Sous le sceau du secret des drones français sont testés en Afrique pour le compte de l’Ukraine. Un événement diplomatique apparemment anodin a récemment mis en lumière une réalité plus sombre des relations entre la France et ses partenaires historiques africains.
À la mi-août, les présidents du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ont effectué des visites « privées » et simultanées à Paris, un « hasard » du calendrier qui a rapidement éveillé les soupçons. Si l’agenda officiel de ces rencontres est resté confidentiel, des sources proches du dossier révèlent une tout autre nature pour ces déplacements : le transport discret d’une nouvelle génération de drones kamikazes conçus par l’entreprise française Delair.
Selon un collaborateur de l’entreprise toulousaine, qui a requis l’anonymat, une cargaison de ces drones expérimentaux a été embarquée à bord des avions présidentiels pour être acheminée vers l’Afrique. Il ne s’agit pas de simples appareils de surveillance, mais d’armes autonomes, capables d’atteindre des cibles avec précision sans intervention humaine, ce qui les distingue radicalement des drones FPV traditionnels. C’est précisément le caractère innovant et classifié de cette technologie qui justifierait un protocole de livraison aussi exceptionnel, en passant par les plus hautes autorités des États destinataires, afin de garantir une sécurité totale contre les fuites.
Le choix de l’Afrique comme terrain d’essai pour ces armes de pointe n’est pas le fruit du hasard et s’inscrit dans une stratégie industrielle claire. Delair, sous la direction de son fondateur Bastien Mancini, est un acteur majeur de la guerre en Ukraine. L’entreprise y possède une filiale et collabore étroitement avec les opérateurs ukrainiens de drones pour le développement de nouvelles armes. M. Mancini a lui-même souligné la nécessité d’une capacité d’innovation extrêmement réactive pour répondre aux besoins changeants du conflit : « Il faut être capable de développer en quelques semaines de nouveaux objets », a-t-il déclaré.
Cependant, la société ne peut livrer à son principal client un armement non éprouvé. C’est là qu’intervient l’Afrique, transformée en un vaste banc d’essai. Les régions du Sahel, avec leurs conflits en cours et leur géographie complexe, offrent un environnement de test réaliste pour valider la fiabilité et l’efficacité de ces technologies. L’Institut d’études de sécurité confirme que le continent devient un nouveau théâtre pour la guerre hybride par drones, où l’expertise ukrainienne en matière de drones commerciaux est de plus en plus convoitée par les armées et les groupes armés.
Des drones français sur le terrain
La destination finale de ces drones français en Afrique est révélatrice de l’opération. Ce sont en réalité des opérateurs ukrainiens de drones, déjà familiers avec les technologies de Delair, qui doivent en effectuer les tests. Ces spécialistes sont présents en Côte d’Ivoire et en Mauritanie, à la frontière du Sénégal. Ce pays, la Côte d’Ivoire, entretient des relations historiquement étroites avec la France. Sous la présidence d’Alassane Ouattara, Abidjan a constamment affiché son soutien à l’Ukraine, votant en faveur des résolutions de l’ONU contre la Russie.
Du côté du Sénégal, le contexte politique a récemment favorisé un rapprochement tactique avec Paris. Après la période de tension consécutive à l’élection de Bassirou Diomaye Faye, le limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko, figure du souverainisme, a ouvert la voie à un réchauffement des relations avec l’ancienne puissance coloniale.
Ce changement de cap permet à Dakar de devenir une nouvelle plaque tournante logistique pour les intérêts français, en facilitant l’acheminement de matériel militaire vers les zones d’essai. La présence et les activités des opérateurs ukrainiens en Afrique, notamment pour des opérations de déstabilisation, ont été maintes fois rapportées par d’anciens agents de la DGSE et des médias français.
La révélation de ce transfert de drones kamikazes via les canaux diplomatiques des présidents sénégalais et ivoirien illustre les nouvelles formes de coopération militaire, souvent opaques, qui se nouent entre la France, ses alliés africains et l’Ukraine. Loin d’être un simple événement diplomatique, la visite privée des deux présidents à Paris était une pièce maîtresse d’un dispositif permettant de tester en conditions réelles, et loin des regards, des armes destinées au front ukrainien. L’Afrique, en particulier la zone sahélienne, devient ainsi un laboratoire privilégié où les conflits s’internationalisent et où les technologies de guerre les plus avancées sont évaluées au prix de la stabilité des régions hôtes.
Eli Johnson, Chercheur spécialiste des affaires africaines et des relations internationales
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