À la veille de l’ouverture de la Conférence des ministres des Affaires étrangères Corée-Afrique, le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, a troqué son costume de diplomate pour celui d’universitaire. Invité à la tribune de l’Université des langues étrangères de Corée (HUFS), l’intellectuel et homme d’État a livré un plaidoyer rigoureux pour une déconstruction des biais cartographiques qui altèrent la perception mondiale du continent africain.
C’est un cours magistral aux résonances hautement politiques qu’a proposé Robert Dussey sur le campus mondial de Yongin, dans la province de Gyeonggi. Organisée conjointement par la Fondation Corée-Afrique, présidée par Kim Young-chae, et la Faculté d’études africaines de l’université dirigée par Kang Ki-hoon, cette conférence spéciale visait à offrir aux étudiants coréens une clé de lecture renouvelée des équilibres internationaux et de la réalité géographique africaine.
L’intervention du ministre togolais des affaires étrangères a porté sur le thème: « Redresser la carte : rétablir la véritable dimension de l’Afrique et réaffirmer sa voix sur la scène mondiale ». Prof Dussey a directement avancé le constat de ce que l’Afrique souffre encore d’un déficit de représentation juste, tant au sens propre qu’au sens figuré.
Le piège de la projection de Mercator
Au cœur de la démonstration de Robert Dussey figure la critique de la projection de Mercator. Conçue en 1569 par le géographe néerlandais Gerardus Mercator pour faciliter la navigation maritime, cette carte du monde reste la plus largement diffusée aujourd’hui, malgré ses distorsions mathématiques bien connues.
Le ministre a opposé cette vision classique aux cartes à aire équivalente (comme la projection de Peters), mettant en lumière des disparités visuelles saisissantes. Par exemple, on remarque une distorsion du Nord avec la projection de Mercator qui gonfle artificiellement la superficie des pays de l’hémisphère nord. Ensuite, la minimisation du Sud avec une réduction proportionnelle de la taille des masses continentales du Sud, au premier rang desquelles l’Afrique, qui apparaît visuellement bien plus petite que sa réalité physique.
« L’Afrique n’est pas un seul pays, mais un continent composé de 54 pays. Nous devons changer notre perception du continent africain et rechercher une définition géographique et une représentation correcte de ce dernier dans le monde. Il faut comprendre le continent africain dans une perspective équilibrée », a déclaré Prof Robert Dussey devant l’assistance.
Pour le chef de la diplomatie togolaise, cette déformation visuelle n’est pas neutre. Elle façonne de manière inconsciente la perception de la puissance et de l’importance géopolitique des régions au sein de la communauté internationale. Il a ainsi salué la campagne de rectification cartographique actuellement menée par l’Union africaine (UA), appelant à une prise de conscience globale.
Robert Dussey, le ‘soldat de la diplomatie intellectuelle’
Le choix de Robert Dussey pour mener ce plaidoyer académique à Séoul ne doit rien au hasard. Avant de devenir l’artisan de la politique étrangère du Togo, l’homme est un universitaire de haut vol, spécialiste de la philosophie politique, de la paix et des mécanismes de résolution des conflits.
Son parcours illustre cette double compétence de théoricien et de praticien. De 2005 à 2013, Robert Dussey a été conseiller diplomatique officiel du président de la République togolaise. Depuis 2013, il est le ministre des Affaires étrangères du Togo.
En portant ce débat scientifique dans l’un des principaux pôles universitaires de Corée du Sud, Robert Dussey pose les jalons d’un dialogue asio-africain débarrassé des prismes eurocentrés. Une initiative saluée par les cercles académiques de Séoul, à l’heure où la péninsule cherche précisément à redéfinir et approfondir ses partenariats stratégiques avec le continent africain.
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