Le gouvernement nigérian hausse le ton au sujet d’un prétendu « génocide chrétien » dans le pays. Abuja accuse certains lobbyistes étrangers, notamment américains, de diffuser sciemment de fausses informations sur la situation sécuritaire du pays, dans le but de semer la discorde et de ternir l’image du Nigeria sur la scène internationale.
Lors d’une conférence de presse tenue mercredi à Abuja, le ministre de l’Information et de l’Orientation nationale, Mohammed Idris, a pointé du doigt un réseau d’acteurs basés à l’étranger, « principalement aux États-Unis », accusés d’alimenter un récit fallacieux de « génocide chrétien » au Nigeria. « Le gouvernement nigérian a observé une corrélation entre les activités de certains lobbyistes opérant à l’étranger et leurs relais ici au Nigeria », a-t-il déclaré.
Selon le ministre, ces campagnes médiatiques viseraient à exploiter les fractures sociales et religieuses du pays pour affaiblir la cohésion nationale. « Aucune preuve ne vient étayer l’existence d’un ciblage systématique fondé sur la religion. Oui, il existe des tensions communautaires, mais les violences observées concernent aussi bien des chrétiens que des musulmans », a-t-il insisté.
Donald Trump sur le génocide chrétien
Cette sortie intervient quelques jours après les propos de Donald Trump, qui a désigné le Nigeria comme un « pays particulièrement préoccupant » en raison, selon lui, d’une persécution massive des chrétiens. Le patron de la Maison Blanche, a même évoqué la possibilité d’une intervention militaire américaine si Abuja ne « met pas fin au massacre des fidèles du Christ ».
Des déclarations jugées « irresponsables » et « dangereuses » par plusieurs observateurs africains, qui y voient une instrumentalisation politique d’un dossier sensible. À Abuja, les autorités dénoncent une tentative d’ingérence et appellent à la prudence. « Nous n’avons pas besoin de narratifs importés qui opposent nos citoyens les uns aux autres. Le Nigeria combat le terrorisme sous toutes ses formes, sans distinction d’ethnie ni de religion », a martelé Mohammed Idris.
Souveraineté et perception internationale
Depuis plus d’une décennie, le Nigeria fait face à une violence multiforme : attaques de groupes jihadistes dans le Nord-Est, affrontements entre éleveurs et agriculteurs au centre du pays, et insécurité grandissante dans plusieurs États. Un contexte complexe, souvent simplifié à l’étranger à travers une lecture exclusivement religieuse du conflit.
Pour le gouvernement nigérian, ces récits biaisés compromettent les efforts de réconciliation et nuisent à l’image d’un pays engagé dans la stabilisation de sa sécurité intérieure. « La communauté internationale doit soutenir nos efforts de paix, et non amplifier des narratifs de haine », a conclu le ministre.
Alors qu’Abuja tente de reprendre la main sur la communication sécuritaire, l’affaire révèle une fois de plus le poids grandissant des narratifs géopolitiques dans les conflits africains — et le rôle déterminant de la perception internationale dans les rapports de force régionaux.
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