À l’occasion de la 85ᵉ session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), tenue en octobre 2025 à Banjul, 3 organisations de la société civile togolaise ont livré une analyse sans complaisance de la situation des libertés publiques au Togo. Il s’agit du Collectif des associations contre l’impunité au Togo (CACIT), l’Observatoire togolais des médias (OTM) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT). Leur déclaration a été rendue publique le 11 novembre.
Les ONG, soutenues par le projet FOE-Togo financé par l’Union européenne, ont souligné d’emblée les efforts de Lomé pour maintenir un dialogue avec la société civile. Mais elles alertent sur deux tendances jugées “préoccupantes” : les restrictions d’accès à l’internet et la répression des manifestations pacifiques.
Blocages numériques et répercussions sociales
Entre juin et septembre 2025, les autorités togolaises ont imposé des coupures ou ralentissements sévères d’internet. Les principales plateformes de communication ont été rendues inaccessibles, sans justification “légitime ou proportionnée”, affirment les signataires. Ces interruptions ont touché l’économie digitale, les transactions financières et les activités commerciales, tout en compliquant le travail des journalistes et défenseurs des droits humains.
Pour la coalition, cette mesure a limité “de manière disproportionnée” l’exercice des libertés publiques et s’inscrit en contradiction avec la Charte africaine des droits de l’homme, notamment son article 9 sur la liberté d’expression.
Autre inquiétude : la gestion des manifestations de juin 2025, organisées sur tout le territoire pour dénoncer la situation socio-politique du pays. Selon les organisations, au moins cinq morts, 105 arrestations – dont une majorité jugée arbitraire – et 21 cas de torture ont été documentés au cours de cette période.
La coalition de la société civile évoque également les conditions de détention à la prison civile de Lomé, déjà dénoncées par le Comité contre la torture de l’ONU, qui a recommandé sa fermeture.
Une “tendance à la répression systématique”
Pour le CACIT, l’OTM et l’OMCT, ces éléments traduisent un durcissement de l’espace civique et un recours excessif à la force. Ils estiment que ces violations “sapent la confiance citoyenne” et fragilisent davantage les défenseurs des droits humains et les professionnels des médias.
Les ONG ont appelé la CADHP à encourager Lomé à garantir un accès continu à l’internet ; protéger les journalistes et défenseurs des droits humains, notamment par l’adoption d’une loi dédiée d’ici juin 2026 ; instaurer un cadre national de concertation avec la société civile ; harmoniser la législation des médias et des réseaux sociaux avec les conventions internationales ; libérer les personnes détenues arbitrairement et mettre fin au harcèlement judiciaire des acteurs civiques ; mener des enquêtes indépendantes sur les cas de morts et de torture ; adopter sans délai le nouveau code de procédure pénale afin de réduire la détention préventive et la surpopulation carcérale.
Une déclaration qui, selon les observateurs, reflète les tensions persistantes entre les autorités togolaises et les organisations de défense des droits humains, dans un contexte politique marqué par une recomposition institutionnelle et un durcissement sécuritaire.
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