Yas Fiesta

Affaire Grace Koumayi : Appel du MMLK ‘au nom de l’humanité’

Didier ASSOGBA
4 Min Read
Grace Koumayi

Au Togo, l’affaire Grace Koumayi s’impose désormais comme un bras de fer public entre les forces de sécurité togolaises et les organisations de défense des droits humains. Au centre de la controverse, des accusations graves de viol, de traitements cruels et inhumains, imputées à des gendarmes lors de l’interpellation de cette sage-femme en juin dernier. Des faits que la gendarmerie nationale dément fermement.

Dans un communiqué rendu public ces derniers jours, la gendarmerie affirme n’avoir constaté « aucun acte de violence sexuelle » lors de la garde à vue de l’intéressée et soutient que les personnes interpellées ont été détenues « dans le respect des procédures ». Une version immédiatement contestée par le Mouvement Martin Luther King (MMLK), organisation de défense des droits de l’homme au Togo, qui dénonce ce qu’elle qualifie de « communication tardive » et peu convaincante.

- Advertisement -

Pour le MMLK, dirigé par le pasteur Edoh Komi, les déclarations officielles de la gendarmerie entrent en contradiction avec plusieurs témoignages recueillis dès juin, peu après la libération de certains manifestants arrêtés lors de rassemblements contre la cherté de la vie. Cette organisation affirme avoir rencontré Grace Koumayi, laquelle aurait livré un récit « détaillé et constant » des sévices qu’elle dit avoir subis en détention.

Mais elle n’est pas la seule à dénoncer des abus. Le communiqué du MMLK mentionne aussi les témoignages de plusieurs femmes – notamment Amavi Katanga – ainsi que ceux de jeunes militants, dont Bertin, responsable d’une organisation étudiante. Tous évoquent des violences physiques et psychologiques qui, selon les termes du MMLK, pourraient « s’apparenter à des actes de torture ».

- Advertisement -

Dans cette confrontation indirecte, deux récits s’opposent. Celui d’une institution sécuritaire défendant son intégrité, et celui des organisations civiles revendiquant leur mission de contre-pouvoir.

Affaire Grace Koumayi ou l’arrière-plan des manifestations de juin

L’affaire remonte aux événements du 6 juin 2025, lorsque plusieurs dizaines de personnes avaient été interpellées à Lomé lors de manifestations spontanées contre la vie chère. Des vidéos montrant des arrestations musclées avaient alors circulé sur les réseaux sociaux.

- Advertisement -

Selon le MMLK, ces images ne sont pas isolées. L’organisation affirme que le traitement sécuritaire de ces manifestations s’inscrit dans un pattern plus large de violences policières, parfois fatales. Elle cite notamment des décès par noyade et des brutalités documentées par le Collectif des associations contre l’impunité au Togo (CACIT), sans que des enquêtes approfondies n’aient, à ce stade, abouti à des sanctions publiques.

Au-delà de la polémique, le MMLK appelle à la libération immédiate de Grace Koumayi ainsi que de plusieurs autres détenus arrêtés pour leurs prises de position. Avec un argument à la fois juridique et culturel, l’organisation affirme qu’il est « inconcevable » de maintenir en détention des femmes allaitantes ou mères de nourrissons.

« Séparer une mère de son enfant dans de telles conditions heurte nos valeurs fondamentales », plaide le communiqué, qui s’adresse directement aux magistrats, au ministre de la Justice et à la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH).

Pour le MMLK, l’enjeu dépasse le sort individuel de la principale concernée. L’organisation estime que cette affaire « ternit l’image du pays » et appelle les autorités à faire toute la lumière sur ces accusations afin d’éviter un nouveau discrédit international dans un contexte régional où les questions relatives aux libertés publiques sont sous haute surveillance.

Rejoignez-nous sur notre chaîne WhatsApp pour plus de détails

- Advertisement -
Share This Article