Au Togo, le Cadre national de concertation pour le changement (CNCC) tire la sonnette d’alarme face à la détérioration du pouvoir d’achat. Dans un communiqué, le CNCC dénonce une déconnexion profonde entre les difficultés existentielles de la population et les choix budgétaires de la classe dirigeante.
C’est un réquisitoire d’une rare sévérité contre la gouvernance de l’État qu’a publié dimanche 14 juin la coalition unissant des partis politiques d’opposition (ADDI, ANC, FDR, PSR) et des organisations majeures de la société civile (FCTD, TLP Togo, Novation Internationale).
Le spectre de la crise alimentaire face aux fastes du pouvoir
Pour appuyer ses critiques, le CNCC dresse un tableau sombre des réalités socio-économiques du pays, en s’appuyant sur des indicateurs nationaux et internationaux. D’abord sur l’Indice de Développement Humain, la coalition rappelle que le Togo se classe au 162e rang sur 191, se maintenant parmi les nations les plus fragiles du continent.
Ensuite, le CNCC relève que près d’un Togolais sur deux vit sous le seuil de pauvreté, les zones rurales étant les plus durement éprouvées par le manque d’infrastructures et d’appuis techniques. A cela, s’ajoute la question de la malnutrition. Dans certaines régions intérieures, un enfant sur quatre présente un retard de croissance directement lié à des carences alimentaires.
La coalition de l’opposition togolaise revient également sur la question alimentaire avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM) qui anticipe un risque d’insécurité alimentaire imminente pour plus de 330 000 personnes, particulièrement dans la Région des Savanes.
C’est précisément ce contexte de précarité qui rend inacceptable, selon l’opposition, l’attitude de l’élite politique. Le communiqué fustige la célébration « en grandes pompes », le 6 juin 2026, du 60e anniversaire du Président du Conseil, perçue comme une provocation face aux privations quotidiennes des citoyens. « Au Togo, quand le peuple souffre, ses dirigeants s’égaient… », pointe cette coalition.
L’étincelle de la hausse des prix du carburant
Le principal déclencheur de cette levée de boucliers reste la décision gouvernementale, entrée en vigueur le 27 mai 2026, d’augmenter le prix des produits pétroliers à la pompe. Pour la coalition, cette mesure va contracter un pouvoir d’achat déjà exsangue en entraînant une hausse en cascade des produits de première nécessité.
Le CNCC relève ici un paradoxe économique majeur. D’après lui, cette augmentation nationale est imposée au contribuable alors même que les cours mondiaux du brut connaissent actuellement une tendance à la baisse sur les marchés internationaux.
Par ailleurs, le texte dénonce une forme de cynisme et de « gabegie au sommet de l’État ». Il cite notamment l’usage détourné des biens publics, s’indignant de voir des véhicules officiels ou ceux de leurs proches maintenus moteurs et climatisations allumés pendant de longues heures lors des sommets ou des rassemblements publics, aggravant inutilement la facture énergétique du pays.
Les alternatives économiques proposées par le CNCC
Estimant que les citoyens ne peuvent être la variable d’ajustement permanente des tensions budgétaires, le CNCC exhorte l’État à explorer d’autres leviers de financement, axés sur l’exemplarité et la justice sociale. Il demande de diminuer drastiquement le train de vie de l’État et restreindre l’usage du carburant aux seuls déplacements professionnels requis.
Pour la coalition, il faut mettre un terme aux distributions excessives de bons de carburant et aux avantages liés aux véhicules de fonction. De même, l’Etat devra instaurer des mesures d’accompagnement ciblées pour les ménages modestes, les transporteurs et les petites entreprises. De plus, le gouvernement est invité à réallouer les crédits des dépenses non prioritaires et utiliser les réserves stratégiques pour stabiliser les prix à la pompe.
En conclusion, le regroupement appelle à une réorientation urgente des ressources publiques vers la lutte contre l’insécurité alimentaire, particulièrement dans le Nord où les incursions djihadistes entravent l’activité agricole. Enfin, le CNCC invite les organisations syndicales, les invitant à défendre strictement les intérêts des travailleurs plutôt qu’à se positionner en « caisse de résonance » de la politique gouvernementale.
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