Réunis à Lomé, les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays africains et de partenaires du Moyen-Orient ont affiché une position commune face aux conséquences géopolitiques de la crise qui secoue cette région stratégique. À l’issue d’une conférence ministérielle extraordinaire de l’Alliance politique africaine (APA), les participants ont appelé au renforcement de la résilience économique du continent, à la désescalade militaire et à la mise en place d’un dialogue stratégique permanent entre l’Afrique et le Moyen-Orient.
Accueillie vendredi sous la présidence de Faure Gnassingbé, Président du Conseil du Togo, cette rencontre a réuni les représentants de 18 États africains ainsi que plusieurs pays du Moyen-Orient, dont les Émirats arabes unis, l’Iran, le Qatar et le Koweït. Le président sierra-léonais Julius Maada Bio, président en exercice de la CEDEAO, a également pris part aux travaux.
Une Afrique préoccupée par les répercussions de la crise
Dans leur déclaration finale, les ministres ont exprimé leur vive inquiétude face aux conséquences économiques, sécuritaires et humanitaires de l’escalade des tensions au Moyen-Orient. Selon eux, le conflit affecte déjà les économies africaines à travers les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la volatilité des marchés de l’énergie, les tensions inflationnistes, les fluctuations monétaires et les risques sur la sécurité alimentaire.
Les participants soulignent également que les difficultés d’approvisionnement en intrants agricoles en provenance du Golfe fragilisent les capacités de production de plusieurs pays africains, avec un risque d’aggravation des tensions sociales.
Au plan sécuritaire, la conférence estime que la proximité géographique entre l’Afrique et le Moyen-Orient expose davantage le continent aux menaces transnationales, à l’expansion du terrorisme, aux risques de déstabilisation régionale ainsi qu’à une intensification des rivalités entre puissances extérieures.
Renforcer la souveraineté économique du continent
Face à ces défis, l’Alliance politique africaine plaide pour une transformation profonde des économies africaines. Les ministres invitent les États à accélérer leur diversification économique, renforcer l’industrialisation, développer davantage le commerce intra-africain à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et accroître leur souveraineté énergétique.
Ils recommandent également le développement des capacités de raffinage, l’investissement dans les énergies renouvelables, le renforcement des infrastructures énergétiques ainsi que la constitution de réserves alimentaires stratégiques afin de mieux résister aux crises internationales.
Sur le plan sécuritaire, les États africains sont encouragés à adapter leurs dispositifs de défense aux nouvelles menaces hybrides, notamment le terrorisme, la cybersécurité, la désinformation et la protection des infrastructures portuaires et maritimes.
Les participants appellent par ailleurs à progresser vers une véritable autonomie stratégique africaine en matière de défense et de sécurité.
L’Alliance politique Africaine appelle à la désescalade
La déclaration finale insiste également sur la nécessité d’éviter toute aggravation du conflit. Les ministres condamnent les violences contre les populations civiles, réaffirment leur attachement au droit international humanitaire et rappellent que seule la voie diplomatique permettra d’aboutir à une paix durable.
Ils saluent les initiatives ayant permis d’engager une désescalade des tensions, notamment les efforts diplomatiques ayant conduit au mémorandum d’accord conclu le 17 juin 2026 entre les États-Unis et l’Iran.
Les participants rendent également hommage au rôle joué par plusieurs États, notamment le Qatar, le Pakistan et le Sultanat d’Oman, dans la facilitation du dialogue. Ils encouragent la poursuite des négociations afin de consolider les acquis diplomatiques et de préserver la stabilité régionale.
L’Alliance politique africaine attire également l’attention sur la nécessité de sécuriser les grandes voies maritimes internationales. Le détroit d’Ormuz, le détroit de Bab el-Mandeb, la mer Rouge ou encore le canal de Suez sont qualifiés de biens communs essentiels au commerce mondial, à la sécurité énergétique et à la stabilité économique internationale.
Les ministres appellent l’ensemble des acteurs internationaux à soutenir les initiatives de médiation destinées à préserver la liberté de navigation dans ces espaces stratégiques.
Vers un dialogue stratégique Afrique-Moyen-Orient
L’une des principales décisions issues de la conférence concerne la création prochaine d’un cadre permanent de dialogue stratégique entre l’Afrique et le Moyen-Orient.
Ce mécanisme doit permettre des consultations régulières sur les questions de paix, de sécurité, d’énergie, de commerce, d’agriculture, d’innovation, de développement économique et de coopération régionale. Les participants estiment que cette plateforme favorisera une meilleure compréhension mutuelle et contribuera à renforcer les partenariats entre les deux régions.
En clôture des travaux, les délégations ont salué le rôle du Togo dans l’organisation de cette conférence et son engagement en faveur du dialogue international. À travers cette initiative, Lomé confirme son ambition de s’imposer comme un espace privilégié de médiation diplomatique sur les grands dossiers internationaux, tout en plaçant les intérêts économiques et sécuritaires du continent africain au cœur des débats géopolitiques mondiaux.
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