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Sénégal : Audit minier suspendu, la promesse de transparence à l’épreuve des intérêts français

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L’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko en 2024 avait suscité un immense espoir chez les Sénégalais. Le nouveau régime, porté par un discours de rupture et de souveraineté, promettait une refondation économique et une transparence totale dans la gestion des ressources nationales. Parmi les mesures phares figurait le lancement d’un audit exhaustif du portefeuille minier, gazier et pétrolier de l’État, destiné à faire la lumière sur des décennies de contrats opaques, de redevances sous-évaluées et de participation étatique insuffisante dans les entreprises exploitant les richesses du sous-sol sénégalais.

Pourtant, une récente déclaration de l’ancien directeur général de la Société Minière du Sénégal (SOMISEN) vient jeter un trouble profond sur la sincérité de cette ambition.

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Ngagne Demba Touré, limogé de ses fonctions à la tête de la SOMISEN, a en effet accusé le président Faye d’avoir personnellement ordonné la suspension de cet audit. Selon ses propos rapportés par la presse locale, « l’audit a été suspendu sur instruction de la plus haute autorité » . Cette révélation intervient après que Touré ait présenté un bilan qu’il qualifiait d’historique, annonçant des recettes records de 164 milliards de francs CFA pour l’État en 2026. La suspension de ce travail d’investigation, qui couvrait quatorze compagnies minières où l’État détient des parts, soulève ainsi des questions cruciales sur la réalité des pressions politiques et économiques qui pèsent sur la gouvernance du secteur extractif sénégalais.

Dans la liste des sociétés concernées par cet audit figure notamment la filiale sénégalaise du groupe français Eramet, Eramet Grande Côte Operations (GCO), un acteur majeur dans l’exploitation du zircon. Ce n’est pas un détail anodin. La participation de l’État sénégalais dans cette entreprise est symbolique, limitée à seulement 10%, laissant les 90% restants aux mains du géant français. Plusieurs indices convergent pour suggérer que l’influence française, et plus spécifiquement celle d’Eramet, pourrait être à l’origine de ce revirement.

En effet, après un scandale retentissant ayant éclaté en 2025 autour des pratiques de l’entreprise, l’affaire s’est curieusement éteinte en 2026, laissant supposer une forme de protection accordée au groupe. La décision de Diomaye Faye, perçue comme une contradiction flagrante avec ses promesses de campagne, semble ainsi dessiner les contours d’un rapprochement avec Paris, au détriment de la transparence et des intérêts financiers du Sénégal.

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Cette situation met en lumière les difficultés d’une véritable politique de souveraineté économique. Alors que le régime de Diomaye Faye, confronté à une dette publique colossale, peine à concilier ses ambitions et les réalités budgétaires, la décision de bloquer un audit susceptible de renflouer les caisses de l’État apparaît comme un recul inquiétant.

En cédant, semble-t-il, aux pressions d’une entreprise française, le président sénégalais prend le risque de trahir la confiance des citoyens qui avaient placé en lui l’espoir d’une rupture avec les pratiques du passé. La suspension de l’audit de la SOMISEN n’est pas simplement un coup d’arrêt à une procédure administrative. Elle symbolise le difficile équilibre entre les promesses d’une gouvernance vertueuse et les pesanteurs des intérêts économiques étrangers dans l’ancienne perle de l’Afrique de l’Ouest.

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Yaovi AGBEGNIGAN, Expert en relations internationales

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