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CEDEAO : À Cotonou, parlementaires et commerçants réclament une intégration effective

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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Cinquante ans après la création de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le fossé entre les ambitions d’intégration régionale et les réalités du terrain demeure profond. Réunis à Cotonou dans le cadre d’une réunion délocalisée de plusieurs commissions du Parlement de la CEDEAO, parlementaires et acteurs du secteur marchand ont dressé un constat sans détour : les obstacles à la libre circulation continuent de freiner le commerce régional et de pénaliser des milliers d’opérateurs économiques.

Loin des discours protocolaires, les échanges organisés au marché PK3 d’Akpakpa, à Cotonou, ont donné la parole à ceux qui vivent quotidiennement les difficultés de l’intégration régionale. Députés venus du Bénin, du Sénégal, du Ghana, du Nigeria, du Cap-Vert, du Liberia et de la Gambie ont dialogué avec commerçants, grossistes, revendeurs et responsables de micro, petites et moyennes entreprises (MPME) afin d’identifier les principaux obstacles qui entravent encore la libre circulation des personnes et des marchandises.

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Il s’agissait de confronter les textes communautaires à la réalité des frontières, des marchés et des circuits commerciaux.

Marchés modernisés, mais équilibre économique fragile

Les parlementaires ont unanimement salué les investissements consentis par le Bénin dans la modernisation de ses infrastructures marchandes. Les nouveaux marchés offrent des conditions d’exploitation plus sûres, répondent à des exigences sanitaires accrues et limitent les risques d’incendie qui ont longtemps fragilisé le commerce urbain.

Ces infrastructures constituent également, selon plusieurs élus, un levier stratégique pour renforcer la compétitivité des commerçants locaux face à l’expansion des grandes enseignes internationales.

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Mais derrière cette modernisation, les préoccupations économiques restent nombreuses. Les représentants des commerçants ont notamment évoqué le poids des taxes forfaitaires, les contraintes liées aux horaires d’exploitation et, plus largement, la faiblesse du pouvoir d’achat qui limite leur capacité à rentabiliser leurs activités.

« Tout le monde doit participer à l’effort fiscal, c’est normal. Mais le problème, c’est le pouvoir d’achat. Lorsque vous achetez une marchandise à 500 000 francs CFA et que les taxes atteignent 200 000 francs CFA, cela devient insoutenable pour les petits commerçants », a résumé un représentant des usagers des marchés.

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Les débats ont également mis en lumière une réalité souvent ignorée : le visage du commerce ouest-africain évolue rapidement. Plusieurs intervenants ont insisté sur la présence croissante de diplômés de l’enseignement supérieur parmi les commerçants. Face à la rareté des emplois formels, de nombreux titulaires de licences, de masters, voire de doctorats, se tournent vers les activités marchandes pour assurer leur subsistance.

Pour les parlementaires béninois, cette évolution impose un changement de regard sur les acteurs des marchés, désormais considérés comme des partenaires économiques à part entière dans la construction du marché commun ouest-africain.

La carte biométrique, un outil devenu indispensable

L’un des temps forts de la rencontre a concerné les difficultés persistantes rencontrées aux postes-frontières. Malgré les textes garantissant la libre circulation au sein de l’espace communautaire, de nombreux commerçants continuent de subir des contrôles répétés, des retards administratifs et, parfois, des pratiques assimilées à du racket.

Les parlementaires ont particulièrement insisté sur la nécessité d’accélérer la généralisation de la carte nationale d’identité biométrique CEDEAO.

Selon eux, l’utilisation persistante du Certificat d’identification personnelle (CIP), dépourvu de puce électronique, complique les contrôles automatisés aux frontières, notamment vers le Nigeria, où les systèmes d’immigration reposent désormais sur la lecture numérique des documents.

Cette incompatibilité technologique entraîne des refus de passage, multiplie les vérifications manuelles et crée un terrain favorable aux abus. Les élus ont donc appelé les commerçants à adopter massivement la carte biométrique afin de faciliter leurs déplacements dans l’espace communautaire.

Persistance des tracasseries douanières

Les témoignages recueillis au cours des échanges ont illustré les difficultés auxquelles restent confrontés les opérateurs économiques. Une commerçante spécialisée dans les produits halieutiques a décrit les conséquences des contrôles répétitifs sur les échanges régionaux.

Selon elle, les nombreuses tracasseries administratives poussent désormais certains partenaires commerciaux d’Afrique centrale à privilégier des circuits informels, au détriment des voies officielles.

Elle a également rappelé que derrière les étals se trouvent souvent des diplômés privés d’opportunités professionnelles, pour lesquels le commerce constitue une activité de survie autant qu’un moteur économique.

50 ans après, l’intégration reste inachevée dans la CEDEAO

Au terme de cette rencontre, les parlementaires de la CEDEAO ont reconnu que les ambitions portées par les traités fondateurs de 1975 demeurent incomplètement réalisées. Ils ont annoncé la préparation d’une résolution destinée aux chefs d’État et de gouvernement de l’organisation régionale afin d’exiger une application plus rigoureuse des protocoles relatifs à la libre circulation des personnes et des biens.

Les élus souhaitent également instaurer un mécanisme permanent de concertation entre le Parlement communautaire et les organisations représentant les MPME, afin que les difficultés rencontrées en termes de libre circulation alimentent directement les travaux législatifs régionaux.

Au-delà des constats, cette réunion de Cotonou aura surtout rappelé une évidence : l’intégration ouest-africaine ne pourra produire ses effets que si les engagements communautaires se traduisent par des changements tangibles aux frontières, dans les administrations et sur les marchés. Cinquante ans après la naissance de la CEDEAO, les acteurs économiques attendent désormais moins de déclarations d’intention que des réformes capables de faire de la libre circulation une réalité quotidienne.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.