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Togo : 36 ans après le 5 octobre 1990, l’opposition passe du devoir de mémoire à la mobilisation

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA
Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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À Lomé, une partie de l’opposition togolaise et des organisations de la société civile ont commémoré dimanche 4 octobre les événements du 5 octobre 1990. Entre hommage aux victimes des crises politiques, transmission de la mémoire aux jeunes générations et revendications actuelles, la rencontre organisée au siège de la CDPA s’est transformée en nouveau rendez-vous de mobilisation politique. Un « dernier avertissement » au pouvoir est annoncé pour le 20 novembre 2026.

Trente-six ans après le 5 octobre 1990, la mémoire politique reste vive au Togo. Réunis dimanche à Lomé, au siège de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), des responsables de l’opposition et des acteurs de la société civile ont rendu hommage à celles et ceux qui, au fil des crises politiques, ont connu la détention, l’exil, les violences ou ont perdu la vie.

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Placée sous le signe du « devoir de mémoire, devoir d’engagement », la rencontre avait été annoncée par la CDPA comme un espace de transmission entre les générations. L’objectif était notamment de permettre aux témoins et acteurs de 1990 de revenir sur cette période et d’échanger avec une jeunesse qui n’en a pas été témoin.

Une mémoire revendiquée comme outil de transmission

Dans leurs interventions, les acteurs de l’opposition togolaise ont également salué la contribution de plusieurs générations d’acteurs politiques, d’avocats, d’universitaires et de responsables de la CDPA ainsi que de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), présentés comme ayant accompagné les jeunes engagés dans les luttes démocratiques.

Pour Brigitte Adjamagbo-Johnson, la transmission de cette histoire doit toutefois éviter toute lecture simplifiée. La mémoire, a-t-elle souligné, suppose de revenir sur les responsabilités, les erreurs, les espérances mais aussi les contradictions des différents acteurs.

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« Nos jeunes doivent connaître le Togo d’avant 1990, les aspirations qui ont conduit à l’ouverture démocratique et les difficultés rencontrées depuis. Une nation qui ignore son histoire risque d’en répéter les erreurs ; une nation qui en devient prisonnière risque de ne plus avancer. », a indiqué Mme Adjamagbo-Johnson.

Cette démarche de transmission était déjà au cœur de la communication de la CDPA avant la commémoration. Le parti avait insisté sur la nécessité de faire raconter les événements de 1990 par ceux qui les avaient vécus, afin de permettre aux nouvelles générations de comprendre les enjeux de cette période.

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La jeunesse au centre des interrogations

Au-delà du souvenir, les participants ont rapidement ramené le débat à la situation actuelle du pays, avec une question centrale : quelle place est réellement accordée à la jeunesse ?

Dans leur déclaration, les responsables de l’opposition et de la société civile décrivent une génération davantage formée et connectée au monde, mais confrontée au chômage, aux difficultés d’entreprendre et à des perspectives jugées insuffisantes.

Ils établissent également un parallèle entre les aspirations démocratiques du début des années 1990 et les préoccupations actuelles liées aux libertés publiques, à la justice, aux conditions économiques et à la participation citoyenne.

Pour ces acteurs, la démocratie ne saurait se limiter à l’organisation d’élections. Elle doit également, selon leur déclaration, garantir le respect des règles communes, la liberté d’expression et de pensée, la participation à la vie publique ainsi que la possibilité pour chaque citoyen de vivre dignement de son travail.

Ils contestent par ailleurs la réforme constitutionnelle de 2024 et dénoncent ce qu’ils considèrent comme une continuité du système politique en place.

Le 5 octobre 1990, ‘une étape, pas un épisode isolé’

Dans leur déclaration, les entités de l’opposition togolaise ont insisté sur la nécessité de ne pas reproduire mécaniquement les combats de 1990. « Honorer tous celles et ceux qui ont œuvré pour un Togo plus libre et plus juste ne signifie pas reproduire exactement les combats d’hier, mais en comprendre l’aspiration fondamentale et la traduire dans notre époque. »

Leur feuille de route revendiquée porte désormais sur plusieurs priorités : institutions jugées crédibles, réduction de la pauvreté et des inégalités, création d’emplois, amélioration de l’éducation, protection des libertés publiques et renforcement de la justice.

Le discours appelle également à préserver la paix sans l’assimiler au silence et à éviter que l’adversaire politique soit considéré comme un ennemi.

Un « dernier avertissement » annoncé pour le 20 novembre

La séquence mémorielle s’est finalement prolongée par l’annonce d’une nouvelle mobilisation. Les responsables de l’opposition et de la société civile ont fixé au 20 novembre 2026 ce qu’ils présentent comme un « ultime acte d’avertissement » au pouvoir. L’annonce a été faite à l’issue de la commémoration du 5 octobre.

Ouro-Djikpa Tchatikpi a énuméré plusieurs revendications : libération des personnes que les organisateurs considèrent comme des détenus politiques, retour des exilés politiques, indemnisation des victimes des incendies des marchés de Lomé et de Kara, récupération de fonds qu’ils estiment issus de détournements et de flux financiers illicites, baisse des prix des produits pétroliers et indemnisation dans les dossiers d’expropriation foncière.Ils réclament également le « respect de la souveraineté du peuple togolais ».

La mobilisation du 20 novembre apparaît ainsi comme la prochaine étape d’une stratégie politique que les organisateurs veulent inscrire dans la continuité des luttes historiques pour les libertés publiques au Togo.

La controverse autour de l’arrêt de la CEDEAO

Ces acteurs de l’opposition togolaise évoquent également l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO dans l’affaire opposant la Ligue togolaise des droits de l’homme et plusieurs requérants à l’État togolais.

La décision, référencée ECW/CCJ/JUD/01/26, est bien répertoriée par les bases de jurisprudence de la Cour. Elle a notamment retenu une violation de l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance concernant la réforme constitutionnelle togolaise. Sa portée fait toutefois l’objet d’un débat politique et juridique au Togo. Des organisations de la société civile ont notamment appelé à distinguer ce que dit précisément l’arrêt de ses différentes interprétations politiques.

Dans leur lecture, les organisateurs de la rencontre estiment néanmoins que cette décision doit désormais produire des conséquences politiques et institutionnelles et appellent les instances sous-régionales et africaines à en tirer les suites qu’ils réclament.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.