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Liberté de la presse : à Dakar, Loïc Lawson appelle à un pacte africain

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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À Dakar, le président de l’Union de la presse francophone (UPF), Loïc Lawson, a appelé samedi 10 octobre à passer des principes aux garanties concrètes pour la liberté de la presse en Afrique. Le journaliste togolais a proposé un pacte continental articulé autour de trois piliers : protection juridique, garanties professionnelles et engagement institutionnel. Une initiative présentée lors de la 2e édition du Salon international des médias d’Afrique (SIMA).

La liberté de la presse ne peut plus se limiter à une reconnaissance constitutionnelle. C’est le constat dressé par Loïc Lawson, président de l’Union de la presse francophone, lors du panel consacré au thème : « Vers un pacte africain pour la liberté de la presse : engagement continental pour des garanties juridiques et professionnelles ».

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« Le titre dit « Vers un pacte ». Moi je dis : il est urgent », a déclaré le journaliste togolais. Selon lui, si la liberté de la presse est proclamée dans les constitutions africaines, elle reste encore insuffisamment garantie dans les tribunaux et au sein même des rédactions.

Trois fragilités de la liberté de la presse à corriger

Pour Loïc Lawson, les difficultés tiennent à trois dimensions : juridique, professionnelle et économique.

Sur le terrain juridique, le président de l’UPF dénonce la persistance de législations qu’il juge restrictives et une dépénalisation encore inachevée du délit de presse. Il affirme que des journalistes continuent d’être détenus pour des infractions liées à leur activité dans au moins 18 pays africains.

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La situation professionnelle constitue, selon lui, un autre point de vulnérabilité. Il avance que 60 % des journalistes sont sans contrat, sans assurance ou sans carte professionnelle. À cela s’ajoute la fragilité économique des médias, qui compromet leur capacité à assurer durablement leur mission. « Il n’y a pas de pacte qui tient si un média meurt de faim », a-t-il estimé.

Une dépénalisation totale d’ici 2028

Face à ces difficultés, Loïc Lawson propose un pacte reposant sur trois piliers. Le premier concerne la garantie juridique. Le président de l’UPF appelle à une dépénalisation totale du délit de presse sur l’ensemble du continent à l’horizon 2028.

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Il propose également la création, dans chaque pays, d’un juge des libertés de presse, spécialement formé aux questions relatives aux médias, afin de limiter notamment les détentions préventives abusives. À cette mesure s’ajoute l’adoption d’une charte africaine sur la protection des sources journalistiques et des lanceurs d’alerte.

Une carte de presse africaine et un socle social commun

Le deuxième pilier porte sur la garantie professionnelle. Loïc Lawson défend l’instauration d’une carte de presse africaine unique, reconnue par les États, qui faciliterait l’accès des journalistes aux sources et contribuerait à leur protection et à leur couverture sociale.

Il plaide également pour l’instauration, dans chaque rédaction, d’un socle professionnel minimal comprenant des contrats de travail, des salaires décents et une protection sociale. « L’UPF ne défendra plus un média qui ne défend pas ses journalistes », a-t-il martelé.

Le président de l’organisation propose par ailleurs la création d’un mécanisme d’alerte rapide à l’échelle continentale. L’objectif serait de permettre qu’une arrestation ou une atteinte grave aux droits d’un journaliste dans un pays soit rapidement signalée aux organisations professionnelles et aux acteurs concernés dans les autres États. « Quand un journaliste est arrêté à Alger, Conakry, Dakar, Lomé, Madagascar sont alertés en une heure », a-t-il illustré.

Faire du SIMA le point d’ancrage du pacte

Le troisième pilier relève de l’engagement continental. À Dakar, Loïc Lawson a proposé que le SIMA puisse accueillir le secrétariat, provisoire ou définitif, du futur pacte. Il souhaite également l’adoption d’une « déclaration de Dakar 2026 » qui servirait de base à cet engagement continental. Il a, dans le même temps, suggéré que les pays invités d’honneur du SIMA, notamment l’Allemagne ou l’Algérie, puissent contribuer au financement d’un fonds de démarrage.

Pour le président de l’UPF, cette initiative ne doit toutefois pas être conçue comme une confrontation avec les pouvoirs publics. « Ce Pacte n’est pas contre les États. Il est pour les États. Un État fort a besoin d’une presse forte », a-t-il déclaré, citant notamment le Togo, le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Congo et le Mali.

L’UPF veut passer de l’observation à la protection

Cette intervention intervient quelques mois après l’élection de Loïc Lawson à la présidence de l’Union de la presse francophone, lors de l’assemblée générale du 29 mai dernier, avec un nouveau bureau. L’organisation, qui revendique 77 ans d’existence, est présente dans plus de 80 pays et compte plus de 4 000 journalistes membres. À Dakar, son président a voulu repositionner l’UPF comme un acteur de protection des professionnels des médias. « L’UPF n’est pas une association qui observe, c’est une maison qui protège », a-t-il résumé.

Le panel réunissait également Yannick Bessou de Côte d’Ivoire, Birame Faye de l’Institut Panos, Abdoul Diao de la Direction de la Promotion de la Bonne Gouvernance du Sénégal et Makene Bamba, directeur général de la RTG en Guinée.

La 2e édition du SIMA, organisée du 8 au 10 octobre à Dakar, réunit notamment des régulateurs, responsables d’écoles de journalisme, éditeurs, créateurs de contenus numériques, spécialistes de l’intelligence artificielle et représentants de la société civile. Les échanges placent au centre des débats l’avenir des médias africains, leur professionnalisation et les conditions d’une plus grande autonomie du secteur.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.