Après cinq jours intenses de débats, le 9ᵉ Congrès panafricain s’est achevé vendredi dernier à Lomé sur une Déclaration finale ambitieuse, audacieuse, et inédite par sa portée politique. Réunissant plus de 1 200 délégués venus de 73 pays, cette grande assemblée a marqué un tournant. Ainsi, le panafricanisme ne se contente plus d’être une idée-force. Il devient une stratégie opérationnelle de justice, de souveraineté et de transformation mondiale.
Placé sous le thème « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales », le congrès n’a pas éludé les sujets brûlants. Il a permis d’évoquer les réparations pour l’esclavage et la colonisation, décolonisation des savoirs, réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, restitution des biens culturels, ou encore la montée des discriminations algorithmiques. Tous ces enjeux ont été intégrés dans une vision cohérente, ancrée dans les épistémologies africaines — Maat, Maaya, Ubuntu — et dans l’urgence d’un « front uni panafricain ».
Les travaux du 9e congrès panafricain ont rassemblé chefs d’État, représentants de la diaspora des Amériques, des Caraïbes, d’Europe et d’Asie, intellectuels, mouvements sociaux, jeunes et femmes.
D’une revendication morale à la stratégie diplomatique
Le congrès panafricain de Lomé a clairement fait sien le thème 2025 de l’Union africaine : « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations ». La déclaration appelle à une position commune africaine exigeant des excuses officielles, la reconnaissance formelle des crimes historiques (esclavage, colonisation, apartheid, pillages) et l’ouverture de processus de réparation conformes au droit international.
Surtout, un pas concret a été franchi. Les participants ont décidé la création d’un Observatoire panafricain de la justice réparatrice, chargé de documenter les violations, suivre les engagements et alimenter le plaidoyer. Et, dans un geste symbolique fort, le texte exige la correction des représentations cartographiques coloniales, à commencer par l’abandon de la projection de Mercator. Il s’agit-là d’un « acte de justice cognitive » jugé « indispensable ».
Le soutien explicite aux initiatives conjointes de l’UA et de la CARICOM marque aussi une volonté de solidarité transatlantique renforcée. C’est là un signal adressé à Genève, New York… et La Haye.
Réforme des institutions multilatérales
Loin de se contenter de critiques, les délégués du congrès panafricain ont réaffirmé avec force le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte. L’Afrique exige deux sièges permanents avec droit de veto, plus cinq sièges non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU. Une revendication vieille de vingt ans, mais jamais aussi bien relayée que par cette coalition élargie, incluant désormais la diaspora comme acteur diplomatique à part entière.
Autre innovation : la proposition d’un dispositif africain permanent de coordination multilatérale, chargé d’harmoniser les positions avant chaque grande négociation internationale. Et l’appel à des alliances transrégionales — afro-caribéennes, afro-latines, Sud-Sud — notamment avec les BRICS et le G20, pour accroître le poids collectif.
« La décolonisation de l’esprit constitue une condition essentielle de la renaissance africaine », affirme le texte. Le congrès panafricain de Lomé appelle à une réforme profonde des systèmes éducatifs, avec l’intégration de curricula afrocentriques, l’enseignement des langues africaines, et la valorisation des savoirs endogènes.
Parmi les mesures concrètes proposées, on retient la création de chaires panafricaines, d’universités virtuelles panafricaines, et d’archives numériques unifiées. L’objectif est de faire de l’éducation non plus un instrument de domination, mais un levier d’émancipation, de créativité… et de confiance en soi.
Un congrès panafricain pour un développement autocentré
Le congrès insiste sur la nécessité de mobiliser les ressources endogènes — y compris l’épargne de la diaspora — pour financer le développement. Il propose des outils concrets comme une taxe de solidarité panafricaine, une Banque panafricaine de développement dédiée à l’énergie et à l’industrialisation, une bourse africaine des matières premières, et même… une monnaie commune africaine.
Et pour la première fois dans un document de ce niveau, est évoquée la libre circulation des personnes, des idées et des initiatives économiques entre l’Afrique et sa diaspora, afin de constituer un « espace économique et humain panafricain pleinement intégré ».
Conscient des échecs passés, le congrès panafricain de Lomé a pris soin de s’assurer d’un suivi rigoureux. Un Comité de mise en œuvre sera mis en place, coordonné par le Togo, pays hôte, en collaboration avec la Commission de l’UA et les représentants de la diaspora. Tous les cinq ans, un nouveau congrès se tiendra — et un bureau permanent du Congrès panafricain sera créé, dont le siège sera déterminé après concertation.
Enfin, Lomé a été chargée de saisir l’Assemblée générale des Nations Unies pour l’adoption d’une résolution instituant une Journée internationale des réparations et des restitutions.
Le 9ᵉ Congrès de Lomé ne clôt pas une ère, il en ouvre une. Celle où le panafricanisme, longtemps cantonné aux discours commémoratifs, se mue en projet politique global, porté par une alliance inédite entre États, sociétés civiles et diasporas. À l’heure où le monde se fracture, l’Afrique et ses diasporas tentent, depuis Lomé, de tracer une troisième voie. Ni alignement, ni repli mais une renaissance souveraine, ancrée dans la justice et l’humanité partagée.
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