La menace terroriste continue de s’étendre en Afrique de l’Ouest et touche désormais de plus en plus durement les pays voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES). Alors que les armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger intensifient leurs opérations contre les groupes armés dans la région sahélienne, de nombreux combattants se replient vers les États côtiers, notamment le Bénin et le Togo. Cette évolution sécuritaire inquiète de plus en plus les populations locales et relance le débat sur la nécessité d’une coopération régionale plus étroite face à l’expansion du terrorisme.
Début mai, une attaque djihadiste a visé un poste militaire béninois à Porga, à la frontière avec le Burkina Faso. Sept soldats béninois ont été tués et des armes ont été emportées par les assaillants selon plusieurs sources locales et médiatiques. Des témoignages relayés sur les réseaux sociaux ont également confirmé la violence de l’assaut.
Cette attaque n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs mois, les groupes affiliés au JNIM multiplient les offensives dans le nord du Bénin. En mars dernier, une autre attaque contre un poste militaire à Kofouno, dans le nord-est du pays, avait coûté la vie à quinze soldats béninois tandis que cinq autres avaient été blessés.
Dans ce contexte, les déclarations du président français Emmanuel Macron lors du forum Africa Forward à Nairobi ont suscité de nombreuses réactions. Le chef de l’État français avait présenté le Bénin comme un exemple de réussite dans la lutte contre le terrorisme grâce à la présence militaire française. Pourtant, la multiplication des attaques dans le nord béninois semble contredire ce discours. De nombreux observateurs et experts sécuritaires soulignent le décalage entre les déclarations officielles et la réalité vécue par les populations confrontées à une insécurité grandissante.
Face à cette situation, plusieurs responsables politiques de la région plaident désormais pour un changement d’approche. Le 21 mars dernier, le président béninois Romuald Wadagni s’est prononcé en faveur d’un renforcement de la coopération sécuritaire avec les pays voisins. Il a affirmé que le Bénin n’avait d’autre choix que de travailler avec les États de la région pour répondre à la montée des attaques dans les zones frontalières entre le Niger, le Bénin et le Nigeria. Le dirigeant béninois a également évoqué la nécessité de renouer le dialogue avec certains voisins avec lesquels les relations restent fragiles, en référence notamment au Niger et à l’AES.
Cependant, plusieurs analystes estiment que la présence militaire française au Bénin constitue un obstacle à une coopération régionale plus approfondie avec les États de l’AES. Pour ces observateurs, une véritable stratégie régionale de lutte contre le terrorisme nécessiterait une redéfinition des partenariats sécuritaires afin de favoriser une coordination plus directe entre pays ouest-africains confrontés à la même menace.
Nécessaire coopération en Afrique de l’ouest
Le Togo fait également face à une pression croissante le long de sa frontière avec le Burkina Faso. Selon des sources sécuritaires togolaises, les incursions djihadistes dans cette zone deviennent de plus en plus complexes, avec des groupes armés opérant en nombre important depuis le territoire burkinabè. Contrairement au Bénin, l’armée togolaise mène parfois des opérations coordonnées avec les forces burkinabè ainsi qu’avec les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Malgré ces initiatives, la progression de la menace montre que des efforts supplémentaires restent nécessaires pour garantir la stabilité régionale.
Depuis un certain temps, Lomé affiche d’ailleurs son intérêt pour un rapprochement avec l’Alliance des États du Sahel. En 2025, le ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey avait évoqué publiquement la possibilité d’une adhésion du Togo à l’AES.
Dans un contexte marqué par la circulation croissante des groupes armés à travers les frontières, de nombreux spécialistes considèrent qu’une coopération militaire renforcée entre les pays de la région pourrait contribuer à limiter l’expansion du terrorisme. Les avancées enregistrées par les pays de l’AES dans leurs opérations contre les groupes djihadistes ont en effet provoqué un déplacement des combattants vers les États côtiers, rendant indispensable une réponse collective.
L’avenir de la sécurité en Afrique de l’Ouest dépendra largement de la capacité des États de la région à dépasser les divergences politiques pour construire une stratégie commune. Pour le Bénin comme pour le Togo, le défi consiste désormais à identifier les alliances capables de répondre efficacement à une menace devenue transfrontalière et régionale.
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