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Badougbé : Avec Blolozan, le village veut changer de destin

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA
Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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Sur les rives du lac Togo, Badougbé s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire. Du 21 au 24 août 2026, les fils et filles de cette localité de la commune Vo 2 se retrouveront pour la première édition de Blolozan. Il s’agit d’une fête identitaire conçue comme un trait d’union entre mémoire, tradition et développement. Plus qu’un rendez-vous culturel, ses initiateurs veulent en faire un levier durable de mobilisation communautaire.

À Badougbé, la tradition ne veut plus seulement regarder vers le passé. Elle entend désormais servir de socle à l’avenir. Située dans la Région Maritime, entre Togoville et Kéta-Akoda, cette localité de la préfecture de Vo, tournée vers l’agriculture et la pêche, s’apprête à inaugurer Blolozan, sa nouvelle fête identitaire.

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La première édition de cette manifestation se tiendra du 21 au 24 août 2026, autour du thème : « Blolozan : une fête traditionnelle au croisement de l’histoire du peuplement et des dynamiques socioculturelles ». Le lancement officiel a eu lieu vendredi 7 août au Centre de Lecture et d’Action Culturelle (CLAC) de Badougbé, en présence des membres du comité d’organisation et des représentants de la communauté.

Les organisateurs entendent rassembler, pour la première fois dans un même élan, les différentes composantes de Badougbé autour de leur histoire, de leur identité culturelle et surtout des priorités de développement de leur localité.

Du « blolo » à Blolozan

Le nom de la fête plonge ses racines dans la culture et les habitudes alimentaires de Badougbé. Selon Prosper Tongni-Katongo, l’un des sages de la communauté, le « blolo », un poisson de type silure particulièrement apprécié, occupe une place singulière dans l’histoire locale. Lorsque la sauce préparée avec ce poisson est conservée jusqu’au lendemain, elle prend, selon la tradition locale, le nom de « bloloba ». Cette préparation, accompagnée de pâte ou de gari, aurait contribué à forger une expression devenue familière dans la communauté.

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« Quand les gens se déplacent pour venir manger, on leur demande où ils vont et ils répondent : nous allons manger du bloloba », explique Prosper Tongni-Katongo.

C’est dans cet héritage culinaire et culturel que s’enracine l’appellation Blolozan, choisie pour cette nouvelle célébration.

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Badougbé est historiquement structuré autour de deux grands quartiers, Kéta et Adjomé, qui organisaient jusque-là leurs propres manifestations. La création de Blolozan entend précisément dépasser cette logique de célébrations séparées pour instaurer un rendez-vous commun. « Tout le village, auparavant, chaque quartier fêtait séparément. Maintenant, nous avons décidé de nous unir et de fêter ensemble », souligne le sage.

Trois ans pour faire émerger une fête commune

Derrière cette première édition se trouvent près de trois années de réflexion et de concertation. Chefferies traditionnelles, cadres, jeunes, femmes, populations locales et membres de la diaspora ont été associés à la démarche visant à faire émerger une célébration commune.

Pour les promoteurs, cette dynamique d’unification constitue le véritable enjeu de Blolozan. La fête doit devenir un rendez-vous annuel permettant aux ressortissants de Badougbé de se retrouver, mais aussi de définir ensemble des actions concrètes en faveur de leur communauté.

« Cette fête est un rendez-vous historique et annuel pour rassembler les fils et filles de Badougbé autour des actions de développement qu’on aura vraiment à mener », explique Ulrich Agbégnigan, coordonnateur des activités du comité d’organisation.

L’objectif dépasse donc largement le registre festif. Les promoteurs veulent utiliser cette mobilisation pour coordonner les initiatives, fédérer les énergies et accompagner des projets d’aménagement et de réhabilitation des infrastructures.

Pour Victor Tomégah, président du comité d’organisation de Blolozan 2026, la philosophie de l’événement tient en une formule : « Retour à la source ». Il s’agit, explique-t-il, de renouer avec les valeurs transmises par les générations précédentes et de revisiter les idéaux qui ont structuré la communauté. Cette démarche s’appuie notamment sur la volonté des deux chefs traditionnels et des deux associations locales, Fraternité et Amical, de faire émerger une célébration commune.

« Badougbé étant un et indivisible, nous sommes obligés, avec l’évolution du temps, de revenir vers les idéaux de nos grands-parents », souligne M. Tomégah.

Le « retour à la source » n’est donc pas présenté comme un repli sur le passé. Il se veut au contraire un moyen de retrouver les ressorts de la cohésion collective pour mieux préparer l’avenir.

Le programme de cette première édition est pluriel. Après la conférence inaugurale consacrée à l’origine, à l’histoire et au peuplement de Badougbé, les festivités entreront dans leur phase active le vendredi 21 août avec une opération de salubrité publique, suivie d’une caravane dans les artères de la localité et d’une soirée culturelle mettant notamment à l’honneur les danses folkloriques, dont l’Agbadja.

Le samedi 22 août sera consacré aux grandes festivités populaires. Course à la pirogue, marathon, compétition de cyclisme, football petit et grand poteau, retraite aux flambeaux, méga-concert et bal populaire « Night Jumping » rythmeront la journée.

Le dimanche 23 août sera davantage placé sous le signe de la spiritualité et du développement. Une messe d’action de grâce est prévue à l’église catholique Saint-Pierre-Claver de Badougbé, suivie d’un dépôt de gerbes. La communauté procédera ensuite à la pose de la première pierre des travaux d’aménagement et d’assainissement du village ainsi qu’à l’inauguration de la boulangerie de Badougbé.

L’après-midi sera consacré à l’apothéose sur le site du Lycée de Badougbé. Les manifestations se poursuivront le lundi 24 août avec des danses folkloriques.

De la fête aux projets de développement

C’est probablement sur ce terrain que Blolozan entend se distinguer des simples rendez-vous culturels. Les promoteurs ont identifié plusieurs priorités pour lesquelles la mobilisation des filles et fils de Badougbé pourrait être décisive. Parmi elles figurent la construction du caniveau de Kéta, destinée à améliorer le drainage des eaux pluviales et à réduire les risques d’inondation, ainsi que la construction d’un ponceau au marché d’Adjomé, reliant le caniveau du jardin au lac. La communauté souhaite également travailler à l’électrification et à la réhabilitation des places publiques, ainsi qu’à la finalisation de la route de Kéta menant au lac.

À ces projets s’ajoute la volonté de créer un cadre permanent de concertation entre chefferies, cadres, jeunes, femmes, populations locales et diaspora. Une manière de transformer la mobilisation ponctuelle autour de Blolozan en une dynamique collective permanente.

La pose de la première pierre des travaux d’aménagement et d’assainissement, prévue durant cette première édition, doit constituer un premier signal concret de cette orientation.

Au-delà des infrastructures, Blolozan entend également jouer un rôle dans la préservation du patrimoine. Badougbé revendique une histoire inscrite dans les dynamiques de peuplement de l’espace Adja-Tado, dont les migrations ont profondément marqué l’identité culturelle de plusieurs communautés de la région. Pour les initiateurs de la fête, transmettre cette histoire aux jeunes générations constitue donc un enjeu majeur.

À Badougbé, le pari est donc de transformer la mémoire en force collective. Blolozan ne veut pas seulement célébrer ce que le village a été ; il veut mobiliser ce qu’il est pour construire ce qu’il sera.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.