Les regroupements politiques porteurs du « Manifeste Génération Togo » rejettent l’idée d’un dialogue politique au sein du Cadre permanent de concertation (CPC). Gilbert Bawara, ministre des relations avec les institutions avait relancé récemment l’appel à l’opposition togolaise. Mais ces regroupements accusent le pouvoir de chercher à contourner la portée de l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO et réaffirment leur revendication d’une transition politique suivie d’assises nationales.
Le débat autour de l’avenir institutionnel du Togo connaît un nouvel épisode. Devant l’Assemblée nationale, le 9 octobre dernier, Gilbert Bawara, ministre des Relations avec le Parlement et les Institutions, a estimé que les critiques sur le blocage politique ne reflètent pas les efforts réels entrepris par le pouvoir et le chef de l’État, Faure Gnassingbé.
M. Bawara affirme que les travaux du Cadre Permanent de Concertation (CPC) se poursuivent et reproche à certains partis de l’opposition de bouder cette instance tout en critiquant l’absence de dialogue. Il appelle ces acteurs à faire preuve de pragmatisme et à assumer leur part de responsabilité au lieu de rejeter la faute uniquement sur l’exécutif.
Dans une déclaration, les formations et organisations regroupées autour du « Manifeste Génération Togo » dénoncent ce qu’elles qualifient de « dialogue de dupes ». Elles estiment que des discussions au sein du CPC ne constituent pas une réponse à l’arrêt rendu par la Cour de justice de la CEDEAO sur la réforme constitutionnelle togolaise de 2024.
Arrêt de justice de la CEDEAO et le dialogue politique
Au cœur de leur argumentaire figure l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la juridiction communautaire. Dans sa décision, la Cour a conclu que la modification constitutionnelle du 25 mars 2024 constituait un « changement inconstitutionnel de gouvernement » au sens de l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Elle a notamment ordonné au Togo de veiller à ce que ses futures réformes constitutionnelles soient conformes aux standards régionaux en matière de démocratie et de gouvernance.
Cette frange de l’opposition togolaise donne à cette décision une portée politique plus large. Selon eux, elle impose l’ouverture d’une transition politique destinée à conduire à des réformes institutionnelles et à des assises nationales.
Cette lecture est toutefois contestée dans le débat public. Le dispositif de l’arrêt ne prononce pas explicitement l’annulation de la Constitution de 2024 ni n’ordonne l’organisation d’une transition politique ou d’assises nationales. La portée exacte de la décision fait depuis plusieurs mois l’objet d’interprétations divergentes au Togo.
‘Manifeste Génération Togo’ pointe une stratégie du pouvoir
Pour les signataires du « Manifeste Génération Togo », un dialogue au sein du CPC répondrait à une stratégie du pouvoir visant à sortir de ce qu’ils présentent comme une impasse institutionnelle. Ils accusent le gouvernement de vouloir associer certains partis de l’opposition à un processus qui permettrait, selon eux, de donner une nouvelle légitimité aux institutions issues de la réforme constitutionnelle de 2024.
« Nous rejetons catégoriquement cette manipulation », affirment-ils, estimant qu’un dialogue politique suivi d’élections ne saurait, à leurs yeux, se substituer à la transition qu’ils réclament.
Ces regroupements de l’opposition togolaise assurent également avoir anticipé cette séquence. Ils rappellent avoir organisé, le 11 mars 2026, une conférence de presse au cours de laquelle ils disent avoir dénoncé les « manœuvres » aujourd’hui attribuées au pouvoir.
Un mémorandum en faveur d’une transition
Le 12 août dernier, les regroupements porteurs du « Manifeste Génération Togo », avec les membres du Cadre national de concertation pour le changement (CNCC), ont signé un mémorandum définissant leur ligne politique. Le document affirme que la décision de la Cour de justice de la CEDEAO doit conduire à l’ouverture d’une transition politique et à la mise en œuvre de réformes institutionnelles destinées, selon ses signataires, à rétablir l’ordre démocratique et l’État de droit.
Cette position constitue désormais leur principal cadre de revendication face aux initiatives de dialogue engagées par le pouvoir. Les signataires adressent par ailleurs une mise en garde aux partis politiques et organisations de la société civile susceptibles de participer aux consultations initiées par les autorités.
Ces entités de l’opposition togolaise accusent le pouvoir de chercher à « amadouer » certains partis d’opposition et à attirer des cadres issus de leurs propres regroupements afin de donner une portée plus large à son initiative. Elles préviennent que toute organisation signataire du mémorandum qui participerait à ce processus pourrait, selon eux, être considérée comme renonçant à la ligne commune définie en août.
Le ton adopté traduit ainsi une volonté de maintenir une ligne de démarcation nette entre les forces favorables à une transition et celles qui accepteraient de participer au dialogue institutionnel proposé par les autorités
Une nouvelle mobilisation annoncée pour novembre
Les signataires appellent leurs militants et, plus largement, les forces vives du pays à rester mobilisés. Ils réaffirment que seule, selon eux, une transition politique accompagnée d’assises nationales inclusives pourrait permettre de régler durablement les questions institutionnelles et les tensions sociopolitiques.
Les regroupements porteurs du « Manifeste Génération Togo » appellent enfin la population à rester attentive au mot d’ordre annoncé pour la Journée patriotique d’avertissement du 20 novembre 2026.
La déclaration est signée notamment par la DMK-Originale, la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), la Lumière pour le développement dans la paix (LDP) et le mouvement « Touche pas à ma Constitution ».
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