Togo : le pavé dans la mare de Claudine Mathey pour réformer l’opposition

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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Claudine Mathey

Dans un plaidoyer sans concession, Claudine Mathey, activiste de « Togo-Debout » appelle les partis d’opposition togolaise à abandonner la guerre des chefs au profit d’une méthode inspirée de la gestion de projet. Elle propose aux parties prenantes la « Charte d’Unicité d’Action 2026-2029 ».

« Vingt ans. Sept coalitions. Zéro alternance ». C’est par ce bilan implacable que Claudine Mathey, militante au sein du mouvement de la société civile Togo-Debout, interpelle les états-majors politiques de l’opposition togolaise. Alors que le régime de Faure Gnassingbé affiche soixante ans de longévité et vient de constitutionnaliser sa trajectoire, les forces démocratiques continuent de butter sur leurs propres divisions.

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Face à l’urgence sociale, illustrée par les 330 000 personnes menacées d’insécurité alimentaire dans la région des Savanes, l’activiste publie une tribune au ton de manifeste, proposant de rompre définitivement avec les erreurs stratégiques du passé.

Le piège de la « fusion » et la guerre des ego

Pour Claudine Mathey, l’histoire récente de l’opposition togolaise — de l’Accord politique global (APG) de 2006 à la Coalition des 14 (C14) en 2017 — est celle d’un éternel recommencement. Le scénario est immuable : une union sacrée de façade dans l’euphorie, suivie de querelles de préséance et d’une implosion inévitable avant chaque échéance électorale majeure.

Le diagnostic posé par la militante est structurel. Pour elle, ce n’est pas l’idée de l’union qui a échoué, mais le concept de « fusion ».

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« Pendant vingt ans, l’opposition a poursuivi une chimère : fondre quinze partis en un seul bloc, avec un chef unique au sommet. Quinze histoires, quinze ego, quinze trésoreries, quinze agendas et l’on s’étonne que la maison s’effondre », a-t-elle relevé.

La solution ne réside donc pas dans la quête d’un homme providentiel, mais dans l’adoption d’une discipline collective. Le Togo, affirme-t-elle, n’a pas besoin d’un chef commun, mais d’une « voix commune » et d’un calendrier rigoureux.

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La méthode « Agile » appliquée à la politique

Pour moderniser l’action politique, la militante propose un transfert de compétences surprenant mais pragmatique. Il s’agira donc d’importer les méthodes de gestion de projet de l’industrie technologique, notamment la méthode « Agile ».

Dans le monde du développement de logiciels, les entreprises ne fusionnent pas leurs structures pour collaborer ; elles s’alignent sur un protocole strict. Elles définissent un seul cahier des charges, une liste unique de priorités et des cycles de travail courts appelés « sprints ».

C’est exactement ce cadre opérationnel que l’opposition devrait adopter pour pallier son inefficacité chronique, caractérisée jusqu’ici par une dispersion des objectifs et une multiplicité de paroles contradictoires.

Les 4 piliers de l’Unicité d’Action de Claudine Mathey

La proposition phare de ce plaidoyer repose sur la signature d’une Charte d’Unicité d’Action 2026-2029, un texte court et contraignant qui devrait être ratifié par les leaders politiques avant la date butoir du 1er octobre 2026. Cette charte s’articule autour de quatre règles présentées comme non négociables.

D’abord, une voix. Pour Mme Mathey, une fois l’action décidée, seule la coordination parle. Les débats internes se règlent à huis clos, éliminant les cacophonies médiatiques. Ensuite, un calendrier. Une séquence temporelle unique dédiée à un seul objectif à la fois (à l’instar d’une opération « Togo en pause »), impliquant la mobilisation simultanée de toutes les forces. Puis, une cible. Il sera alors question de concentrer l’ensemble des efforts sur un point de blocage vital pour le régime au lieu d’éparpiller les forces sur plusieurs fronts.

Enfin, viendra la diplomatie. Ici, elle proposer d’articuler l’action de terrain à l’intérieur du pays avec une offensive de la diaspora dans les grandes chancelleries (Paris, Washington, Bruxelles, Abuja), transformant cette dernière en véritable force diplomatique.

La feuille de route vers les législatives

Loin des déclarations de principes sans lendemain, la Charte de Claudine Mathey propose un agenda sur trois ans, conçu pour tester et valider l’efficacité du bloc de l’opposition togolaise avant le scrutin législatif qui devrait avoir lieu en 2030.

Le bloc, une fois constitué devrait commencer des actions coordonnée et simultanée entre le terrain national et la diaspora pour démontrer sa capacité et restaurer la crédibilité. Ensuite, pour les échéances électorales, l’opposition togolaise devra présenter des listes communes systématiques partout

Claudine Mathey place les leaders politiques face à leurs responsabilités vis-à-vis du peuple souverain. Selon elle, la transparence autour de la signature ou du refus de cette charte sera le seul outil efficace pour identifier les acteurs du sabotage ou de la compromission.

L’analyse conclut sur un partage des responsabilités historiques. En effet, pour Mme Mathey, si le régime en place porte la responsabilité de l’injustice, l’opposition togolaise porte celle de son inefficacité. Désormais, la question n’est plus de savoir qui dirigera le mouvement, mais si les différents partis accepteront, enfin, de marcher au même pas.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.