La ministre secrétaire générale de la Présidence du conseil a représenté le Togo au Forum 2026 sur les fragilités organisé par la Banque mondiale. A l’occasion, Sandra Johnson a exposé la stratégie tripartite de Lomé pour contrer l’enracinement de l’extrémisme violent par l’investissement socio-économique.
Comment éviter que le nord des pays du golfe de Guinée ne bascule dans le même chaos sécuritaire que le Sahel ? C’est la question centrale qui a réuni d’éminents décideurs et experts internationaux mardi dernier. Organisé par la Banque mondiale, le Forum 2026 sur les fragilités s’est penché sur le thème hautement stratégique : « Soutenir la prévention dans les pays à risque : leçons tirées du Sahel ».
Au cœur des débats, la Mauritanie et le Togo ont fait figure de cas d’école. Les deux nations ont été analysées pour leurs approches respectives de renforcement de la résilience communautaire, oscillant entre la prévention en amont et l’atténuation des risques sur le terrain.
Le Sahel comme miroir
La rencontre a réuni un panel de haut niveau pour disséquer les dynamiques de vulnérabilité en Afrique de l’Ouest. Parmi les participants figuraient Ousmane Diagana, vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’ouest et du centre ; Abdellah S. Cheikh Sidiya, ministre des Affaires économiques et du Développement, gouverneur pour la Mauritanie ; Bakary Sambe, enseignant-chercheur à l’Institut Timbuktu ; Leonardo Santos Simão, représentant spécial et chef du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’ouest et du Sahel.
Pour les participants, pour stopper l’hémorragie sécuritaire, il faut agir de manière proactive en s’appuyant sur des données rigoureuses. Les experts s’accordent sur le fait que la réponse purement militaire est insuffisante. La lutte contre le terrorisme exige de rebâtir un « État protecteur » à travers une présence physique et des investissements socio-économiques accrus dans les zones délaissées, tout en arrimant l’aide internationale aux réalités locales.
« La situation au Sahel nous enseigne que les crises naissent de l’accumulation de vulnérabilités : pauvreté, exclusion sociale, déficit de services publics, inégalités territoriales et perte de confiance envers l’État. L’expérience du Sahel montre que là où l’État est absent, les vulnérabilités s’installent et les groupes extrémistes s’enracinent », a martelé Sandra Johnson.
La stratégie togolaise contre l’extrémisme violent
Face à ce constat, le gouvernement togolais déploie une réponse structurée autour de trois piliers complémentaires, combinant l’alerte précoce, la réponse opérationnelle et l’effacement des fractures sociales.
Pour Lomé, l’investissement dans le capital humain et les infrastructures de proximité s’avère être le bouclier le plus efficace contre l’enrôlement des jeunes par les groupes armés. Cette ambition se traduit de manière concrète par le projet de Cohésion Sociale des Régions Nord du Golfe de Guinée (COSO).
À ce jour, ce programme a permis la réalisation de plus de 830 infrastructures communautaires implantées directement dans les territoires jugés vulnérables. Éducation, accès à l’eau potable, santé, infrastructures énergétiques : ces projets bénéficient directement à plus de 545 000 personnes, dont une large majorité de femmes.
En orientant ses efforts vers la création d’emplois et l’autonomisation des femmes et des jeunes, le Togo tente de démontrer que la prévention socio-économique demeure, à terme, l’investissement public le plus rentable pour garantir la stabilité et préserver durablement la paix.






