Robert Dussey : ‘Nous devons avoir honte de ce continent que nous ne portons pas assez bien’

Didier ASSOGBA
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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ...
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Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères, vient de livrer une réflexion incisive sur les limites actuelles de la diplomatie africaine et le manque de réactivité des institutions continentales face aux grandes crises internationales. Il intervenait dans l’émission « Moment de Vérité » d’Alain Foka. Dans ce contexte, Il annonce une session extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine (APA). La rencontre prévue le 3 juillet à Lomé sera consacrée aux conséquences de la crise au Moyen-Orient et aux réponses que l’Afrique peut y apporter.

Habitué aux formules feutrées des chancelleries, le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, a troqué la langue de bois diplomatique pour un parler-vrai mâtiné d’une profonde amertume. Face au mutisme assourdissant des capitales africaines face aux grands séismes géopolitiques contemporains — de la guerre ouverte au Moyen-Orient aux convulsions sécuritaires du Sahel —, le ministre a posé un diagnostic clinique et sans concession.

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Pour Robert Dussey, le silence de l’Afrique n’est pas une simple réserve stratégique, c’est « la honte ». Une paralysie qu’il attribue sans détour à « un mélange de peur, de lâcheté, d’ignorance et d’inconscience » au sein d’une partie de la classe dirigeante. C’est pour rompre ce constat d’impuissance que Lomé orchestrera, le 3 juillet prochain, une réunion extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine (APA).

Robert Dussey sur les crises que l’Afrique refuse de voir

L’Afrique subit de plein fouet les contrecoups de la marche du monde, mais elle feint de ne pas les voir. Le constat dressé par Prof Robert Dussey met en lumière des angles morts dramatiques pour l’avenir du continent.

D’abord au sujet du choc énergétique du Moyen-Orient, il faut faire remarquer que depuis l’embrasement du 28 février dernier entre l’Iran, les États-Unis et Israël, et la fermeture consécutive du détroit d’Hormuz, le prix du baril de pétrole s’envole. Un choc symétrique qui asphyxie les économies africaines non productrices et pénalise paradoxalement les producteurs, incapables de raffiner leur propre brut.

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Vient ensuite le péril sécuritaire au Sahel. L’attaque terroriste d’une violence inouïe survenue le 25 avril 2026 au Mali, scellant l’alliance opportuniste entre rebelles et groupes djihadistes, n’a suscité que des condamnations timorées. Le chef de la diplomatie togolaise a réaffirmé son soutien « inconditionnel » aux pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), rappelant que la poussée djihadiste vise un accès direct à l’océan Atlantique.

Enfin, on a ce miroir brisé de la solidarité panafricaine. Les résurgences régulières de violences xénophobes en Afrique du Sud, provoquant des tensions vives avec le Nigeria, sont passées sous silence par solidarité mal placée entre « pays amis ».

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« Nous devons, en tant qu’Africains, acteurs politiques ou non, avoir honte de ce continent que nous ne portons pas assez bien. Ce n’est pas l’héritage que nous ont laissé les pères des indépendances. Eux avaient une vision pour le continent, pour chacun de leur pays. », a martelé Robert Dussey.

L’APA, l’électrochoc face aux lourdeurs de l’UA

Face à ce constat, une question s’impose : où est l’Union africaine (UA) ? Pour le ministre togolais, la réponse réside dans les failles structurelles de l’organisation d’Addis-Abeba, jugée « très bureaucratique » et paralysée par des mécanismes institutionnels d’un autre âge.

C’est précisément pour contourner ces blocages qu’a été portée sur les fonts baptismaux, en mai 2023 sous l’impulsion du président Faure Gnassingbé, l’Alliance Politique Africaine (APA). L’APA ne se veut pas un substitut ou une rivale de l’UA, mais bien un laboratoire agile, une plateforme informelle de concertation pour les États décidés à « changer l’Afrique de l’intérieur ».

Le sommet du 3 juillet 2026

Le rendez-vous du 3 juillet 2026 au Palais des Congrès de Lomé s’annonce d’ores et déjà comme un événement diplomatique majeur. Preuve de l’urgence de la situation, le format a été élargi bien au-delà du noyau dur des pays fondateurs de l’APA.

Le sommet réunira une trentaine de délégations africaines, mais la véritable innovation réside dans l’invitation officielle lancée aux représentants des pays du Golfe. L’ambition est d’instaurer un dialogue direct, sans intermédiaire occidental, entre les deux rives de la crise. Un premier segment permettra aux Africains d’accorder leurs violons et d’évaluer l’impact économique (pétrole, gaz, engrais) et sécuritaire du conflit proche-oriental sur leurs budgets, avant d’engager le débat avec les puissances du Golfe.

L’objectif affiché par la diplomatie togolaise est d’aboutir à une position commune forte en faveur de la désescalade et de jeter les bases d’un partenariat économique plus résilient. Le sommet entend également poser les jalons d’une réflexion sur la souveraineté industrielle du continent, en soutenant des initiatives privées de raffinage local à l’instar de celle du nigérian Aliko Dangote, trop souvent entravée par des barrières internationales.

À travers cette initiative, le Togo confirme son statut de plaque tournante de la médiation africaine, capable de parler avec tout le monde — de la CEDEAO aux régimes de l’AES, des Grands Lacs aux monarchies du Golfe — pour tenter d’offrir, enfin, une voix audible à un continent trop longtemps condamné au rôle de spectateur de sa propre histoire.

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Didier ASSOGBA est journaliste multimédia, consultant médias, enseignant et politologue togolais. Actif depuis 2009, il dirige TogoBreakingNews.info depuis 2014. Diplômé de l’UCAO-Togo et formé à l’ESJ Lille, il est spécialisé en analyse politique, gouvernance, communication digitale et médias numériques en Afrique de l’Ouest.