Au Togo, la diffusion sur les réseaux sociaux d’une déclaration de militaires à la retraite arborant leurs grades a déclenché une vague d’indignation chez les citoyens et la société civile. La députée Brigitte Adjamagbo-Johnson saisit l’Assemblée nationale pour exiger des comptes.
C’est une séquence numérique qui ne passe pas auprès d’une partie de l’opinion publique togolaise. Depuis quelques jours, les réseaux sociaux s’enflamment après la publication d’une déclaration officielle émanant d’un groupe d’individus se présentant comme des « corps habillés à la retraite ». Ce qui choque la toile ? Ces militaires à la retraite ont choisi de s’afficher publiquement en uniforme, arborant fièrement leurs insignes et leurs grades pour porter un message dans l’arène publique.
Pour de nombreux internautes, activistes et acteurs politiques, cette mise en scène franchit une ligne rouge républicaine. Face à la montée de la colère et des inquiétudes en ligne, la députée Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, figure de proue de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), a décidé de porter le fer sur le terrain institutionnel. Elle a adressé, le 16 juin 2026, une question orale au gouvernement par l’intermédiaire du président de l’Assemblée nationale.
Le web togolais s’indigne
Sur X (ex-Twitter), Facebook et dans les boucles de messagerie WhatsApp, les réactions de citoyens et de figures de la société civile oscillent entre stupéfaction et colère. Les critiques se cristallisent sur l’usage des attributs de l’armée à des fins de communication politique par des civils. En effet, le statut de retraité conférant constitutionnellement le retour à la vie civile.
Les arguments avancés par les internautes indignés se résument en trois points cardinaux. D’abord, l’uniforme militaire appartient à l’État et symbolise la protection de tous, il ne peut servir de costume de scène pour des déclarations partisanes ou corporatistes.
Ensuite, l’affichage de grades militaires dans l’espace public est perçu par plusieurs comme une tentative d’infuser une autorité indue ou de faire pression sur le débat social. Enfin, des citoyens s’interrogent sur le deux poids, deux mesures, rappelant les restrictions sévères qui pèsent habituellement sur les manifestations et prises de parole de la société civile indépendante.
La neutralité républicaine ne prend pas sa retraite
Dans un communiqué officiel publié à Lomé jeudi 18 juin 2026, Brigitte Adjamagbo-Johnson recadre le débat autour des principes fondamentaux de l’État de droit. Sa démarche parlementaire, rappelle-t-elle, s’inscrit strictement dans la mission de contrôle de l’action gouvernementale dévolue aux élus du peuple.
L’élue de l’opposition ne cache pas ses préoccupations face à des propos qui, selon elle, menacent l’équilibre républicain. « Cette démarche vise à obtenir des clarifications sur plusieurs interrogations soulevées par le fait que d’anciens agents des forces de défense et de sécurité […] aient tenu publiquement sur des réseaux sociaux, des propos qui suscitent des inquiétudes quant au respect du principe de neutralité républicaine qui s’impose à eux dans ce cas d’espèce. »
Pour la parlementaire, le statut de retraité n’affranchit pas ces anciens serviteurs de l’État de l’obligation morale et juridique de neutralité. Elle exige désormais que l’exécutif se prononce clairement sur la légalité et l’opportunité d’une telle sortie publique.
Le silence sera-t-il brisé au sujet des militaires à la retraite ?
Au-delà du cas spécifique de ces militaires retraités, ce pavé dans la mare met en lumière une crise plus profonde : le mutisme chronique du gouvernement face aux interpellations des députés de l’opposition. Dans son communiqué, la députée de la DMP tape du poing sur la table et dénonce un déni de démocratie parlementaire.
« Il est souhaitable que les mécanismes de contrôle parlementaire puissent pleinement jouer leur rôle, dans le respect mutuel des institutions de la République », martèle Kafui Adjamagbo-Johnson.
Avant Brigitte Adjamagbo-Johnson, Nathaniel Olympio demandait le 15 juin dernier si la jeunesse togolaise était devenue l’ennemi à abattre. Le responsable du front ‘Touche Pas à Ma Constitution’ a dénoncé les menaces proférées par des militaires à la retraite qui évoquait l’idée de combattre les ennemis de Faure Gnassingbé « jusqu’au dernier souffle ».
« Des paroles d’une gravité extrême. Qui les autorise à tenir un tel discours ? Le chef d’état-major ? Le ministre des Armées ? Les Togolais méritent qu’on leur réponde », avait posté l’opposant sur X.
En rappelant l’exécutif à ses « exigences de transparence et de redevabilité », l’opposition togolaise cherche à savoir si le gouvernement osera, cette fois-ci, rompre le silence sur un sujet qui touche au cœur même de la sécurité et de la neutralité de l’État. L’affaire est désormais à suivre de près dans les couloirs du Parlement à Lomé.
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