À quelques mois de l’élection du prochain secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la campagne de Dacian Cioloș entre dans une phase décisive. Le 28 juillet, l’ancien Premier ministre roumain et ancien commissaire européen a échangé, par visioconférence, avec une cohorte de journalistes francophones issus de plusieurs pays dont le Togo. Pendant plus d’une heure, il a exposé sa conception d’une Francophonie appelée à sortir d’une logique essentiellement institutionnelle pour devenir un véritable espace de solutions, de coopération et de création de valeur.
Le ton est posé, le discours structuré et l’ambition assumée : faire de la Francophonie un acteur davantage influent dans les grands équilibres internationaux, tout en répondant aux attentes concrètes des populations, notamment de la jeunesse.
Une Francophonie à l’heure du choix
Pour Dacian Cioloș, la Francophonie traverse un moment charnière de son histoire. Dans un contexte marqué par les crises géopolitiques, les bouleversements climatiques, les transitions numériques et les nouvelles aspirations des sociétés, l’organisation ne peut plus se limiter à défendre une langue ou un patrimoine culturel. Elle doit désormais démontrer son utilité.
Dans son manifeste intitulé « Vision Francophonie 2030 », le candidat roumain estime que la Francophonie doit être jugée à l’aune de sa capacité à transformer concrètement la vie de ses citoyens et à créer des opportunités pour les jeunes, les femmes, les entrepreneurs et les créateurs. Selon lui, le rôle du secrétaire général dépasse désormais la simple gestion administrative de l’organisation : il doit incarner une vision, fédérer les acteurs francophones et bâtir des passerelles entre les États, les entreprises, les universités et la société civile.
L’Afrique comme priorité stratégique
L’un des axes majeurs de son projet concerne l’Afrique. Conscient que près de 85 % des francophones vivront sur le continent africain à l’horizon 2050, Dacian Cioloș affirme vouloir placer l’Afrique au cœur de la stratégie de l’OIF, non pas dans une logique d’assistance, mais de partenariat entre égaux.
Face aux interrogations suscitées par sa candidature, certains estimant que le poste devrait revenir à une personnalité africaine, le candidat roumain oppose une autre lecture de la Francophonie.
Selon lui, celle-ci n’est ni une géographie ni un héritage réservé à une région du monde. Elle repose avant tout sur une communauté de valeurs, un engagement partagé et le choix du français comme langue d’ouverture et de coopération. Il souligne également la longue tradition de coopération entretenue par la Roumanie avec plusieurs pays africains et affirme vouloir s’appuyer sur une administratrice africaine reconnue afin de renforcer cette dynamique.
Faire du français une langue d’opportunités
Au cours de son échange avec les journalistes, Dacian Cioloș est revenu sur ce qui constitue sans doute la pierre angulaire de son programme : faire évoluer la perception de la langue française. À ses yeux, le français doit rester une langue de culture, mais devenir tout autant une langue d’opportunités.
Étudier, entreprendre, accéder à un emploi, développer une innovation, attirer des investissements ou intégrer des réseaux économiques internationaux : voilà, selon lui, les nouvelles promesses que doit porter la Francophonie. Cette orientation traduit une volonté de donner une dimension économique beaucoup plus affirmée à l’organisation.
Le candidat insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de remplacer la mission culturelle historique de l’OIF, mais de la prolonger par une stratégie économique capable de produire des effets mesurables sur le développement des États membres. Les priorités qu’il met en avant couvrent notamment l’éducation, l’entrepreneuriat des jeunes, l’intelligence artificielle, la transition écologique, la sécurité alimentaire, l’innovation et l’autonomisation des femmes.
Une gouvernance fondée sur les partenariats
L’ancien commissaire européen défend également une réforme de la gouvernance de l’organisation. Plutôt qu’une administration centralisée, il imagine une Francophonie capable de mobiliser davantage de ressources, de renforcer ses liens avec les banques de développement, le secteur privé, les universités et les organisations de la société civile.
Son objectif est de faire de l’OIF une plateforme de coopération plus agile, davantage orientée vers les résultats et mieux connectée aux attentes des citoyens.
Cette approche, inspirée de son expérience à la tête du gouvernement roumain et au sein des institutions européennes, repose sur une culture de la transparence, de la redevabilité et de la gestion stratégique des ressources.
Convaincre au-delà des États
L’échange du 28 juillet avec les journalistes francophones s’inscrivait dans cette stratégie d’ouverture.
En multipliant les rencontres avec les médias, les universitaires, les entrepreneurs et les acteurs culturels, Dacian Cioloș cherche à faire de sa campagne un débat sur l’avenir même de la Francophonie, bien au-delà des seules négociations diplomatiques entre États membres.
Son message se veut rassembleur : dans un monde fragmenté, la Francophonie pourrait devenir un espace de confiance, de dialogue et de coopération où les souverainetés nationales s’articulent autour de projets communs, sans renoncer à leur identité.
Dacian Cioloș ou une candidature qui ouvre le débat
Au-delà de son issue, la candidature de Dacian Cioloș pose une question de fond : quelle Francophonie pour la prochaine décennie ? Faut-il maintenir une organisation principalement tournée vers la promotion de la langue française et de la diversité culturelle, ou lui donner une dimension plus économique, technologique et géopolitique ?
En proposant une « Francophonie des opportunités », articulée autour de l’innovation, de la jeunesse, du numérique, de l’entrepreneuriat et d’un multilatéralisme renouvelé, l’ancien Premier ministre roumain invite les États membres à repenser le rôle de l’OIF dans un ordre international en pleine recomposition.
Reste désormais aux gouvernements des pays francophones à départager les prétendants et à choisir celui ou celle qui portera, pour les prochaines années, les ambitions d’une communauté de plus de 320 millions de locuteurs répartis sur cinq continents. Pour Dacian Cioloș, cette ambition se résume en une formule qui traverse tout son projet : « rassembler pour construire », avec l’Afrique comme moteur d’une Francophonie plus influente, plus utile et plus proche de ses citoyens.
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