Togo/PASH-MUT: les goulots d’étranglement ayant poussé à l’annulation

Togo Breaking News
By
Togo Breaking News
La rédaction de Togo Breaking News réunit journalistes, rédacteurs et correspondants engagés dans la couverture de l’actualité togolaise, africaine et internationale. Depuis 2014, le média propose...
5 Min Read

Contestations de marchés, irrégularités relevées, contrats annulés et décaissements limités à seulement 9 % : le Projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain (PASH-MUT), financé à hauteur de 100 millions de dollars par la Banque mondiale, n’ira finalement pas à son terme. Derrière cette décision se dessinent les difficultés de gouvernance qui ont progressivement paralysé l’un des principaux programmes d’investissement du secteur de l’eau au Togo.

Lancé en 2023 avec le soutien de la Banque mondiale, le PASH-MUT ambitionnait de transformer durablement l’accès à l’eau potable dans le Grand Lomé. Extension des réseaux de distribution, réalisation de nouveaux systèmes d’alimentation en eau potable, construction d’un château d’eau à Cacaveli et amélioration des performances de la Société togolaise des eaux (TdE) figuraient parmi les principales composantes de ce vaste programme de 100 millions de dollars.

- Advertisement -

Trois ans plus tard, le constat est sans appel. Le projet est interrompu avant son terme. Une décision qui ne résulte pas d’un manque d’ambition, mais d’une accumulation de blocages techniques, administratifs et financiers ayant fini par compromettre sa mise en œuvre.

Des marchés publics au cœur des blocages

Selon les éléments de cadrage présentés par les autorités, les principales difficultés sont apparues lors de la passation des marchés publics.

Le contrat le plus stratégique, celui portant sur la réduction des pertes d’eau au sein de la TdE à travers un mécanisme de rémunération basé sur la performance, s’est retrouvé au centre des controverses. Les vérifications menées ont mis en évidence une offre financière jugée anormalement basse, tandis que des diligences complémentaires ont révélé des irrégularités concernant certains opérateurs économiques impliqués dans la procédure.

- Advertisement -

Ces constats ont conduit à la remise en cause du processus de sélection et à l’annulation du marché.

D’autres composantes majeures du programme ont connu le même sort. Les appels d’offres relatifs aux forages stratégiques et à certaines infrastructures hydrauliques ont fait l’objet de recours successifs, de vérifications techniques et de procédures de contrôle qui ont considérablement retardé leur exécution.

- Advertisement -

La gouvernance du PASH-MUT fragilisée

Au-delà des difficultés liées aux marchés publics, le PASH-MUT a également traversé une période de fortes turbulences institutionnelles. Le renouvellement de l’équipe chargée de sa gestion est intervenu dans un contexte déjà marqué par les contentieux administratifs. Cette réorganisation, bien qu’engagée pour redresser la situation, n’a pas suffi à relancer efficacement l’exécution du programme.

Au fil des mois, les retards se sont accumulés, compromettant les objectifs initiaux et réduisant la capacité opérationnelle du projet.

La conséquence la plus visible de ces dysfonctionnements demeure le très faible niveau d’exécution financière. Alors que le PASH-MUT disposait d’un financement conséquent de la Banque mondiale, son taux de décaissement est resté limité à environ 9 %, un niveau très éloigné des prévisions établies lors de son lancement.

Ce faible niveau de consommation des ressources reflète l’ampleur des goulots d’étranglement qui ont paralysé le projet, entre recours administratifs, annulations de contrats et ralentissement des procédures.

Un prêt souverain qui impose une gestion rigoureuse

La décision de mettre fin au financement initial s’explique également par une contrainte budgétaire majeure. Contrairement à une subvention, le PASH-MUT reposait sur un prêt souverain. Chaque décaissement venait ainsi accroître l’endettement public du pays.

Dans ces conditions, poursuivre un projet durablement bloqué, sans perspectives crédibles d’accélération, apparaissait difficilement compatible avec les principes de bonne gouvernance financière et d’efficacité de la dépense publique que le gouvernement entend désormais renforcer.

Cette approche traduit une volonté d’éviter que des ressources empruntées continuent d’être mobilisées sans produire les résultats attendus pour les populations.

L’arrêt anticipé du PASH-MUT ne signifie pas un abandon des investissements dans le secteur de l’eau. Les autorités annoncent désormais une réorientation stratégique autour d’un « Pacte pour l’eau », destiné à accélérer les investissements structurants, renforcer durablement la sécurité hydrique à l’horizon 2030 et tirer parti des nouveaux mécanismes de financement proposés par l’initiative « Water Forward » de la Banque mondiale.

Cette nouvelle approche vise à repartir sur des bases jugées plus solides, avec des procédures renforcées, une gouvernance mieux encadrée et une exécution plus efficace des futurs projets.

Rejoignez notre chaîne WhatsApp pour ne rien rater !

Share This Article
La rédaction de Togo Breaking News réunit journalistes, rédacteurs et correspondants engagés dans la couverture de l’actualité togolaise, africaine et internationale. Depuis 2014, le média propose une information fiable et accessible sur la politique, l’économie, la société et les enjeux de développement, avec une approche axée sur la rigueur et le numérique