La controverse enfle au Togo autour de l’affaire Grâce Koumayi. Interpellée début octobre pour des contenus en ligne jugés « attentatoires à la sécurité intérieure », l’activiste accuse désormais les forces de sécurité d’agressions sexuelles et de mauvais traitements lors d’une précédente arrestation en juin. Des accusations que la Gendarmerie nationale réfute catégoriquement.
Dans un communiqué diffusé le 21 novembre, la Gendarmerie nationale affirme que Koumayi a été arrêtée le 3 octobre 2025 pour avoir diffusé des messages « appelant à la haine » contre de hautes personnalités de l’État. Alors que l’affaire suit son cours judiciaire, les accusations de viol et de traitements inhumains ont gagné en visibilité sur les réseaux sociaux.
Deux versions irréconciliables
La réponse des autorités est finalement connue. Selon la Gendarmerie, l’intéressée avait été remise en liberté le 10 juin, après un simple rappel à la loi, et n’avait « jamais » évoqué de violences au cours des multiples étapes de la procédure, de la garde à vue à sa présentation devant le parquet.
Ces dénégations officielles contrastent avec les allégations portées par Grâce Koumayi et par plusieurs organisations militantes, qui affirment qu’elle aurait subi des violences sexuelles lors de son arrestation du 6 juin, consécutive à sa participation à une manifestation non autorisée.
Le communiqué officiel souligne également que Koumayi avait reçu la visite d’une délégation de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) pendant sa garde à vue, une délégation « satisfaite des conditions de détention », selon la Gendarmerie. Rien, soutient celle-ci, ne permettrait de corroborer les accusations aujourd’hui mises en avant par l’activiste.
Dans ce jeu de versions contradictoires, aucun élément indépendant n’a pour l’heure permis de trancher. La CNDH, mentionnée par les autorités, n’a pas émis de communiqué public sur l’affaire.
Un débat élargi sur l’espace civique
L’affaire s’inscrit dans un contexte politique marqué par des tensions persistantes entre autorités et activistes. Les organisations de défense des droits humains documentent régulièrement, au Togo comme ailleurs dans la région, des restrictions d’accès à l’information, des interpellations préventives d’opposants et un usage contesté de la force lors des manifestations.
La Gendarmerie, de son côté, insiste sur le caractère « subversif » des actions de Koumayi et rappelle qu’elle aurait continué, après sa libération de juin, à diffuser des messages jugés dangereux sur les réseaux sociaux. Elle appelle par ailleurs la population à « la vigilance » face aux « manipulations » médiatiques.
Au-delà du cas Koumayi, ce bras de fer illustre un climat de suspicion mutuelle entre autorités sécuritaires et société civile, dans un pays où la question du respect des droits humains reste un sujet de débat récurrent. La Gendarmerie assure qu’elle « respecte les droits humains » et que toute allégation fera l’objet de « vérifications ». Elle affirme également sa confiance dans la justice, seule habilitée à établir les faits.
Reste que, pour nombre d’observateurs togolais, l’enjeu dépasse le seul dossier judiciaire. Il touche à la crédibilité des institutions, à la transparence des procédures, et à la capacité du pays à garantir un espace civique apaisé.
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