Sahel : l’offensive numérique des groupes extrémistes

Didier ASSOGBA
By
Didier ASSOGBA
Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
4 Min Read

L’organisation panafricaine Paradigm Initiative (PIN) alerte sur une offensive numérique des groupes extrémistes violents au Sahel qui ont jeté leur dévolu sur les plateformes numériques. Dans une nouvelle note d’orientation, l’organisation appelle les gouvernements, les entreprises technologiques et la société civile à renforcer la prévention de la radicalisation en ligne tout en préservant les droits fondamentaux.

Le numérique est devenu un nouveau terrain de recrutement pour les groupes extrémistes violents opérant au Sahel. C’est le constat dressé par Paradigm Initiative dans sa nouvelle note d’orientation intitulée « Les fronts numériques : lutter contre la radicalisation en ligne et les discours extrémistes violents au Sahel ».

- Advertisement -

Selon l’organisation, les groupes armés adaptent leurs méthodes à une région de plus en plus connectée. Ils investissent notamment les réseaux sociaux, les applications de messagerie cryptée, les formats de micro-vidéos et les mécanismes d’incitation financière numérique pour toucher des populations vulnérables, particulièrement les jeunes confrontés au chômage, à l’insécurité et à des perspectives économiques limitées.

ponse insuffisante face à l’offensive numérique

Paradigm Initiative estime que les stratégies de lutte contre l’extrémisme violent n’évoluent pas au même rythme que les méthodes utilisées dans l’espace numérique.

L’organisation met notamment en garde contre une réponse reposant essentiellement sur la surveillance et les restrictions. Elle préconise plutôt de renforcer l’alphabétisation numérique, la résilience des communautés et les systèmes d’alerte précoce, tout en développant des contre-discours crédibles.

- Advertisement -

PIN recommande également une coopération plus étroite entre les pouvoirs publics, les plateformes technologiques et les organisations de la société civile afin de prévenir le recrutement en ligne sans porter atteinte aux libertés fondamentales.

Le numérique au croisement du crime organisé

La note relève par ailleurs une convergence croissante entre criminalité organisée et groupes extrémistes violents. La propagande diffusée en ligne ne miserait plus uniquement sur l’idéologie, mais également sur des promesses de revenus, d’appartenance et de perspectives à destination de jeunes en situation de vulnérabilité.

- Advertisement -

Pour Paradigm Initiative, cette évolution impose de revoir les réponses traditionnelles fondées principalement sur la sécurité et de renforcer les politiques de prévention et de résilience sociale.

« L’espace numérique est devenu l’un des nouveaux fronts de la lutte contre l’extrémisme violent », souligne Moussa Waly SENE, chargé de programmes pour l’Afrique francophone. Il appelle les acteurs concernés à faire des plateformes numériques des espaces d’opportunités, d’innovation et de participation citoyenne plutôt que des vecteurs de recrutement.

Pour une réponse régionale fondée sur les droits

Parmi ses recommandations, PIN plaide pour une coopération régionale renforcée afin de mieux lutter contre les réseaux extrémistes transfrontaliers actifs en ligne.

L’organisation appelle également à une modération des contenus respectueuse des droits, à une plus grande responsabilité des plateformes numériques et à l’élargissement des programmes d’éducation au numérique.

Les communautés doivent, selon elle, être davantage associées à la prévention, notamment en donnant aux jeunes les moyens d’identifier et de résister aux contenus de manipulation et aux discours extrémistes.

PIN insiste enfin sur la nécessité de trouver un équilibre entre les impératifs de sécurité et la protection de la vie privée, de la liberté d’expression et de l’accès à l’information.

Pour l’organisation, l’enjeu est désormais de construire une réponse numérique capable de lutter contre la radicalisation sans transformer Internet en espace de restrictions généralisées.

Rejoignez notre chaîne WhatsApp pour ne rien rater !

Share This Article
Follow:
Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.