La croissance résiste, l’inflation ralentit et les finances publiques s’améliorent. Mais derrière ces indicateurs encourageants, la BIDC met en garde contre une reprise encore vulnérable. Dans son rapport annuel West African Development Outlook 2026, l’institution prévient que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient risquent de compromettre les progrès économiques enregistrés ces derniers mois.
La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) a publié l’édition 2026 de son West African Development Outlook (WADO), son rapport de référence consacré à l’évolution des économies ouest-africaines.
Une économie régionale en nette amélioration
Intitulé « Turbulences lointaines, Chocs familiers », le document dresse un constat contrasté : si l’Afrique de l’Ouest est parvenue à consolider ses équilibres macroéconomiques après plusieurs années de crises successives, elle demeure fortement exposée aux turbulences internationales, notamment celles liées au conflit au Moyen-Orient.
Le rapport souligne que l’année 2025 a marqué une étape importante dans le redressement économique de la région. La croissance du produit intérieur brut (PIB) régional s’est établie à 4,8 %, contre 4,7 % en 2024, confirmant une dynamique de reprise malgré un environnement international incertain.
Parallèlement, l’inflation a nettement reculé, passant de 25,3 % à 16,8 % en moyenne, tandis que les finances publiques se sont améliorées. Le déficit budgétaire régional est revenu de 3,7 % à 2,6 % du PIB, alors que la dette publique a diminué de 55,3 % à 49,3 % du PIB, traduisant des efforts de consolidation budgétaire engagés par plusieurs États de la CEDEAO.
Le conflit au Moyen-Orient, nouvelle menace
Malgré ces performances, la BIDC estime que les économies ouest-africaines restent vulnérables aux chocs extérieurs. Le rapport analyse en particulier les conséquences économiques de la crise au Moyen-Orient, dont les effets se répercutent déjà sur les marchés africains.
La hausse des prix du pétrole, des engrais et des coûts du transport international alimente de nouvelles pressions inflationnistes, accroît les coûts des importations et fragilise les balances commerciales des pays de la région.
Selon la BIDC, ces difficultés rappellent les perturbations déjà provoquées par la pandémie de Covid-19 puis par la guerre en Ukraine, confirmant la forte dépendance des économies ouest-africaines aux évolutions géopolitiques mondiales.
Une reprise encore insuffisamment inclusive
Pour le Dr Joseph Kwadwo Asenso, chef de la Division de la recherche et des études macroéconomiques de la BIDC, les résultats macroéconomiques demeurent encourageants, mais ils ne se traduisent pas encore suffisamment par une amélioration des conditions de vie.
« Le redressement macroéconomique enregistré par l’Afrique de l’Ouest en 2025 est encourageant, mais la reprise demeure fragile et insuffisamment inclusive. La priorité consiste désormais à préserver ces acquis, tout en veillant à ce que l’amélioration des performances économiques se traduise par des emplois productifs, une hausse des revenus et de meilleures conditions de vie », souligne-t-il.
Cette analyse met en lumière un paradoxe partagé par plusieurs économies africaines : des indicateurs macroéconomiques orientés à la hausse, mais une pauvreté persistante, notamment parmi les travailleurs.
Une croissance attendue, mais sous surveillance, d’après la BIDC
Les perspectives demeurent toutefois favorables. La BIDC prévoit une croissance régionale de 4,7 % en 2026, avant une légère accélération à 4,9 % en 2027. L’inflation devrait poursuivre son ralentissement, tandis que la dette publique continuerait à diminuer progressivement. Ces projections restent néanmoins conditionnées à plusieurs facteurs de risque.
L’institution identifie notamment les dérapages budgétaires, l’insécurité alimentaire, les tensions sur les taux de change, les pénuries d’électricité ainsi qu’un éventuel retour des pressions inflationnistes comme les principales menaces susceptibles de ralentir la reprise.
Face à ces incertitudes, la BIDC appelle les gouvernements ouest-africains à aller au-delà des réponses budgétaires de court terme. Pour le président de l’institution, Dr George Agyekum Donkor, la résilience de la région passe désormais par le développement de capacités industrielles locales.
Il plaide notamment pour des investissements dans le raffinage du pétrole, la production d’engrais, la transformation agricole et le renforcement des capacités alimentaires afin de réduire la dépendance de l’Afrique de l’Ouest aux marchés internationaux.
« Au-delà des interventions budgétaires à court terme des gouvernements, il est impératif de développer des capacités locales de raffinage du pétrole brut, de production d’engrais et de production alimentaire afin de garantir une souveraineté à moyen et long terme. Après tout, les chocs sont appelés à perdurer », affirme-t-il.
À travers cette nouvelle édition du West African Development Outlook, on retient que les fondamentaux économiques de l’Afrique de l’Ouest se redressent progressivement, mais seule une transformation structurelle des économies régionales permettra de résister durablement aux crises géopolitiques qui se succèdent et redessinent l’environnement économique mondial.
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