Sokpor Kossi Sitsopé Honoré, dit « Affectio », est de nouveau derrière les barreaux. Arrêté le 24 avril 2026 alors qu’il filmait un chantier près du domicile de ses parents, le jeune artiste est détenu à la brigade d’Agoè-Nyivé depuis une dizaine de jours. Pour l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), qui exige sa libération immédiate, cette arrestation s’inscrit dans une logique de harcèlement.
Les faits, rapportés par l’ANC, méritent d’être exposés avec précision. Le vendredi 24 avril 2026, Affectio est interpellé par l’unité Anti-gang alors qu’il prenait des images d’un chantier situé non loin du domicile familial. Selon ses proches, il s’agissait d’une simple documentation personnelle, sans intention politique ni diffusion immédiate.
Le mercredi 29 avril, informé de la détention, le président national de l’ANC, Jean-Pierre Fabre, se rend à la gendarmerie d’Agoè-Nyivé. En vain. Le commandant d’unité l’oriente vers le siège de l’Anti-gang à Djidjolé, où il rencontre le colonel Banawaï. Ce dernier promet un « traitement diligent » de l’affaire.
Le lendemain, nouvelle version est servie. D’après l’ANC, la gendarmerie indique que l’exploitation du téléphone portable d’Affectio aurait révélé des photos « au-delà du chantier » et Les investigations se poursuivraient. C’est ainsi que le poète reste en détention.
« Cela fait huit jours qu’Affectio est détenu. Une durée qui dépasse largement le délai légal, limité à quatre jours maximum », dénonce l’ANC dans un communiqué du 30 avril 2026.
« Fais ta part » : le poème qui a valu un an de prison
En janvier 2025, Affectio était déjà arrêté et incarcéré pour près d’un an. Motif invoqué ? Un poème intitulé « Fais ta part », jugé subversif par les autorités. Le texte, diffusé sur les réseaux sociaux, interpellait les dirigeants sur leurs responsabilités face aux difficultés quotidiennes des Togolais. Des vers simples, mais percutants.
Une invitation à la responsabilité citoyenne ? Pour la justice togolaise, ce fut une « atteinte à l’ordre public ». Affectio passa ainsi onze mois en détention préventive, avant d’être libéré en décembre 2025 sans jugement définitif.
Cette première affaire avait déjà suscité l’émotion des défenseurs des droits humains. Des organisations comme la FIDH ou Amnesty International avaient pointé du doigt l’instrumentalisation du droit pénal pour museler la liberté d’expression artistique.
Un schéma qui se répète
Aujourd’hui, le scénario semble se rejouer. Arrêté pour des images anodines, dans un contexte de voisinage, Affectio se retrouve de nouveau en détention, dans des conditions contestées.
Pour l’ANC, il ne fait aucun doute : « Le parti y voit une mesure arbitraire et une forme manifeste de harcèlement ». Une accusation grave, dans un contexte où la liberté d’expression reste un enjeu sensible.
À ce stade, les autorités judiciaires n’ont pas communiqué sur les motifs exacts du maintien en détention. Ce silence alimente les spéculations. Pour certains observateurs, il s’agit d’une simple application de la procédure pénale. Pour d’autres, c’est le signe d’une gestion politique des dossiers sensibles.
Une chose est sûre, dans un État de droit, la transparence sur les motifs d’une détention est une exigence minimale, surtout lorsqu’elle dépasse les délais légaux.
L’ANC exige la « libération immédiate et sans condition » d’Affectio. Mais au-delà de cette demande légitime, c’est toute la question de la place de la critique dans l’espace public togolais qui est posée.
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