Un nouveau tournant s’annonce dans les relations bilatérales entre le Ghana et le Togo. Le gouvernement ghanéen a décidé de recourir à l’arbitrage international pour délimiter la frontière maritime entre les deux pays. Ceci conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM).
L’information est contenue dans un communiqué diffusé ce vendredi 20 février 2026. Selon Accra, cette initiative intervient après huit années de négociations infructueuses menées dans l’espoir d’aboutir à un accord consensuel.
« Le Ghana a pris cette mesure afin d’éviter une escalade des incidents qui ont créé des tensions entre certaines de nos institutions et de promouvoir un règlement à l’amiable », a déclaré Felix Kwakye Ofosu, député et porte-parole du Président, Ministre des Communications gouvernementales.
Les origines des tensions autour de la frontière maritime
La question de la frontière maritime entre les deux voisins du Golfe de Guinée ne date pas d’hier. Depuis bientôt dix ans, le Togo s’est exposé aux visées expansionnistes du Ghana dans le Golfe de Guinée. Les autorités togolaises ont contesté l’attribution d’un marché d’exploration pétrolière dans le bloc ultra-profond de Kéta-Est, estimant que la concession pétrolière octroyée est un territoire togolais. Une situation qui a poussé le Comité de l’intérêt public et de la responsabilité (PIAC Ghana) à recommander aux autorités ghanéennes de trouver une solution avec le Togo notamment par une délimitation de la frontière maritime.
Lors des négociations engagées depuis 2018, le Ghana avait proposé d’aller à une délimitation provisoire. Mais le Togo insiste sur la nécessité de trouver un accord définitif sur la question.
La question touche à des enjeux économiques et sécuritaires majeurs, notamment l’exploitation des ressources halieutiques et énergétiques offshore. Les zones maritimes contestées suscitent depuis plusieurs années des crispations discrètes, parfois matérialisées par des incidents impliquant des navires de pêche ou des acteurs institutionnels.
Le recours à l’arbitrage, prévu par la CNUDM vise en principe à offrir un cadre juridique neutre pour trancher les différends. Une procédure qui, bien que légale et encadrée, peut néanmoins s’avérer longue et politiquement sensible.
Crise diplomatique entre le Ghana et le Togo ?
Si Accra insiste sur sa volonté de préserver de « bonnes relations » avec Lomé, cette décision pourrait comporter plusieurs inconvénients diplomatiques. D’abord, le recours à une juridiction internationale peut être perçu comme un aveu d’échec du dialogue bilatéral. L’on estime que cela pourrait fragiliser la confiance mutuelle, surtout si la procédure donne lieu à des déclarations publiques ou à des lectures divergentes des faits historiques et juridiques.
Ensuite, la médiatisation du différend pourrait raviver des sensibilités nationalistes dans les deux pays. Les opinions publiques, souvent peu familières avec la technicité du droit maritime, pourraient interpréter la démarche comme une confrontation plutôt qu’un mécanisme de règlement pacifique.
L’autre risque reste la suspension implicite de certaines coopérations techniques ou sécuritaires en mer, par prudence politique. Or, le Ghana et le Togo collaborent déjà sur plusieurs dossiers régionaux, notamment la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée, la lutte contre la pêche illicite et la criminalité transfrontalière.
Enfin, une décision arbitrale défavorable à l’une des parties pourrait générer des frustrations politiques internes, susceptibles de compliquer la mise en œuvre du verdict et d’alimenter des tensions diplomatiques à moyen terme.
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