À l’heure où l’Afrique de l’Ouest traverse l’une des périodes les plus tendues de son histoire récente marquée par des crises sécuritaires, des chocs économiques, des tensions politiques et des recompositions sociales profondes, des acteurs s’interroge sur le rôle des journalistes. Le 14 novembre dernoer , un webinaire organisé par l’Université de Kara en partenariat avec l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) a réuni journalistes, étudiants et spécialistes de la communication autour du sujet.
Le hème retenu pour l’activité est : « Les médias en période de crise : enjeux sociétaux et responsabilités journalistiques ». Dans un pays où les débats sur la régulation des médias, la lutte contre les fausses informations et la montée des discours polarisants occupent une place croissante, cette initiative sonne comme un appel à la lucidité collective.
Premier intervenant, Dr Anoumou Amekudji, directeur de la communication et du protocole à l’Université de Lomé, a insisté sur la posture que doivent adopter les journalistes lorsqu’un pays traverse une zone de turbulences. Pour lui, la priorité est de ne pas aggraver la crise, mais participer à la désamorcer.
« Au-delà des faits et des mots, le journalisme en période de crise doit être un journalisme de résilience, qui aide la société à se comprendre, à se relever et à se reconstruire », a-t-il souligné.
À rebours du sensationnalisme qui peut accompagner la couverture des crises, Dr Amekudji a plaidé pour un journalisme de solution, centré sur la pédagogie, l’explication et l’accompagnement social. Un journalisme qui, selon lui, dépasse la seule technicité du métier pour convoquer trois dimensions essentielles que sont la morale, la citoyenneté et l’humanité.
« Le journalisme en temps de crise doit être un journalisme de vérité, de responsabilité et d’espérance. Si la crise révèle la fragilité d’une société, elle révèle également la noblesse d’un métier », a-t-il insisté.
Journalistes, proximité, confiance…
Deuxième panéliste, Kokouvi Michel Lemgo, chef des programmes à Radio Kara, a orienté son intervention vers un domaine souvent sous-estimé dans les médias togolais qui n’est autre que le journalisme de proximité. Selon lui, lorsque les tensions montent, les journalistes doivent renouer le lien avec les populations, comprendre leurs réalités quotidiennes et donner la parole à ceux que l’on entend rarement.
Le journalisme de proximité, affirme-t-il, réduit les malentendus entre médias et citoyens et renforce la crédibilité des rédactions, un enjeu majeur dans un contexte où la défiance envers l’information institutionnelle ne cesse de croître.
Au Togo, comme dans plusieurs pays de la sous-région, les crises successives — sécuritaires, politiques ou économiques — ont mis les journalistes face à des défis inédits. Il s’agit de la pression des réseaux sociaux, la circulation massive des fausses nouvelles, des risques de manipulation, de la fragmentation des sources d’information.
D’où l’importance, rappelée pendant ce webinaire, de respecter scrupuleusement l’éthique et la déontologie, piliers d’un métier dont la responsabilité sociale n’a jamais été aussi grande.
À l’issue des échanges, un consensus s’est dégagé. Dans un environnement médiatique fragilisé, le journaliste reste un acteur essentiel de stabilité et de cohésion. Non pas en se transformant en acteur politique ou en arbitre moral, mais en assumant pleinement son rôle qui est celui d’informer avec rigueur, humanité et discernement pour être capable de contribuer à apaiser les tensions et à renforcer la confiance dans l’espace public.
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