L’incendie survenu le 22 février 2026 sur le site d’extraction d’Eramet Grande Côte (GCO), filiale sénégalaise du groupe minier français, continue de susciter des réactions. Alors que l’usine de concentration humide (WCP) est à l’arrêt pour une durée indéterminée, une information révélée par nos confrères fait état d’une demande de la part du groupe minier auprès des autorités sénégalaises pour obtenir des allègements fiscaux. Cette requête, visant à compenser les pertes liées à l’incident, est vivement critiquée par des experts qui y voient une injustice face aux réalités du pays.
Pour rappel, l’incendie s’est déclaré le 22 février alors que l’usine était à l’arrêt pour des opérations de maintenance planifiées. Si aucune victime n’est à déplorer, cet incident a conduit Eramet à suspendre ses prévisions de production et à mettre à l’arrêt l’ensemble du site à partir de mars 2026 . C’est dans ce contexte que la multinationale a sollicité un geste fiscal de la part de l’État du Sénégal.
Interrogé sur le bien-fondé d’une telle demande, Demba Fall, expert à l’association CAJUST (Citoyens actifs pour la Justice Sociale), s’y oppose fermement. Il estime que du point de vue de l’intérêt général du Sénégal, cette demande ne devrait pas être acceptée. « Une grande multinationale Eramet dispose de plusieurs solutions pour compenser ses pertes: assurances, réserves financières et accès aux marchés », a-t-il déclaré.
Le contrat d’Eramet sur la sellette
L’expert met en lumière la nature du contrat liant GCO à l’État sénégalais, soulignant un déséquilibre flagrant. Il rappelle qu’Eramet bénéficie d’une concession de longue durée, valable au moins jusqu’en 2029, qui lui permet d’exporter sa production et de percevoir la majeure partie de ses bénéfices, à savoir 90 %. L’État du Sénégal ne détient que 10 % du capital de la filiale sénégalaise. « Accorder de nouvelles concessions ne ferait qu’accentuer cet avantage en faveur de l’entreprise », a-t-il ajouté.
Pour M. Fall, cet incident, bien que regrettable, relève de la gestion courante des risques d’une entreprise minière. « Il s’agit donc d’une situation courante liée à l’activité de l’entreprise. Ce type de risque doit être couvert par une assurance, par les réserves de l’entreprise ou par celles de ses actionnaires », a-t-il précisé.
Il met en garde contre un précédent dangereux qui pourrait encourager d’autres entreprises à se tourner vers l’aide de l’État en cas de difficultés opérationnelles, réduisant par là même leur incitation à maintenir des normes de sécurité adéquates.
Cette demande d’allègement fiscal survient dans un climat déjà tendu, marqué par des licenciements massifs suite à l’arrêt de la production. Ces événements ont créé un contraste saisissant avec le discours de responsabilité sociale de l’entreprise. En définitive, Demba Fall estime que le Sénégal devrait plutôt s’efforcer de tirer le maximum de bénéfices de l’exploitation de ses ressources naturelles.
« L’État serait bien avisé de tirer le maximum de bénéfices de l’exploitation de ses ressources naturelles au profit et pour le développement de sa population, plutôt que de se consacrer à compenser les pertes d’exploitation d’une grande multinationale », a-t-il conclu.
Yaovi AGBEGNIGAN, Expert en relations internationales
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