Togo : le SYNJIT alerte sur l’asphyxie sociale des journalistes du privé

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Quinze ans après sa création, le Syndicat national des journalistes indépendants du Togo (SYNJIT) ne célèbre pas son anniversaire sous le signe des réjouissances. Dans une déclaration publiée à l’occasion de ses 15 ans d’existence, le SYNJIT dresse un tableau particulièrement préoccupant des conditions sociales des journalistes du secteur privé et appelle à des réformes urgentes.

Créé le 27 août 2011, le SYNJIT affirme avoir consacré quinze années à la défense de la dignité et des droits des professionnels de l’information. Mais, quatre ans après la signature de la Convention collective des journalistes, le syndicat estime que les avancées réglementaires restent largement insuffisantes dans les rédactions privées.

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Des salaires sous le seuil des 100 000 FCFA

Pour étayer son constat, le SYNJIT s’appuie sur une enquête menée entre avril et mai 2026 auprès de 69 journalistes actifs du secteur privé. Les résultats présentés par le syndicat sont alarmants. 91,3 % des journalistes interrogés gagneraient moins de 100 000 FCFA par mois, tandis que 49,3 % déclarent disposer de moins de 50 000 FCFA mensuels. Pour le SYNJIT, ces niveaux de rémunération placent une partie importante de la profession dans une situation de forte précarité.

À cette fragilité salariale s’ajoute une importante instabilité contractuelle. Selon l’enquête, 60,9 % des répondants travailleraient sous CDD, à la pige, en stage ou encore dans le cadre d’un bénévolat prolongé. Le CDI serait ainsi devenu minoritaire dans les médias privés concernés par l’étude.

Le syndicat relève également des difficultés dans le versement des salaires : près de 38 % des personnes interrogées déclarent subir des retards importants ou une irrégularité totale de leurs revenus.

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La protection sociale fait également défaut

Le diagnostic dressé par le SYNJIT ne s’arrête pas aux rémunérations. Le syndicat pointe également la faiblesse de la protection sociale dans le secteur. Plus d’un journaliste sur deux interrogé travaillerait sans couverture à la CNSS ni assurance maladie. Plus préoccupant encore, près de huit répondants sur dix ne se projetteraient pas jusqu’à la retraite dans le métier.

Un chiffre que le syndicat considère comme le signal le plus préoccupant de son enquête : 78,3 % des journalistes interrogés estiment ne pas pouvoir rester dans le métier jusqu’à la retraite. Pour le SYNJIT, cette situation traduit une véritable fuite des compétences, certains professionnels étant tentés de rejoindre d’autres secteurs ou de chercher des perspectives à l’étranger.

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La satisfaction professionnelle moyenne ne dépasserait par ailleurs pas 1,26 sur 5, tandis que le sentiment d’injustice salariale serait largement partagé parmi les personnes interrogées.

Face à ces résultats, le SYNJIT lance un avertissement. Pour le syndicat, la question n’est plus seulement celle de l’amélioration des conditions de travail des journalistes, mais celle de la pérennité même du journalisme professionnel au Togo. « Sans réforme sociale immédiate, l’information professionnelle va finir par s’effondrer totalement au Togo », affirme l’organisation dans sa déclaration.

Le syndicat appelle donc les pouvoirs publics, les responsables des médias, les organisations professionnelles et les journalistes eux-mêmes à prendre la mesure de la situation.

Quatre mesures d’urgence proposées par le SYNJIT

À l’occasion de ses 15 ans, le SYNJIT ne réclame pas de traitement particulier. Il demande l’application effective des textes existants et formule quatre priorités. La première concerne la mise à jour, l’application stricte et le contrôle de la convention collective sectorielle.

Le syndicat, dirigé par Narcisse Prince-Agbodjan, réclame ensuite la fixation d’un salaire plancher professionnel, qu’il juge indispensable pour garantir une rémunération décente aux journalistes. Troisième exigence : conditionner l’aide publique aux médias à la déclaration CNSS de l’ensemble du personnel et à la régularité des salaires. Enfin, le SYNJIT demande un encadrement juridique plus rigoureux des stages, avec l’objectif déclaré d’éradiquer le « bénévolat déguisé ».

Malgré le constat sévère, le SYNJIT veut aussi rendre hommage aux professionnels qui continuent d’exercer dans des conditions difficiles. Le syndicat salue le courage de ces journalistes qui, selon ses termes, continuent de porter « la plume et le micro malgré la tempête ». Il affirme également sa détermination à poursuivre son combat au cours des quinze prochaines années.

Pour le SYNJIT, cet anniversaire constitue donc moins une célébration qu’un cri d’alarme. Derrière les chiffres de l’enquête se joue, selon le syndicat, l’avenir d’une profession essentielle au fonctionnement démocratique.

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