Dans son allocution de fin d’année, prononcée le 30 décembre à Lomé, Jean Pierre Fabre, président national de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), a livré un réquisitoire sévère contre le pouvoir en place. L’opposant dénonce une année 2025 marquée, selon lui, par une « régression politique grave » et une confiscation assumée de la souveraineté populaire. Un discours sans concession, qui s’inscrit dans la continuité de la contestation du nouvel ordre institutionnel issu du changement constitutionnel et du basculement du Togo dans un régime parlementaire.
Pour le principal opposant togolais, le « système RPT-UNIR » aurait franchi en 2025 « un point de non-retour ». Jean-Pierre Fabre accuse le régime d’avoir définitivement tourné le dos à la Constitution de 1992, en imposant de nouvelles institutions qu’il juge illégitimes, au premier rang desquelles un Sénat présenté comme un instrument de verrouillage du pouvoir. Il évoque également l’emprisonnement de citoyens pour leurs opinions, la répression de figures de la jeunesse militante, la suspension de médias internationaux comme RFI et l’organisation d’élections municipales qu’il qualifie de « fondamentalement biaisées ».
Au-delà des faits, le leader de l’ANC décrit une stratégie délibérée de maintien au pouvoir, fondée sur la peur, la répression et la manipulation. « Ce n’est pas une dérive accidentelle, mais le choix d’un système à bout de souffle », affirme-t-il, estimant que les autorités actuelles gouvernent désormais « contre le peuple ». Il dénonce également une « confusion institutionnelle volontaire », pointant un Président du Conseil qui, selon lui, s’arrogerait des prérogatives non prévues par la Constitution, au mépris des symboles républicains.
Jean Pierre Fabre pour la souveraineté populaire
Dans un ton à la fois grave et mobilisateur, Jean Pierre Fabre se veut toutefois résolument combatif. Il affirme rester confiant dans la capacité du peuple togolais à refuser la résignation, malgré la lassitude, la répression et les divisions au sein de l’opposition. Il salue l’émergence de voix contestataires dans les villes, les campagnes et la diaspora, et insiste sur le rôle croissant des femmes et des jeunes dans la dénonciation des arrestations arbitraires et des injustices.
L’allocution prend alors une dimension plus politique et prospective. Pour le président de l’ANC, 2026 ne saurait être « une année de plus dans la soumission ». Il appelle à en faire une année de « sursaut » et de mobilisation citoyenne consciente, martelant que le changement ne viendra ni des discours ni de l’attentisme, mais d’un engagement collectif pour la reconquête de la souveraineté populaire. Dans un appel solennel, il invite chaque Togolais à « faire sa part », en refusant la peur et la résignation.
En filigrane, ce discours illustre la persistance d’un climat politique tendu au Togo, plus d’un an après l’adoption de la Ve République. Alors que le pouvoir met en avant la stabilité institutionnelle et l’apaisement progressif, l’opposition, incarnée ici par Jean Pierre Fabre, continue de dénoncer un durcissement autoritaire et appelle à une mobilisation durable.
À l’orée de 2026, le fossé entre les deux lectures de la trajectoire politique du pays demeure profond, laissant présager une année encore marquée par de fortes tensions politiques et sociales.
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