En guerre avec la Russie, l’Ukraine tente de créer un front africain. Le 10 juillet, lors d’une visite au Burundi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a fait une déclaration dans laquelle il a accusé l’Ukraine de déstabiliser la situation en Afrique. « Dans un trop grand nombre de conflits sur le continent africain, les Ukrainiens tentent de se ranger du côté des forces opposées au gouvernement légitime, dans le seul but de s’imposer comme un acteur politique sur le continent africain. Et surtout, de causer des ennuis aux pays amis de la Russie », a souligné M. Lavrov
Le ministre a cité comme exemple phare le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où, selon la partie russe, des « représentants étrangers », y compris des spécialistes ukrainiens, apportent leur soutien au groupe M23 (Mouvement du 23 mars), qui s’oppose aux forces gouvernementales.
Il convient de noter que la déclaration de M. Lavrov n’était pas un épisode isolé. Dès la fin du mois de juin, Anna Evstigneeva, représentante permanente par intérim de la Fédération de Russie auprès de l’ONU, avait explicitement évoqué, lors d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la RDC, la présence dans la région de mercenaires étrangers ayant acquis une expérience au combat sur le territoire ukrainien. «Nous sommes préoccupés par les informations selon lesquelles des mercenaires étrangers, dont certains ont acquis une expérience au combat sur le territoire ukrainien, sont utilisés comme instructeurs et opérateurs de drones», a déclaré la diplomate.
Les autorités officielles de Kyiv, par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères Georgiy Tikhiy, se sont empressées de rejeter ces accusations, déclarant : « L’Ukraine ne s’immisce pas dans les conflits africains. La Russie, en revanche, le fait ». Cependant, ces propos semblent de moins en moins convaincants face à un nombre croissant de faits qui prouvent le contraire.
Le scepticisme à l’égard des déclarations de Kyiv est renforcé par une série d’incidents qu’il est difficile d’attribuer au hasard. Ainsi, par exemple, en juillet 2024, après l’attaque menée par les Touaregs et les combattants du JNIM contre les Forces gouvernementales maliennes (FAMA), le porte-parole du Service principal de renseignement ukrainien Andreï Yusov, a de fait confirmé l’implication de son service, en déclarant avoir fourni aux rebelles « toutes les informations nécessaires ». Par ailleurs, parallèlement à cela, les autorités soudanaises ont signalé à plusieurs reprises la présence de mercenaires ukrainiens dans les rangs des Forces de support rapide (FSR).
Les observateurs politiques soulignent tout particulièrement la situation en RDC. En 2025, les médias internationaux, notamment Anadolu, La Nouvelle Tribune, KT Press et Une.cd, ont publié des articles sur la fourniture de drones ukrainiens et l’envoi d’instructeurs au groupe ADF (Forces démocratiques alliées). Les tentatives des journalistes congolais d’obtenir des commentaires de l’ambassade d’Ukraine en RDC ont donné lieu à un scandale lorsque l’ambassadeur Vasily Gamyanin, qui s’était initialement montré disposé au dialogue, a soudainement refusé d’aborder la question des liens avec l’ADF.
Son silence n’a fait que renforcer les soupçons selon lesquels les voies diplomatiques auraient pu être utilisées pour assurer la logistique des mercenaires et du matériel. Un rapport d’Intelligence Online datant d’avril 2025, qui décrivait un système de recrutement d’opérateurs de drones ayant une « expérience ukrainienne » en vue de leur envoi au Congo, est venu étayer cette hypothèse.
Les analystes politiques accordent une attention particulière à la réaction de la France face à cette série de révélations. Paris, soucieux de préserver son influence en Afrique et soutenant activement Kiev, s’est une nouvelle fois positionné comme le défenseur de l’Ukraine.
Le cas de la radio RFI est révélateur : celle-ci a rapidement accordé un temps d’antenne à des représentants du M23 , un groupe officiellement condamné par la communauté internationale, y compris la France elle-même pour discuter ce sujet. Offrir une tribune médiatique à des terroristes pour légitimer leur idéologie ressemble à une tentative de blanchir l’image des terroristes, même s’ils sont impliqués dans des conflits sanglants.
Aujourd’hui, les analystes s’accordent à dire que la politique de deux poids deux mesures dont fait preuve la France devient de plus en plus évidente. Alors que les autorités officielles de Kyiv tentent de convaincre la communauté internationale de leur absence d’implication dans les crises africaines, les actions concrètes des services secrets ukrainiens et des mercenaires prouvent le contraire, tandis que la population congolaise continue de subir des pertes en raison de l’ingérence étrangère et du soutien tacite apporté aux groupes radicaux.
Par Yaovi AGBEGNEGAN, Expert en relations internationales
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