La scène judiciaire togolaise est de nouveau marquée par un tournant important dans le procès Madjoulba, du nom de l’officier supérieur togolais, assassiné en mai 2020 au camp du 1er Bataillon d’intervention rapide (1er BIR) à Lomé. Après une première condamnation rendue en 2023, la cour d’appel militaire de Lomé a repris les débats le 16 février dernier. Après quelques jours d’audience, le parquet a rendu son réquisitoire plus sévère que le verdict initial.
L’audience devant la cour d’appel s’était ouverte avec la présence de l’ancien chef d’état-major des Forces armées togolaises (FAT), le général Abalo Félix Kadangha. Il a été condamné en première instance à vingt ans de réclusion criminelle pour complot contre la sûreté de l’État, complicité d’assassinat et entrave au bon fonctionnement de la justice.
Aux côtés de Félix Kadangha figuraient plusieurs co-accusés, dont des officiers supérieurs, le chauffeur du colonel Madjoulba et la soldate de permanence la nuit du drame.
Un réquisitoire plus sévère
Mercredi 25 février, devant la cour d’appel militaire, le procureur général du parquet militaire a réclamé des peines allant de 3 à 50 ans de réclusion, estimant que les sanctions prononcées en première instance ne reflétaient pas la gravité des faits.
Pour le ministère public, les condamnations antérieures n’auraient pas tenu compte de l’ampleur supposée du complot et de l’intention meurtrière qui aurait animé les accusés. Le magistrat a ainsi plaidé pour des peines maximales à l’encontre du général Félix Kadangha, du colonel Ali Kodjo et du chauffeur, qualifiant l’ensemble des prévenus comme coupables des charges retenues contre eux.
Lors de son réquisitoire, le parquet a insisté sur l’existence d’un « complot minutieusement orchestré » et sur le besoin de corriger ce qu’il considère comme une insuffisance des peines prononcées en première instance. De l’autre côté, la défense a dénoncé des irrégularités de procédure et un manque de preuves tangibles, réaffirmant que les éléments matériels versés au dossier ne permettent pas, selon elle, d’établir de façon certaine la culpabilité de leurs clients.
Des zones d’ombre dans le procès Madjoulba
Les circonstances exactes de l’assassinat du colonel Madjoulba continuent de susciter débats et interrogations. La majorité des militaires entendus au sein de la garnison ont affirmé n’avoir entendu aucun coup de feu cette nuit-là, à l’exception d’une militaire en faction qui a évoqué un bruit interprété comme l’éclatement d’un pneu. Ce point, au cœur des discussions de la cour, alimente depuis six ans les polémiques autour de la vérité judiciaire et du rôle exact de chacun des accusés.
Le procès en appel se poursuit ce jeudi 26 février, avec l’enchaînement des plaidoiries de la défense. L’issue de cette procédure est attendue avec une grande attention. Elle pourrait non seulement influer sur le sort des prévenus, mais aussi avoir des répercussions politiques et institutionnelles plus larges dans un Togo où les enjeux de transparence judiciaire sont au centre des préoccupations nationales.
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