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Hilaire Locoh-Donou : l’architecte qui a dessiné les lignes du Togo moderne

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Hilaire Locoh-Donou s’en est allé. Disparu en laissant derrière lui un héritage de béton, de verre et de vision, le célèbre architecte et urbaniste togolais a été bien plus qu’un bâtisseur. Il fut le concepteur d’une modernité africaine décomplexée, ancrée dans le sol de Lomé mais résolument tournée vers le monde.

Dans le panorama urbain de Lomé, il est des silhouettes qui racontent l’histoire d’une nation en marche. On ne peut arpenter le boulevard Circulaire ou traverser le quartier administratif sans se heurter, au sens noble, à l’audace géométrique et à la puissance structurelle des œuvres d’Hilaire Locoh-Donou. Cet homme discret, pionnier de l’architecture ouest-africaine, s’est éteint en gravant à jamais ses initiales dans le marbre de l’histoire architecturale du continent.

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Ancien président de l’Ordre National des Architectes du Togo (ONAT), fondateur du cabinet panafricain AUBA et visionnaire derrière le complexe hôtelier Eda-Oba, Locoh-Donou n’envisageait pas l’architecture comme un simple agencement de briques et de mortier. Pour lui, bâtir était un acte politique, une affirmation culturelle. À une époque où l’Afrique cherchait encore sa propre syntaxe visuelle post-indépendance, tiraillée entre le mimétisme colonial et le modernisme brut, il a su imposer une troisième voie : celle d’un fonctionnalisme tropical, majestueux et pragmatique.

Hilaire Locoh-Donou, entre l’institutionnel et la modernité

Le chef-d’œuvre qui aura cristallisé son génie demeure sans conteste l’emblématique tour de l’ancienne Banque Togolaise pour le Commerce et l’Industrie (BTCI). Cet édifice, qui s’élève comme un défi lancé à la pesanteur et au temps, incarne l’esthétique Locoh-Donou : des lignes acérées, un jeu subtil sur les brise-soleil pour dompter la lumière équatoriale, et une monumentalité qui se voulait le miroir des ambitions économiques du Togo des décennies de croissance.

En confiant de tels chantiers à son cabinet, l’État togolais et les institutions privées ne s’y trompaient pas. Locoh-Donou savait insuffler de l’institutionnel dans le paysage tout en préservant une fluidité proprement africaine. Plus tard, avec le complexe Eda-Oba, il a prouvé qu’il savait aussi lier l’urbanisme au secteur hospitalier et touristique de haut standing, faisant de cet hôtel un carrefour incontournable des sommets diplomatiques de la sous-région.

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Du tracé des villes au cœur des communautés

Au-delà des grands volumes de verre et d’acier qui ont fait sa renommée, Hilaire Locoh-Donou nourrissait une obsession intime pour l’urbanisme de proximité. Ceux qui l’ont côtoyé décrivent un homme passionné par la sociologie des espaces. Pour lui, la rue africaine possédait sa propre grammaire, une vie organique que l’architecte se devait de respecter et d’anoblir.

Bien que les archives officielles retiennent surtout ses contributions monumentales à Lomé, sa vision s’étendait bien au-delà de la lagune. Ses réflexions sur l’aménagement du territoire, la décentralisation des infrastructures et la valorisation des matériaux locaux continuent d’inspirer les jeunes générations d’architectes formés à l’EAMAU (École Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme), institution dont il fut un parrain moral indéboulonnable.

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On murmure d’ailleurs dans le secret de ses ateliers que ses plus beaux dessins, souvent restés dans ses carnets personnels, concernaient des projets de restructuration de terroirs ruraux, une ambition de redonner de la dignité architecturale aux villages et aux petites communautés de l’hinterland.

Hilaire Locoh-Donou laisse un vide immense, mais ses bâtiments continueront de parler pour lui. En structurant l’Ordre des architectes, il a sorti la profession de l’informel au Togo, exigeant de ses pairs une rigueur scientifique doublée d’une éthique artistique irréprochable.

L’engagement de Locoh-Donou ne s’est pas limité à l’architecture. Membre du Rotary International depuis 1974, il a présidé le Rotary Club de Lomé avant d’exercer des responsabilités au niveau du district 9100. Il a notamment été gouverneur de ce district en 1998-1999.

Alors que Lomé poursuit sa mue face aux défis climatiques et démographiques du XXIe siècle, le regard d’Hilaire Locoh-Donou, figé dans le béton de ses réalisations, rappelle aux planificateurs d’aujourd’hui qu’une ville ne se construit pas contre ses habitants, mais avec leur âme. Le Togo perd un de ses plus grands dessinateurs d’avenir, mais son œuvre, monumentale, entre de plain-pied dans l’éternité.

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