Umaro Sissoco Embaló a quitté la Guinée-Bissau jeudi 27 novembre au soir. Le président, destitué par le Haut Commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public (HCM), a été transporté vers le Sénégal « sain et sauf » à bord d’un vol affrété par les autorités sénégalaises.
Le ministère sénégalais des Affaires étrangères a précisé que cette évacuation s’inscrivait dans une série de démarches diplomatiques menées depuis le renversement du régime. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a notamment pris part, en visioconférence, à un sommet extraordinaire de la Cedeao consacré à la crise bissau-guinéenne.
À l’issue de cette rencontre, les chefs d’État de l’organisation ont décidé de la mise en place d’un « comité de médiation restreint », dont le Sénégal fera partie. Ce groupe doit se rendre prochainement à Bissau afin de superviser les discussions avec les nouvelles autorités militaires et d’assurer la mise en œuvre des mesures arrêtées.
Dakar affirme être « en communication directe avec l’ensemble des acteurs bissau-guinéens concernés » et avoir engagé des négociations sur la libération non seulement d’Umaro Sissoco Embaló, mais aussi de plusieurs de ses proches et d’autres responsables politiques arrêtés dans la foulée du putsch.
Le Sénégal assure également avoir plaidé pour la réouverture des frontières, afin de faciliter l’évacuation des ressortissants étrangers et le rapatriement des membres des missions d’observation électorales encore présents à Bissau.
La chute de l’ancien chef de l’État a été annoncée dans la journée du mercredi 26 novembre par un groupe d’officiers, qui ont suspendu les scrutins présidentiel et législatif du 23 novembre, dont les résultats n’avaient pas encore été rendus publics. Les deux camps — pouvoir sortant et opposition — revendiquaient alors simultanément la victoire.
Des hommes d’Umaro Sissoco Embaló
Jeudi, le général Horta N’Tam a été officiellement investi à la tête du Haut Commandement militaire, s’arrogeant la direction de la transition au nom de la « restauration de l’ordre ». Selon la version des putschistes, le coup de force ferait suite à la découverte d’un « complot de déstabilisation » impliquant des réseaux criminels et des figures politiques influentes, notamment dans le trafic de drogue. Des accusations qui n’ont pas encore été étayées par des preuves publiques.
Dans un premier temps, les nouvelles autorités ont décrété la fermeture des frontières et l’instauration d’un couvre-feu. Mais dès jeudi, le HCM a annoncé la levée de ces mesures, déclarant la réouverture de « toutes les frontières » ainsi que celle des écoles, des marchés et des institutions privées, signes d’un retour progressif à une normalité sous contrôle militaire. En revanche, la junte a interdit « toute manifestation, toute grève ou toute action susceptible de troubler l’ordre public ».
Les militaires ont également nommé un nouveau chef d’état-major de l’armée. Il s’agit du général Tomas Djassi, jusqu’alors chef d’état-major particulier du président Umaro Sissoco Embaló. Une promotion qui alimente les interrogations sur les rapports de force internes à l’armée et sur la nature réelle des ruptures apparentes au sommet de l’État.
Dans ce pays familier des coups d’État et des transitions fragiles, l’évacuation d’Umaro Sissoco Embaló vers Dakar apparaît autant comme une manœuvre de désescalade que comme le prélude à une recomposition politique encore imprévisible.
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