Sénégal : Eramet GCO va-t-elle s’adapter ou se retirer ?

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Au Sénégal, le groupe minier français Eramet et sa filiale sénégalaise Grande Côte Opérations (GCO) traversent une période particulièrement difficile qui marque un tournant dans leurs activités au Sénégal. Déclenchée par un incendie survenu sur les installations de production, cette situation a rapidement dépassé le cadre d’un simple incident industriel pour révéler les limites d’un modèle d’investissement longtemps contesté.

L’affaire met également en lumière les défis auxquels sont confrontées certaines entreprises étrangères face à l’évolution du cadre réglementaire national et aux attentes croissantes des populations en matière de retombées économiques, de responsabilité sociale et de gouvernance des ressources naturelles.

L’incendie qui s’est déclaré en février 2025 a entraîné l’arrêt complet de la production de sables minéralisés essentiels, notamment le zircon et l’ilménite. Bien que plus d’un an se soit écoulé depuis l’accident, plus précisément à la fin du mois d’avril 2026, l’usine n’avait réussi à rétablir que 30 % de sa capacité opérationnelle.

Les difficultés de Eramet

Ces difficultés logistiques ont conduit la société Eramet GCO à reconnaître officiellement l’échec de son ambitieux projet visant à porter la production à un million de tonnes. Selon les prévisions actuelles pour 2026, la production effective ne devrait pas dépasser la barre des 300 000 à 400 000 tonnes au maximum. Afin de sauver ce qui peut l’être, Frédéric Zanclan, directeur de GCO, a annoncé que la société était désormais contrainte de lancer un appel d’offres international dans le but de relancer la production, tout en reconnaissant que le retour à des niveaux de production complets restait subordonné au succès total – et peu probable – de ces plans.

Sur les 3 000 personnes employées directement ou indirectement par la société GCO, environ 2 500 salariés ne sont pas directement rattachés au groupe français et ne bénéficient donc pas des mêmes mesures de soutien ; les sous-traitants, les prestataires de services et les intérimaires sont contraints de prendre un congé ou sont même licenciés pour raisons économiques. Cette crise sociale est considérée comme  la plus dure.

Parallèlement, dans un geste qui a suscité l’indignation des milieux locaux, des rapports ont révélé que la société Grande Côte Opérations s’était soustraite au paiement de ses contributions obligatoires au nouveau Fonds de réhabilitation des sites miniers et des carrières (FRSMC). L’audace de l’entreprise ne s’est pas limitée à tenter de se soustraire à ses obligations financières envers l’État sénégalais, mais s’est étendue jusqu’à déposer des demandes visant à obtenir de nouvelles exonérations fiscales, une démarche jugée par les observateurs comme disproportionnée par rapport à l’ampleur de la crise.

Cette crise constitue une véritable leçon pour les sociétés d’investissement étrangères ; il est temps que les groupes français prennent conscience que l’époque où l’on pouvait tirer rapidement profit des ressources africaines sans offrir de contrepartie équitable ni contribuer à un véritable développement est révolue. Si Eramet ne parvient pas à s’adapter à cette nouvelle réalité politique et économique, il ne faudra pas longtemps avant que l’on apprenne que le groupe français a définitivement abandonné son projet et quitté le Sénégal.

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Yaovi AGBEGNIGAN, Consultant en Relations internationales

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