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Carte du monde : Voici pourquoi Robert Dussey tient à la fin de l’impérialisme cartographique

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA
Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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Prof Robert Dussey

Le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, mène une offensive inédite auprès des Nations unies au sujet de la carte du monde. Il veut obtenir la substitution de la célèbre projection de Mercator par le modèle « Equal Earth ». Derrière cette querelle de géographes se cache un enjeu éminemment politique, symbolique et financier. Décryptage des arguments d’une bataille pour la vérité cartographique.

La carte du monde telle que nous la consultons dans les manuels scolaires ou sur nos smartphones est-elle un outil de domination inconscient ? C’est la conviction de Robert Dussey. Dans un entretien accordé au média Brut, le ministre togolais des Affaires étrangères détaille la campagne internationale « Correct The Map ». Mandaté par l’Union africaine, Lomé plaide à New York pour l’adoption d’une résolution historique à l’Assemblée générale de l’ONU afin d’imposer une nouvelle représentation de la Terre.

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Rétablir la vérité scientifique face aux distorsions de Mercator

Le premier argument brandi par Robert Dussey est d’ordre purement scientifique. La projection de Mercator, conçue au XVIe siècle, écrase les régions équatoriales et surestime les zones polaires. Enfin, sur nos cartes actuelles, le Groenland et l’Afrique semblent faire la même taille alors que le continent africain est en réalité 14 fois plus grand que l’île arctique.

« La vérité scientifique, c’est que la projection Mercator ne donne pas une représentation réelle du continent africain. Il nous faut changer le narratif », pose d’emblée le ministre.

Pour corriger cette anomalie, le Togo propose d’adopter la projection « Equal Earth », formalisée en 2018, qui respecte la proportionnalité des surfaces. Robert Dussey se défend toutefois de tout révisionnisme agressif envers le savant Gérard Mercator. « C’était un scientifique qui a fait son travail dans un souci de navigation maritime et en tenant compte des intérêts occidentaux de l’époque. Ce n’est pas un instrument politique dirigé contre qui que ce soit. C’est une vérité scientifique. », a-t-il dit.

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Un maillon de la « réparation » historique de l’Afrique

Portée au sommet de l’État par le président du Conseil, Faure Gnassingbé, l’initiative a franchi avec succès les étapes institutionnelles africaines. Le 17 février dernier, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine a officiellement acté le rejet de la carte Mercator.

Pour la diplomatie togolaise, ce projet s’imbrique directement dans le thème de la réparation des crimes de l’esclavage et de la colonisation, adopté par l’organisation panafricaine en 2025. Changer la carte, c’est décoloniser les esprits et redonner à l’Afrique sa juste place — visuelle et symbolique — dans la conscience universelle. Lomé s’attelle désormais à convaincre les 192 États membres de l’ONU, en misant sur la bonne foi des grandes puissances pour bâtir un document consensuel.

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Une transition à plusieurs milliards de dollars

Robert Dussey ne sous-estime pas la résistance matérielle à laquelle son projet va se heurter. Modifier la projection officielle de la planète implique un séisme industriel et éditorial mondial. Ce combat induit la réimpression de millions de manuels scolaires d’histoire et de géographie. De même, il faudra reconfigurer les puces électroniques, des systèmes de navigation et des logiciels de positionnement par satellite (GPS).

« Derrière ce combat, il y a beaucoup d’argent en jeu […] C’est potentiellement des milliards de dollars américains d’investissements à reconsidérer », concède le ministre, qui estime cependant que le coût financier ne saurait l’emporter sur la rigueur historique.

Carte du monde et identité culturelle

À ceux qui objectent que le continent africain fait face à des urgences plus immédiates — économiques, sanitaires ou sécuritaires —, le chef de la diplomatie togolaise oppose une fin de non-recevoir philosophique. Pour lui, le développement matériel ne peut se faire au détriment de l’émancipation intellectuelle.

« Répondre ainsi, ce serait dire à un enfant qu’on envoie à l’école qu’il ne doit pas apprendre l’histoire ni la géographie, seulement compter l’argent pour gagner sa vie. L’histoire, la géographie et les sciences humaines constituent ce qui est essentiel dans la formation d’un être humain. Tout est prioritaire. », a appuyé Robert Dussey.

En portant le projet « Equal Earth » devant le concert des nations, le Togo rappelle que la souveraineté d’un continent commence d’abord par la maîtrise de sa propre image.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.