Alors que l’Afrique de l’Ouest traverse une zone de fortes turbulences sécuritaires, les litiges frontaliers entre le Togo et le Ghana passent sous le microscope de l’Histoire à Lomé. Dr Foly Gada Ekue a récemment décortiqué les failles d’un tracé né des ambitions européennes, dont les incertitudes terrestres et maritimes continuent de crisper les relations bilatérales.
Lors de la 5e Journée scientifique de la Faculté des sciences de l’homme et de la société (FSHS) de l’Université de Lomé le 21 mai dernier, Dr Ekue a rappelé une vérité que les diplomates feignent parfois d’oublier. Dr Foly Gada Ekue, spécialiste en histoire, droit de l’homme et relations internationales, a livré une analyse limpide des racines du contentieux frontalier entre Lomé et Accra. Dans une communication intitulée « Trace historique des litiges frontaliers entre le Togo et le Ghana », l’universitaire a rappelé que les frontières africaines contemporaines portent encore les stigmates des crayons d’Europe.
Pour le chercheur, l’imbroglio actuel — qui se cristallise aujourd’hui autour de la délimitation de la frontière maritime — ne peut se comprendre sans remonter à la partition du bloc colonial allemand après la Première Guerre mondiale.
1914-1929 : Le péché originel des lignes rectilignes
La genèse de la séparation entre le Togo et le Ghana s’enracine dans le démantèlement du Togoland allemand après 1914, partagé à la hâte entre la France et la Grande-Bretagne. Ce découpage d’opportunité a imposé une logique de tracés géométriques, faisant fi des réalités humaines, culturelles et géographiques des populations locales.
« Les frontières actuelles résultent du partage colonial et des tracés rectilignes imposés par les puissances européennes. La définition, la délimitation cartographique puis la démarcation sur le terrain ont structuré progressivement cette frontière, sans toutefois la stabiliser entièrement », explique le Dr Foly-Gada Ekue.
Le premier grand échec technique de cette frontière survient entre 1927 et 1929. Durant cette période, les opérations de démarcation franco-britanniques se révèlent incomplètes et irrégulières. Faute d’un bornage total et rigoureux, plusieurs segments territoriaux sont laissés dans une zone de flou juridique. Un vide institutionnel qui, un siècle plus tard, sert encore de terreau aux contestations locales.
1957 : Le tournant géopolitique du Togoland britannique
L’autre accélération historique majeure du contentieux frontalier entre Lomé et Accra survient en 1957. Lors de l’accession à l’indépendance de la Gold Coast, qui devient le Ghana, le tracé subit une recomposition majeure avec l’intégration définitive du Togoland britannique au nouvel État ghanéen.
Ce basculement géopolitique a définitivement figé la frontière terrestre, tout en cristallisant des frustrations et des revendications historiques de part et d’autre de la ligne de démarcation.
Cette instabilité s’est aujourd’hui déplacée vers l’océan. Les incertitudes du tracé terrestre se répercutent directement sur la délimitation des eaux territoriales. Faute d’un accord bilatéral définitif, la frontière maritime reste une source de fragilité juridique qui complique régulièrement les négociations économiques et sécuritaires entre les deux voisins, notamment dans une dynamique d’exploration des ressources offshore.
Rigidité coloniale et litiges frontaliers
En guise de conclusion, Dr FolyGada Ekue invite les dirigeants d’Afrique de l’Ouest à un changement de paradigme. Selon lui, la clé d’un règlement pacifique et durable des litiges frontaliers réside dans la réappropriation des concepts endogènes de la gestion de l’espace.
Là où le droit occidental impose une partition rigide et exclusive, la conception traditionnelle africaine de la terre privilégie des notions de partage, de complémentarité et de coexistence. Pour l’universitaire, c’est en s’appuyant sur cette philosophie de l’espace que le Togo et le Ghana pourront enfin transcender l’héritage colonial pour bâtir une coopération transfrontalière solide, indispensable à la stabilité de la sous-région.
Notons que Dr Ekue est Docteur en Histoire, Licencié en Droit de l’homme et relations internationales, également Maître en Recherche politique et international. Il est enseignant des universités du Togo.
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