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EIF 2027 : la BIDC veut transformer les chocs mondiaux en levier d’investissement

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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Lancé mardi 29 septembre à Lomé, le Forum d’investissement de la CEDEAO 2027 (EIF 2027) entend placer la résilience économique, la transformation structurelle et l’inclusion au cœur de l’agenda ouest-africain. Face aux tensions géopolitiques, aux pressions inflationnistes et à la dépendance persistante aux matières premières, la BIDC veut rapprocher davantage projets, investisseurs et mécanismes de financement. Rendez-vous est fixé aux 7 et 8 avril 2027.

L’Afrique de l’Ouest aborde une nouvelle séquence économique avec une équation devenue plus complexe : préserver les acquis macroéconomiques tout en accélérant une transformation productive capable de mieux absorber les chocs extérieurs. C’est dans ce contexte que la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) a officiellement lancé à Lomé le Forum d’investissement de la CEDEAO 2027 (EIF 2027).

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Placée sous le thème « Résilience et transformation : surmonter les incertitudes mondiales et favoriser une croissance inclusive dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest », la prochaine édition se tiendra les 7 et 8 avril 2027. Le lancement a été marqué par les interventions de Dr George Agyekum Donkor, président de la BIDC et de son Conseil d’administration, d’Ismael Nabé, ministre guinéen de la Planification et de la Coopération internationale et président du Conseil des gouverneurs de la BIDC, ainsi que de la directrice de cabinet du ministre togolais de l’Économie et des Finances.

Une embellie macroéconomique face à des chocs

Dans son discours, George Agyekum Donkor a rappelé que la sous-région avait enregistré en 2025 une croissance du PIB de 4,8 %, contre 4,7 % en 2024. L’inflation moyenne a reculé de près de neuf points pour s’établir à 16,8 %, tandis que le déficit budgétaire est passé de 3,7 % à 2,6 % du PIB. La dette publique a également diminué à 49,3 % du PIB et la balance courante est restée excédentaire, à 1,8 % du PIB contre 0,3 % un an auparavant.

Mais cette amélioration n’a pas suffi à mettre la région à l’abri. Selon le président de la BIDC, les tensions géopolitiques et la hausse des prix de l’énergie et des engrais exercent de nouvelles pressions sur les économies ouest-africaines, avec des conséquences sur les prix à la consommation, les réserves extérieures et la stabilité monétaire.

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Pour la BIDC, l’expérience des dernières années impose donc de revoir la conception même de la résilience. La pandémie de Covid-19, puis la guerre entre la Russie et l’Ukraine, ont montré à quel point des acquis macroéconomiques peuvent être rapidement remis en cause par des chocs extérieurs.

Sortir de la dépendance aux matières premières

Le message porté à Lomé est clair : la résilience ne peut plus reposer principalement sur les cycles favorables des matières premières.

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La BIDC plaide pour une transformation structurelle permettant aux économies de la région de capter davantage de valeur à partir de leurs ressources. Cela passe notamment par le développement d’infrastructures destinées à soutenir la production, l’industrialisation et les connexions entre le secteur primaire et les activités de transformation.

Cette ambition rejoint les orientations présentées par Ismael Nabé. Pour le président du Conseil des gouverneurs de la BIDC, la résilience ne peut être dissociée de la transformation. Il s’agit notamment de faire évoluer l’agroalimentaire de la production primaire vers des activités à plus forte valeur ajoutée et d’utiliser les ressources minières comme levier de développement industriel et manufacturier local.

Le même impératif est revenu dans le discours de la représentation du ministère togolais de l’Économie et des Finances. L’Afrique de l’Ouest doit, selon cette intervention, réduire sa dépendance aux exportations de matières premières tout en important d’importants volumes de produits manufacturés. Les secteurs cités comme prioritaires comprennent l’agroalimentaire, l’industrie manufacturière, l’innovation numérique, les énergies renouvelables, la transformation minière et les industries fondées sur la connaissance.

Infrastructures, numérique et capital humain au cœur de l’équation

La transformation recherchée ne se limite toutefois pas à l’outil industriel. Elle suppose également des infrastructures capables de rapprocher les marchés et de réduire les coûts liés aux échanges.

Ports, corridors de transport, systèmes énergétiques fiables, connectivité numérique et réseaux logistiques figurent ainsi parmi les investissements identifiés comme déterminants. À cela s’ajoute le capital humain, considéré comme un élément indispensable pour convertir le potentiel démographique de la région en croissance productive.

La sous-région compte plus de 450 millions d’habitants, avec une population majoritairement jeune et de plus en plus connectée à l’économie numérique. Elle dispose également de ressources naturelles importantes, d’un potentiel agricole considérable et d’opportunités dans l’énergie, la technologie, l’industrie, la logistique et les services.

Le défi consiste donc moins à identifier les atouts qu’à créer les conditions permettant de les convertir en activités productives, en emplois et en investissements durables.

Les femmes et les jeunes au centre de la croissance inclusive

Cette transformation devra également être inclusive. George Agyekum Donkor a insisté sur la nécessité de soutenir davantage les associations de femmes, les innovations portées par des femmes et les entreprises dirigées par celles-ci.

Les jeunes occupent également une place importante dans cette stratégie. Face aux possibilités limitées d’emploi dans le secteur formel, la BIDC estime nécessaire de favoriser l’entrepreneuriat et de permettre aux jeunes de transformer leurs idées en activités économiques.

Le président du Conseil des gouverneurs de la BIDC a, lui aussi, insisté sur la nécessité de faire bénéficier les femmes, les jeunes, les petites entreprises et les communautés vulnérables des investissements engagés dans la transformation économique.

La BIDC mise sur sa stratégie « GRO »

Pour accompagner cette orientation, la BIDC entend s’appuyer sur sa stratégie GRO, son plan stratégique pour la période 2026-2030. L’acronyme renvoie à trois axes : Croissance, Résilience et Optimisation.

Le volet « Croissance » vise notamment à élargir les opportunités dans les différents secteurs de l’économie et à contribuer au financement d’infrastructures favorables au développement du secteur privé et à la diversification économique.

Le pilier « Résilience » intègre les dimensions environnementales, sociales et de gouvernance dans les opérations de la banque et celles de ses clients. Quant à l’« Optimisation », il vise notamment à améliorer l’efficacité et à réduire les délais d’intervention.

À travers le FIC 2027, la banque veut désormais aller au-delà du simple diagnostic. George Agyekum Donkor a présenté le forum comme un espace destiné à rapprocher les porteurs de projets et les bailleurs de fonds, avec des solutions de financement et des services de conseil.

Le secteur privé appelé à jouer un rôle moteur

Autre axe fort des discours : la place croissante du secteur privé dans la transformation économique de la région.

Le paysage mondial de l’investissement évolue, avec des investisseurs désormais attentifs non seulement aux rendements, mais également à la stabilité, à la résilience, à la durabilité, à l’innovation et au potentiel de marché à long terme. Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance occupent également une place croissante dans la mobilisation des ressources et le financement des projets.

Dans cette nouvelle configuration, les responsabilités sont appelées à se compléter : aux gouvernements la création d’un environnement propice, aux entreprises la création de valeur, aux entrepreneurs l’innovation, aux investisseurs la mobilisation des opportunités et aux partenaires au développement les mécanismes de soutien.

EIF 2027 mise sur l’intégration régionale

Les promoteurs du FIC 2027 veulent également faire de l’intégration régionale un levier de transformation.

La directrice de cabinet du ministre togolais de l’Économie et des Finances a souligné qu’un marché régional intégré pouvait favoriser le développement industriel, les chaînes de valeur et la circulation des biens et services. Un marché plus vaste est également susceptible de renforcer l’attractivité de la région auprès d’investisseurs à la recherche d’économies offrant davantage d’échelle.

Le FIC 2027 doit précisément servir de plateforme pour présenter des projets susceptibles d’accueillir des investissements, développer des partenariats public-privé et faciliter le dialogue entre décideurs et investisseurs.

Le lancement de Lomé constitue ainsi le premier acte d’un processus appelé à se poursuivre jusqu’au printemps prochain. Le rendez-vous des 7 et 8 avril 2027 devra permettre d’approfondir les échanges autour des moyens de renforcer la résilience, d’accélérer la transformation productive et d’élargir les bénéfices de la croissance.

Pour la BIDC, l’enjeu est désormais de passer d’une région exposée aux chocs à une région mieux équipée pour les absorber, tout en développant ses propres capacités de production, d’innovation et de financement.

Le EIF 2027 se veut donc moins un forum consacré au seul constat des vulnérabilités qu’un espace de mise en relation entre projets, capitaux, expertise et décideurs. La sous-région entend faire ainsi de l’incertitude mondiale non seulement une contrainte à gérer, mais aussi un accélérateur de transformation pour l’Afrique de l’Ouest.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.