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Robert Dussey : ‘Ne confondons pas le panafricanisme et nationalisme’

Didier ASSOGBA
5 Min Read

À Lomé, cette semaine, le panafricanisme ne se déclame pas mais s’interroge. Du 8 au 12 décembre, la capitale togolaise accueille le 9ᵉ Congrès panafricain, rendez-vous politique, intellectuel et mémoriel, convoqué par le Togo et entériné par l’Union africaine en février 2025. Il porte sur le thème « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales : mobiliser les ressources et se réinventer pour agir ». Il s’agit pour les organisateurs de sortir des professions de foi pour entrer dans l’ingénierie politique.

Car le contexte international ne s’y prête plus aux incantations. Il est marqué par des fractures géopolitiques, le retour en force des États puissances, l’affaissement des institutions multilatérales, la multiplication des conflits. L’Afrique, encore marginalisée dans la gouvernance mondiale, se trouve de nouveau sommée de choisir entre alignement et affirmation.

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A l’ouverture du congrès panafricain, Faure Gnassingbé, président du Conseil du Togo, a indiqué que l’Afrique ne peut plus se contenter d’occuper une place subalterne dans un ordre international hérité de la guerre froide et consolidé sans elle. La réforme des institutions multilatérales, a insisté le dirigeant togolais, n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale pour le continent, appelé à peser enfin sur les règles qui le gouvernent.

Mais au-delà de la rhétorique des sommets, c’est l’intervention du ministre togolais des Affaires étrangères, le professeur Robert Dussey, qui a profondément donné le ton politique du congrès.

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le Panafricanisme et non le nationalisme

Face à une salle attentive, Robert Dussey a posé un jalon doctrinal rarement articulé avec une telle netteté : « Ne confondons pas le panafricanisme et le nationalisme. » Une phrase simple, mais lourde de sens dans un continent traversé par la résurgence des souverainismes d’État, parfois confondus avec une posture panafricaine.

Pour le chef de la diplomatie togolaise, le panafricanisme est historiquement antérieur aux indépendances et, surtout, extérieur au cadre des États africains contemporains. « L’idée est née chez les Afro-descendants, et non des Africains », a-t-il rappelé, soulignant que ce sont les descendants d’esclaves, au Brésil, dans les Caraïbes ou en Amérique du Nord, qui ont forgé le projet panafricain comme une réponse globale à un système global d’oppression.

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En revendiquant cet héritage, Robert Dussey a recentré le débat. Le panafricanisme n’est pas un instrument de repli identitaire, mais une pensée transnationale de libération. Il refuse la logique des frontières héritées de Berlin, récuse les souverainetés étriquées, et se projette comme une communauté de destin à l’échelle de la diaspora et du continent africain.

À Lomé, la présence remarquée de délégations venues du Brésil, de la Colombie ou des Caraïbes n’était pas anecdotique. Elle consacrait une Afrique élargie, plurielle, éclatée géographiquement mais unifiée historiquement. Pour Dussey, cette diversité n’est pas une faiblesse ; elle est la matrice même du projet panafricain.

Cette relecture est politique. Elle signifie que la réforme des institutions internationales ne peut être portée par une Afrique fragmentée, prisonnière de ses États-nations. Elle exige, au contraire, une coalition mondiale de peuples afrodescendants, capables de peser sur les rapports de force culturels, économiques et diplomatiques.

Du congrès à la stratégie

Reste la question centrale : que fera-t-on, une fois les discours prononcés ? Le congrès, assurent ses organisateurs, doit déboucher sur une feuille de route opérationnelle. Les participants – chefs d’État, intellectuels, acteurs de la société civile, représentants de la diaspora – sont appelés à proposer des mécanismes concrets pour une Afrique plus influente dans les instances mondiales.

Les chantiers vont de la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, de la gouvernance financière internationale, à l’accès équitable aux ressources, passant par la mobilité des personnes, ainsi que la souveraineté numérique. Reste à transformer la conscience en stratégie, et le discours en instrument.

À travers ce 9ᵉ Congrès panafricain, le Togo tente un pari diplomatique audacieux consistant à relancer une idée historique dans un monde profondément reconfiguré. Pour Robert Dussey, une chose est claire : le panafricanisme ne peut rester un mythe mobilisateur sans devenir une force organisée.

À Lomé, cette semaine, l’Afrique ne s’est pas seulement racontée son passé. Elle a osé interroger les conditions de sa puissance future. Et dans la voix de Prof Robert Dussey, elle a rappelé que sa géographie ne commence ni ne s’arrête à ses frontières.

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