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Délestages au Togo : les impayés s’accumulent, le Nigeria réduit sa fourniture

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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Les délestages au Togo ces dernières semaines trouvent une partie de leur explication dans la dépendance du pays aux importations d’électricité. Le Nigeria, l’un des principaux fournisseurs du réseau togolais, a réduit sa contribution au cours de 2026. Dans le même temps, les données de l’autorité nigériane de régulation révèlent d’importants impayés des clients togolais, béninois et nigérien. Ces difficultés financières pourraient-elles peser sur la continuité des échanges électriques dans la sous-région ? Les chiffres apportent des éléments de réponse, sans établir pour autant un lien automatique entre les deux phénomènes.

Le Nigeria fournit moins d’électricité au Togo

En juin dernier, le gouvernement togolais avait déjà expliqué devant l’Assemblée nationale les difficultés rencontrées par le système électrique. La demande nationale atteignait alors environ 360 MW aux heures de pointe, contre une capacité de production nationale mobilisable d’environ 180 MW.

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Le reste devait notamment être couvert par les importations. Dans une situation habituelle, le Ghana fournissait environ 110 MW et le Nigeria autour de 115 MW. Mais ces volumes avaient fortement diminué : l’apport du Ghana était tombé à environ 20 MW et celui du Nigeria à 70 MW.

Pour le Togo, la baisse nigériane représente donc une perte d’environ 45 MW par rapport au niveau habituel. Dans un système où la production nationale ne suffit déjà pas à couvrir la demande de pointe, une telle réduction réduit mécaniquement la marge disponible et peut favoriser les interruptions de fourniture. C’est l’un des éléments importants pour comprendre les difficultés d’approvisionnement observées au Togo.

Des factures nigérianes largement impayées

Les nouvelles données publiées par la Nigerian Electricity Regulatory Commission (NERC) apportent un autre éclairage sur la relation énergétique entre les deux pays.

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Au deuxième trimestre 2026, les clients du Nigeria, du Bénin et du Togo ont été facturés au total 18,84 millions de dollars pour l’électricité fournie par le Nigeria. Seulement 8,67 millions de dollars ont été réglés, soit un taux de recouvrement de 46,02 %. Il restait donc 10,17 millions de dollars à payer.

Le cas togolais mérite une attention particulière. La Compagnie d’énergie électrique du Togo, identifiée dans le rapport de la NERC sous l’appellation Paras CEET, devait régler une facture de 1,68 million de dollars au titre du trimestre. Elle en a payé 1,15 million, laissant un solde d’environ 530 000 dollars.

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La situation est toutefois à replacer dans un contexte plus large. La CEET a également versé 1,67 million de dollars au cours du trimestre pour apurer des dettes antérieures au deuxième trimestre. Les données de la NERC montrent donc à la fois des paiements effectués sur d’anciennes créances et un niveau de règlement insuffisant pour les factures courantes. La NERC a publié son rapport du deuxième trimestre 2026 le 29 septembre.

Une équation énergétique devenue plus fragile

Le problème est particulièrement sensible pour le Togo parce que le pays ne dispose pas encore d’une capacité nationale suffisante pour se passer des importations aux heures de forte demande. Lorsque les importations diminuent, la pression se reporte sur les moyens de production disponibles au niveau national. Le déficit entre l’offre et la demande doit alors être géré par différents mécanismes, pouvant notamment entraîner des interruptions temporaires de l’alimentation électrique.

La situation est d’autant plus délicate que le système togolais a également été exposé en 2026 à d’autres contraintes sur son approvisionnement énergétique.

Fin août et en septembre, les travaux de maintenance du Gazoduc de l’Afrique de l’Ouest avaient notamment conduit à une interruption temporaire du transport de gaz depuis le Nigeria. Le gouvernement togolais avait prévenu que cette situation affecterait à la fois la production des centrales thermiques nationales et les importations d’électricité en provenance des pays voisins.

Autrement dit, les délestages ne peuvent pas être attribués à une seule cause. La baisse des importations nigérianes constitue un facteur important, mais elle s’inscrit dans une équation plus complexe associant capacité de production, disponibilité du gaz, demande croissante et échanges transfrontaliers.

Le problème concerne aussi le Bénin

Le Bénin se trouve dans une situation comparable. Les données de la NERC montrent que plusieurs clients béninois ont accumulé des montants importants au titre de l’électricité fournie par le Nigeria.

Le cas de la SBEE est particulièrement significatif. La société béninoise a payé 1,73 million de dollars sur une facture de 2,46 millions pour l’une de ses obligations, soit environ 70 %. Mais deux autres factures liées à ses approvisionnements auprès du Nigeria n’ont enregistré aucun paiement au cours du trimestre : 2,67 millions de dollars pour Ughelli et 4,38 millions de dollars pour Afam 3.

Dans le même temps, la SBEE a versé 7,01 millions de dollars pour apurer des dettes antérieures. Et les difficultés d’approvisionnement ne sont pas seulement financières. Le 19 octobre 2026, la SBEE a annoncé une nouvelle perturbation liée à un « effacement de la tension électrique provenant du Nigeria ». Elle indiquait avoir mobilisé ses moyens nationaux de production en attendant le rétablissement de la fourniture nigériane.

Les impayés peuvent-ils expliquer la réduction de la fourniture ?

C’est à ce niveau que la prudence s’impose. Les chiffres de la NERC établissent clairement l’existence d’importants retards de paiement des clients internationaux du Nigeria. Ils montrent également que le taux de règlement des factures internationales, à 46,02 %, est très inférieur à celui des clients bilatéraux domestiques nigérians, qui ont atteint 91,54 % au même trimestre.

En revanche, le rapport ne permet pas, à lui seul, d’affirmer que la baisse de la fourniture au Togo est une sanction directe liée aux impayés de la CEET.

Le Nigeria fait lui-même face à des contraintes importantes dans son secteur électrique. La NERC a notamment consacré son examen du deuxième trimestre à la stabilité du réseau, aux infrastructures de transport et aux obligations financières des acteurs du marché. Elle souligne la nécessité d’améliorer la viabilité commerciale et financière du secteur. Il serait donc excessif de réduire les délestages togolais à une simple question de factures impayées.

Une dépendance qui pose la question de la sécurité énergétique

L’épisode met néanmoins en évidence une vulnérabilité structurelle du système électrique togolais : plus la part des importations est importante, plus les difficultés rencontrées par les fournisseurs voisins peuvent avoir des conséquences directes sur l’alimentation nationale.

Le sujet est d’autant plus stratégique que la demande togolaise augmente, notamment sous l’effet de l’urbanisation, de l’électrification et de l’industrialisation.

En mars 2026, des discussions avaient d’ailleurs été engagées entre la CEET et la Niger Delta Power Holding Company (NDPHC) en vue d’augmenter les importations nigérianes vers le Togo. À cette période, les importations depuis le Nigeria étaient estimées à environ 75 MW, et Abuja avait affiché sa disponibilité à accroître ses exportations, avec notamment la mise en avant de garanties financières et de mécanismes de paiement sécurisés.

Le paradoxe est donc désormais visible : le Togo cherche à augmenter ses importations d’électricité auprès du Nigeria alors même que les données de la NERC font apparaître des difficultés persistantes dans le règlement des factures.

Au-delà des délestages au Togo, une question de modèle

Pour Lomé, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à obtenir davantage de mégawatts auprès des pays voisins. Il s’agit également de sécuriser ces échanges sur les plans technique et financier. La réduction de la fourniture nigériane, les contraintes rencontrées par les centrales et les impayés des opérateurs de la sous-région montrent les limites d’un système fortement interconnecté mais encore exposé aux fragilités de chacun de ses maillons.

À court terme, toute baisse de l’offre importée peut se traduire par une pression supplémentaire sur le réseau togolais. À plus long terme, la question est celle de la capacité du Togo à renforcer sa production propre, à diversifier ses sources d’approvisionnement et à sécuriser financièrement ses contrats d’importation.

Les délestages au Togo apparaissent ainsi moins comme le résultat d’un facteur unique que comme le symptôme d’une équation énergétique sous tension, dans laquelle les mégawatts disponibles, les infrastructures et les paiements sont désormais étroitement liés.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.