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Togo : l’opposition interpelle la Francophonie

Didier ASSOGBA
5 Min Read

Lomé accueille depuis mardi la 17ᵉ Conférence des présidents d’Assemblée et de section de la région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). A l’occasion de ce rendez-vous, une partie de l’opposition togolaise a choisi de susciter un débat politique. Elle questionne la légitimité démocratique des institutions appelées à incarner le pays sur la scène internationale.

Réunis face à la presse mardi 7 avril à Lomé, plusieurs regroupements ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « contradiction majeure » entre les valeurs portées par la Francophonie et la réalité institutionnelle togolaise. Parmi se trouvaient la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK-original), la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), le mouvement Lumière pour le Développement dans la Paix (LDP) et le Front « Touche Pas à Ma Constitution ».

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D’entrée, ces formations questionnent la représentativité de l’Assemblée nationale togolaise de par sa configuration actuelle. Les opposants pointent une institution « monocolore », issue d’un scrutin législatif contesté, et dont la composition exclut, selon eux, toute représentation significative de l’opposition dans les instances parlementaires internationales, y compris au sein de l’APF.

Ils remettent également en cause le rôle de l’Organisation internationale de la Francophonie, accusée d’avoir validé des processus électoraux controversés. En ligne de mire, la certification du fichier électoral de 2024 jugé « suffisamment fiable » par les experts de l’organisation, malgré des critiques récurrentes des opposants sur sa crédibilité.

La Francophonie accusée de complaisance

Au-delà du cas togolais, les opposants élargissent leur critique à l’institution francophone elle-même. Ils appellent à une transformation profonde de l’OIF, qu’ils exhortent à devenir « la Francophonie des peuples » plutôt qu’un cadre perçu comme favorable aux régimes en place.

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L’organisation de cette conférence à Lomé est ainsi interprétée comme un signal politique fort. « En confiant cet événement au Togo, la Francophonie apporte son prestige aux autorités togolaises », estiment-ils, s’interrogeant sur la cohérence entre cette reconnaissance et les standards démocratiques officiellement défendus par l’organisation.

Cette sortie intervient dans un climat politique marqué par les controverses autour de la réforme constitutionnelle adoptée en avril 2024. Celle-ci a instauré un régime parlementaire inédit, dans lequel le chef de l’exécutif n’est plus élu au suffrage universel direct. Les opposants dénoncent un basculement institutionnel opéré sans consultation populaire et dans des conditions qu’ils jugent irrégulières. Les députés ayant, selon eux, dépassé leur mandat au moment du vote.

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Ils pointent également une concentration du pouvoir autour du président du Conseil, Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005 après avoir succédé à son père, Gnassingbé Eyadéma, resté à la tête du pays pendant près de quatre décennies.

Libertés publiques et espace civique en question

Au cœur des préoccupations exprimées figure aussi la situation des libertés publiques. Les opposants évoquent une réduction « drastique » de l’espace civique, marquée par des interdictions de manifestations, des dispersions de réunions politiques et des actes d’intimidation.

Ils rappellent notamment les violences survenues lors de mobilisations contre la réforme constitutionnelle en 2025, ainsi que des incidents impliquant des figures politiques et des acteurs de la société civile, parmi lesquels le député sénégalais Guy Marius Sagna.

La question des détenus politiques est également mise en avant. Malgré la libération de plusieurs dizaines de personnes fin 2025, environ 70 individus resteraient incarcérés pour des motifs politiques, certains depuis plusieurs années, selon ces formations.

Face à ce tableau, l’opposition togolaise formule une série d’exigences. Elle appelle à la libération des détenus politiques, le retour sécurisé des exilés, et l’ouverture d’un processus de transition démocratique « inclusif et transparent ».

Les opposants appellent également l’OIF à « reconnaître sa responsabilité » dans ce qu’elle décrit comme un désordre institutionnel, et à aligner ses positions sur les réalités vécues par les populations.

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