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Guinée-Bissau : l’armée suspend les institutions après le coup d’Etat

Didier ASSOGBA
5 Min Read
Les militaires au pouvoir en Guinée-Bissau

La Guinée-Bissau est depuis ce 26 novembre sous contrôle militaire. Des unités des forces armées ont renversé le président Umaro Sissoco Embaló, interrompant brutalement un processus électoral déjà contesté. Tirs à proximité du palais présidentiel, arrestations au sommet de l’État et coupure partielle des communications, la capitale Bissau a vécu une journée sous haute tension, achevée par une annonce télévisée scellant le retour des militaires au pouvoir.

C’est le brigadier général Denis N’Canha, chef du bureau militaire de la présidence qui s’est exprimé à l’état-major des forces armées à Bissau. Dans un message adressé à la nation, c’est un « commandement militaire transitoire » qui a pris les rênes du pays afin de « restaurer l’ordre constitutionnel ». Une formule paradoxale, alors même que la Constitution est suspendue de facto. Le scrutin présidentiel, dont les résultats devaient être proclamés, est gelé « jusqu’à nouvel ordre ».

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Le président déchu a confirmé avoir été arrêté dans son bureau, au palais présidentiel. Il assure n’avoir subi aucune violence. Dans le même temps, le chef d’état-major général des armées, son adjoint, ainsi que le ministre de l’Intérieur figurent parmi les responsables interpellés, indiquant une rupture nette au sommet de l’appareil sécuritaire lui-même.

Les militaires ont immédiatement fermé l’ensemble des frontières – terrestres, aériennes et maritimes. Un couvre-feu est imposé de 21 heures à 6 heures du matin. Toute activité politique est formellement suspendue.

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Pour justifier le coup d’Etat, les militaires évoquent un « plan de déstabilisation nationale» impliquant des acteurs politiques alliés à des réseaux criminels. Aucune preuve tangible n’a cependant été rendue publique à ce stade.

La Guinée-Bissau dans les travers de coup d’Etat

Ce coup d’Etat intervient dans un contexte déjà explosif. Dimanche, les Bissau-Guinéens avaient été appelés aux urnes dans une élection présidentielle tendue. Le camp présidentiel comme l’opposition revendiquaient chacun la victoire, dans une atmosphère de suspicion généralisée.

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L’un des principaux opposants historiques, Domingos Simões Pereira, n’avait pas été autorisé à se présenter. Son parti, le PAIGC, avait alors transféré son soutien au candidat outsider Fernando Dias de Costa, renforçant la polarisation du scrutin. On apprend finalement que les deux opposants, Domingos Simões Pereira et Fernando Dias, ont été également arrêtés par des hommes armés et conduits à la base aérienne.

« Le pays était assis sur une poudrière politique », confie sous couvert d’anonymat un diplomate ouest-africain en poste à Bissau. « L’armée n’a fait qu’embrayer sur une crise déjà profondément installée. »

La Guinée-Bissau, petit État instable de la façade atlantique africaine, est coutumière des interventions militaires. Depuis son indépendance en 1974, elle a connu une série de tentatives de coups d’État, d’assassinats politiques et de transitions avortées. Le pays est aussi depuis longtemps dans le viseur des agences internationales comme un nœud majeur du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe. Cette économie parallèle a contribué à affaiblir l’État et à brouiller les frontières entre pouvoir politique, hiérarchie militaire et criminalité organisée.

Dans un climat régional déjà marqué par les coups d’État au Mali, au Burkina Faso, et au Niger, la situation bissau-guinéenne confirme une fragilité persistante des institutions civiles en Afrique de l’Ouest.

Pour l’instant, aucun calendrier de transition n’a été communiqué par la junte. Une incertitude de plus pour une population habituée aux promesses de retour à l’ordre constitutionnel, rarement suivies d’effets durables. En Guinée-Bissau, le pouvoir a encore changé de mains sans passer par les urnes. Et l’avenir, lui, reste suspendu aux déclarations imprécises de généraux désormais installés au sommet de l’État.

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