financier important.

- Advertisement -

Le MMLK rapproche par ailleurs cet épisode de la capture de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, en Côte d’Ivoire. Il voit dans ces deux événements les manifestations d’une volonté de contenir les ambitions de souveraineté de certains dirigeants africains. Cette lecture alimente son plaidoyer en faveur d’un continent capable de maîtriser ses ressources naturelles, de définir ses priorités et de décider librement de son avenir.

Face à l’enlisement de la crise, le mouvement appelle les différentes composantes de la société libyenne à privilégier le dialogue et à rechercher une issue politique durable. Il estime que le règlement du conflit doit avant tout reposer sur la volonté des Libyens, avec l’accompagnement de leurs partenaires africains.

L’organisation se montre en revanche critique à l’égard des initiatives diplomatiques organisées dans les capitales occidentales. Elle soupçonne ces démarches de répondre à des intérêts économiques et stratégiques, notamment autour des ressources pétrolières et de la reconstruction du pays.

Une solution africaine pour la crise libyenne

Pour le pasteur Edoh Komi et son mouvement, la recherche d’une solution durable exige donc un changement d’approche, avec une implication plus forte des institutions africaines. « Aux problèmes africains, des solutions africaines », martèle le MMLK, qui propose de privilégier des cadres de concertation organisés dans des villes comme Lomé, Bamako, Niamey ou Addis-Abeba, plutôt qu’à Paris, Londres ou Berlin.

L’organisation invite ainsi l’Union africaine et l’AES à prendre leurs responsabilités afin de favoriser une réconciliation nationale, de soutenir le dialogue entre les Libyens et de contribuer à la restauration de la stabilité dans le pays.

Au-delà de la recherche d’une solution politique, le MMLK formule plusieurs revendications. Il demande que la mémoire de Mouammar Kadhafi soit examinée dans les programmes scolaires, que les réflexions sur l’unité politique et économique africaine soient relancées et que les circonstances de sa mort fassent l’objet d’un examen permettant d’établir les responsabilités.

Le mouvement souhaite notamment que les projets des États-Unis d’Afrique et du dinar-or retrouvent une place dans les débats sur l’intégration continentale, sous l’impulsion de l’UA et de l’AES. Il réclame également que les personnes qu’il considère comme les commanditaires de l’assassinat répondent de leurs actes devant l’histoire.

Pour inscrire cette mémoire dans la durée, l’organisation propose deux initiatives. La première consiste à instaurer, chaque 20 octobre à 12h30, une minute de silence panafricaine en hommage à l’ancien dirigeant libyen et aux figures du continent disparues dans des circonstances tragiques. Le MMLK souhaite voir cette commémoration observée dans les écoles, les universités, les lieux de culte et les institutions africaines.

La seconde proposition porte sur la création d’un « Jardin de la mémoire panafricaine » au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba. Cet espace serait consacré aux personnalités africaines assassinées et à leur contribution aux luttes pour l’émancipation du continent. Un baobab dédié à Mouammar Kadhafi constituerait le premier symbole de ce lieu de mémoire.

Rejoignez notre chaîne WhatsApp pour ne rien rater !

Share This Article
Follow:
Anselme AVI est un journaliste et rédacteur togolais spécialisé dans l’actualité politique, économique, sociale et sportive. À travers ses analyses et reportages, il privilégie un journalisme fondé sur la rigueur, la vérification des faits et la proximité avec les réalités locales, avec un intérêt particulier pour le sport.