C’est un épilogue tragique qui relance la crise. Quatre jours à peine après son ascension contestée sur le trône, Togbui Attissogbui Dzogbenyi Semekonawo IV, chef du canton d’Aflao-Sagbado, s’est éteint, plongeant à nouveau cette collectivité de la commune du Golfe 7 dans un profond deuil. Ce décès foudroyant d’un monarque à l’âge très avancé remet en lumière une guerre de succession fratricide et complexe qui paralyse ce territoire de 28 villages depuis près d’une décennie.
Le suspense et la ferveur qui entouraient son sacre n’auront duré que quelques heures. Intronisé le vendredi 7 août 2026 lors d’une cérémonie officielle sur le terrain de l’EPP Sagbado — en présence du gouverneur de la Région Maritime et des plus hautes autorités —, Togbui Semekonawo IV incarnait, pour le pouvoir public, la fin d’une parenthèse d’instabilité. Pourtant, l’événement s’était déroulé sous une très forte tension sociale, une frange importante de la population et de la famille royale dénonçant le sacre d’un régent (Agbota), une démarche jugée formellement contraire aux coutumes locales.
Dix ans d’incertitude et de fractures coutumières
La crise qui mine Aflao-Sagbado prend ses racines lors du décès de l’ancien chef, Feu Togbui Semekonawo III (Innocent). La disparition du patriarche a plongé le canton dans une longue impasse coutumière et administrative. Faute d’un successeur consensuel, la vacance du pouvoir s’est étirée sur une décennie, paralysant le développement local et déchirant la famille royale en factions rivales.
Dès les premières années, le conseil coutumier avait porté son choix sur Togbui Edem Semekonawo. Toutefois, cette désignation s’est immédiatement heurtée au refus du régent et de ses partisans. Accusé par ses detracteurs d’avoir cherché à négocier son ascension en dehors du cadre légal togolais, avec l’appui de Togbui Fiti V — chef suprême d’Aflao basé au Ghana voisin —, le prétendant a vu son intronisation définitivement bloquée par l’État togolais pour dit-on préserver l’ordre public.
L’arbitrage contesté de l’État et la fronde judiciaire
Après plusieurs tentatives avortées pour débloquer la situation, les autorités administratives et une partie du conseil ont fini par trancher en désignant Togbui Attissogbui Dzogbenyi Semekonawo. Le 26 mai 2026, le président du conseil signait le décret de reconnaissance officielle nommant le nouveau souverain sous le nom de Semekonawo IV.
Loin d’éteindre l’incendie, cette décision ministérielle a provoqué une vive riposte judiciaire. Représentés par Me Malia Kelouwani, les contestataires ont saisi la Chambre administrative de la Cour suprême le 8 juillet 2026 pour exiger l’annulation du décret présidentiel. S’appuyant sur des consultations d’oracles et le soutien affiché de la majorité des chefs de village, la requête dénonçait un « détournement de pouvoir » et l’imposition d’un candidat au mépris des règles ancestrales, alertant la haute juridiction sur les risques d’atteinte grave à la paix sociale.
Aflao-Sagbado au carrefour des incertitudes
La disparition soudaine de Togbui Semekonawo IV, survenue avant même que les tensions ne s’apaisent ou que la Cour suprême ne statue au fond, rouvre brutalement le dossier de la succession.
Alors que la communauté entame une nouvelle période de deuil, le vide du pouvoir central ressurgit à Aflao-Sagbado. Entre légitimité coutumière réclamée par la branche d’Edem Semekonawo, rigueur administrative et aspirations de la population à une stabilité durable, la localité se retrouve une nouvelle fois au carrefour d’un arbitrage délicat. L’heure est désormais à la retenue pour éviter que les obsèques du souverain éphémère ne rallument prématurément la bataille pour le trône.
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