Religion : Un crâne humain dans une église catholique

Louis KAMAKO
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Louis KAMAKO est un journaliste et rédacteur togolais spécialisé dans les questions politiques, sociales et médiatiques. Il couvre l’actualité politique, les enjeux de société et la...
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Une image montrant un crâne humain exposé dans une église catholique a récemment provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, notamment en Afrique. Pour certains internautes, cette pratique rappelle des rites liés aux traditions ancestrales et pose la question de la différence entre le catholicisme et certaines religions endogènes. Depuis lors, le doute s’installe dans la tête des milliers de fidèles. Et pourtant…

Le sujet intéresse le Révérend Père Jean Gabriel Aneyou. Le responsable de la Communauté de Saint-Jean à Lomé  renseigne que le crâne dont l’image a circulé sur les réseaux sociaux est le  crâne de sainte Agathe, vierge et martyre de Catane, en Sicile.

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Il s’agit selon lui d’une  relique qui  avait été exposée à l’occasion du neuvième centenaire du retour des reliques de la sainte à Catane, avant d’être replacée dans son reliquaire.

Dans la tradition catholique, une relique peut être une partie du corps d’un saint, un objet lui ayant appartenu ou encore un objet ayant été en contact avec lui. Mais pour comprendre pourquoi un fidèle peut s’incliner devant une relique ou la vénérer, le prêtre insiste sur une distinction essentielle : la relique n’est pas considérée comme une divinité.

« Une relique n’est pas Dieu. Elle n’a pas de pouvoir magique », rappelle le père Jean Gabriel.

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Cette précision est importante dans un contexte où l’image d’un crâne humain peut facilement être associée à des pratiques spirituelles ou ancestrales. Dans le catholicisme, explique-t-il, la relique doit plutôt être comprise comme un signe qui renvoie à la personne du saint et, à travers lui, à Dieu.

Du crâne humain aux exemples dans la Bible

Pour expliquer cette pratique, le prêtre de l’église catholique romaine s’appuie également sur des récits bibliques. Dans le deuxième livre des Rois, un épisode raconte qu’un homme mort retrouve la vie après avoir touché les ossements du prophète Élisée : « L’homme alla toucher les os d’Élisée, et il reprit vie et se leva sur ses pieds » (2 Rois 13,21).

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Dans le Nouveau Testament, les Actes des Apôtres rapportent également que Dieu accomplissait des miracles par l’intermédiaire de Paul. Des malades étaient notamment guéris après que des linges ayant touché le corps de l’apôtre leur avaient été appliqués. Le texte précise : « Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul » (Actes 19,11-12).

Ces passages ne signifient pas, dans la lecture catholique, que les ossements d’Élisée ou les vêtements de Paul possédaient une puissance indépendante. Le texte biblique attribue l’action à Dieu. C’est précisément sur ce point que le père Jean Gabriel fonde son explication.

Pour lui, la matière peut être utilisée comme un signe de la grâce divine. La relique ne devient donc pas une sorte d’objet magique auquel le croyant attribuerait un pouvoir autonome.

Cette distinction rejoint aussi l’enseignement biblique sur l’adoration. Dans l’Évangile selon Matthieu, Jésus déclare : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (Matthieu 4,10). La vénération d’un saint ou d’une relique ne se confond donc pas, dans la doctrine catholique, avec l’adoration réservée à Dieu.

Une différence avec les traditions ancestrales

C’est précisément sur ce terrain que la controverse prend une dimension particulière en Afrique. Voir un crâne humain dans un lieu de culte peut rappeler certaines pratiques traditionnelles dans lesquelles les restes des ancêtres peuvent avoir une fonction spirituelle particulière.

Le père Aneyou reconnaît qu’une ressemblance extérieure peut exister, mais estime que la signification religieuse n’est pas la même.

« Dans certaines traditions ancestrales, le crâne peut être un moyen de communication avec l’ancêtre ou porteur d’une puissance spirituelle. Dans le catholicisme, la relique n’a pas de puissance autonome », explique-t-il.

Autrement dit, selon cette lecture, la question n’est pas seulement de savoir ce qui est posé devant le fidèle, mais ce que celui-ci croit faire devant cet objet. Un catholique qui vénère une relique ne demande pas au crâne de lui accorder une faveur. Il s’adresse au saint et lui demande d’intercéder auprès de Dieu. La relique sert alors de rappel concret de la vie du saint.

Cette conception est également liée à la place du corps dans la foi chrétienne. Dans la première lettre aux Corinthiens, saint Paul écrit : « Votre corps est le temple du Saint-Esprit » (1 Corinthiens 6,19). Le corps du saint est ainsi considéré comme ayant été associé à une vie vécue dans la foi.

La relique rappelle aussi l’espérance chrétienne en la résurrection : le corps n’est pas considéré comme sans valeur après la mort. Honorer les restes d’un saint revient, pour les catholiques, à reconnaître le témoignage d’une personne dont la vie est présentée comme un exemple de fidélité au Christ.

Le père Jean Gabriel rappelle enfin que cette vénération ne remet pas en cause la place centrale du Christ dans la foi chrétienne. La première lettre à Timothée affirme en effet : « Il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » (1 Timothée 2,5).

« Le catholique n’adore pas le crâne humain. Il n’adore pas le saint. Il adore Dieu seul. Il honore dans la relique le témoin de la grâce de Dieu et demande au saint de prier avec lui et pour lui », résume le prêtre.

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Louis KAMAKO est un journaliste et rédacteur togolais spécialisé dans les questions politiques, sociales et médiatiques. Il couvre l’actualité politique, les enjeux de société et la gouvernance locale avec une approche fondée sur la rigueur, l’analyse et la vérification des faits.