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Franc CFA: Un malade qui refuse de mourir ?

Komi Abalo, doctorant en cotutelle entre la France et le Canada
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Komi Abalo ne saurait rester en marge de la problématique relative au franc CFA qui anime la vie économique de l’espace UEMOA ces derniers temps. Loin d’aller à pas de charges, le Doctorant en Cotutelle entre la France et le Canada pose un diagnostic sur le sujet et recentre le débat sur l’utilité ou l’inutilité du CFA pour l’Afrique. Voici sa tribune.

La zone franc trouve ses origines au milieu du XIXe siècle au cours de la conquête coloniale française. Après la Première Guerre mondiale et la crise économique de 1929, la France est affaiblie. La recherche des moyens pour combler les dépenses et les pertes issues de cette guerre est devenue indispensable. La monnaie devint alors essentielle dans la facilitation des échanges et des commerces. La stratégie fut d’abord défensive, centrée sur les unions commerciales naissantes et la protection autour de territoires dépendants des métropoles, avec la mise en place de différentes monnaies surévaluées et contrôlées. Dans cette perceptive, la France mit sur pied et entretient le FCFA, une monnaie procurant d’élogieux avantages aux produits locaux tout en facilitant les échanges. Cette monnaie est émise par la Caisse centrale de France aux pays d’outre-mer [1].

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 Et si le franc CFA ne mourait jamais ?

Aujourd’hui, en dehors de quelques politiques véreux qui profitent des avantages du pouvoir, donc affiliés à la cause française, nombreuses sont les voix qui proclament la mort du franc CFA. Un mouvement social animé par les économistes, sociologues, anthropologues, historiens, panafricains, activistes, voire profanes etc., se dessine en faveur de la rupture avec cette monnaie. Plus de soixante ans après les indépendances, la survie du partenariat entre la France et ses anciennes colonies est fascinante et frise beaucoup d’interrogation. En effet, c’est une relation inhabituelle entre un pays du Nord, dit développé et des pays du Sud, dits sous-développés avec en ligne de mire la monnaie.

La France lie sa monnaie avec celle des pays du Nord. Cette relation directe ou étroite pose problème dans les pays du Sud surtout que la monnaie n’est pas simplement une question de comptabilité mais plutôt un moyen de contrôle et de politique économique.  Autrement lorsqu’on gère une monnaie, elle est gérée en fonction du type d’économie qu’on représente. Le franc CFA est lié à la monnaie française et répond davantage plus aux besoins économiques de la France et de l’Europe qu’à ceux des pays africains. Cette relation reste atypique dans le monde. Avec cette monnaie, les pays du Sud avec des besoins monétaires différents se retrouvent pris en étau. Cette relation est ancienne au moment où la France a accepté l’apparente décolonisation politique qui fait des pays africains des États satellites [2].

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Au moment de la décolonisation, la France a cherché à conserver des liens avec pratiquement tous les pays qu’elle avait été obligée d’abandonner. Ce lien était avant tout monétaire. En Afrique du nord par exemple, les dinars tunisiens et algériens et le dirham marocain ont été aussi liés au franc français.  Après les indépendances, ces pays du Maghreb ont réussi à rompre leur lien monétaire avec leur ancien maître, alors que celui des pays d’Afrique subsaharienne a été maintenu dans presque tous ses États francophones. Cet état de fait suscite aujourd’hui dans tous les espaces (scientifiques, médiatiques, réseaux sociaux, etc.) de sérieuses controverses. Cette question très controversée a provoqué des torrents de textes et de discours sur la nature de cette relation, son bien-fondé et sa nécessité, surtout dans les pays africains, moins en France où cette question est peu abordée et demeure un angle mort dans les réflexions économiques qu’en milieux académiques.

Le franc CFA demeure un résidu de la période coloniale qui a eu un effet direct sur le développement économique des pays africains, bien que certains économistes, souvent profrançais, approuvent la thèse contraire. Ces derniers soutiennent que cette relation procure à la monnaie franco-africaine une stabilité qu’elle n’aurait jamais eue si la gestion du FCFA était laissée aux mains des pays africains. La France évoque comme deuxième argument l’arrimage du FCFA au franc français puis à l’euro évite un changement brusque aux parités sur le plan mondial, donc un avantage pour eux que d’être adossés à une monnaie forte. Les panafricanistes, du moins les nationalistes pensent que l’Afrique est liée à une monnaie trop forte qui ne peut pas stimuler la croissance et les investissements, donc rend difficile les importations.

L’arrimage du FCFA à l’euro ne peut qu’entraîner des endettements. En effet, l’euro est une monnaie qui est gérée de façon artistique dans la doctrine économique internationale. Cette rigueur n’est pas avantageuse aux pays africains, d’où les nombreuses tensions qui sévissent. La matière à explorer serait d’une manière polémique : ceux qui sont contre le franc CFA le dénoncent sans problème bien qu’ils manquent de données chiffrées. On a donc persuadé très tôt les pays africains d’évoluer dans une coopération monétaire avec la France plutôt que de se livrer à eux-mêmes. Ils sont, de ce fait, considérés comme incapables de se prendre en charge. Cette relation fut maintenue depuis la création du franc CFA en 1945 jusqu’aux indépendances. D’après les propos des élites Français de cette époque, la coopération monétaire doit permettre aux pays d’outre-mer d’avancer sur la voie du développement plus vite qu’ils ne pourraient le faire seuls [3]. La plupart des pays africains cherchent à rompre cette relation pour avoir un développement autonome de manière à sortir du sous-développement. Sur ce, il importe de connaître l’efficacité du franc CFA pour lutter contre le sous-développement : serait-il positif ?  On se demande aujourd’hui à qui profite réellement le franc CFA, quand on sait que la partie française n’a pas respecté ses engagements d’aide au développement tenus au moment des indépendances.

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Comme Robin des bois à l’envers, le franc CFA continue de favoriser le bonheur d’un peuple au-delà des océans que le bien-être des Africains à qui cette monnaie est censée appartenir. Quand une politique internationale est en place, elle n’est pas sans appui chez les partenaires, elle doit avoir des appuis tant en Occident qu’en Afrique. Ceux qui contestent le franc CFA sont éloquents, ils écrivent beaucoup mais cette monnaie se maintient toujours, ce qui veut dire qu’il y a des intérêts qui la soutiennent en France et en Afrique. Il est important de chercher à connaître les secteurs qui tirent profit du FCFA en Afrique et les secteurs qui en bénéficient en France.

Le franc CFA est perçu comme une véritable arme dont l’État français a besoin pour assurer la continuité de la « Françafrique ». Les gains tirés par la France du dispositif franc CFA ne sont pas seulement d’ordre politique, mais aussi économique à travers l’importation à vil prix des matières premières dont elle seule détient la clé du prix. Le franc CFA constitue pour Paris [4] un moyen de pression, de répression et de contrôle. Parfois, on assiste à une sorte d’alliance et de mésalliance avec Paris. Face aux avancements de leurs homologues des ex-colonies britanniques, on note une grande disparité dans le développement des pays de la zone franc aussi bien sur le plan politique, économique que social.

                    L’Eco sera l’élu attendu par les Africains ?

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La question liée au projet Eco mérite d’être pris au sérieux pour éviter la colère des populations. Le retrait du Nigéria du projet Eco laisse à penser au manque et surtout au non-respect de certaines conditions préalablement soulevées par le géant de l’Afrique. Parmi ces conditions figure le retrait de la France du projet Eco et la fin de la dépendance monétaire des ex-colonies françaises à leur ancien maître. Tout ceci suscite des tensions, des interrogations, des désaccords et des accords pour préserver et maintenir la zone franc. Si le dernier point s’avère vrai, alors la France cherche à garder son poste en tant qu’arbitre du jeu. L’Eco sans le Nigeria c’est comme l’existence de la zone euro sans l’Allemagne. Le retrait du Nigeria s’accompagne des autres pays non-membres de la zone UEMOA [5]. Aux différents acteurs en charge du projet de savoir prendre les bonnes décisions au moment opportun, de réinventer les codes pour une nouvelle monnaie digne aux profits des Africains.

On se rend compte d’un jugement porté sur le franc CFA comme outil d’aliénation imposé par la France à ses ex-colonies ou encore d’un fait « néocolonial ». Certains ouvrages, nettement plus récents, placent la France dans un ensemble de relations triangulaires unissant Paris, la France et l’Afrique, entre partenariats et concurrences. Loin d’être neutre, la monnaie a toujours joué un rôle prépondérant dans le développement économique, politique, social, voire religieux d’une nation. Cependant, elle ne demeure pas le seul outil d’industrialisation et de développement.  La mauvaise gouvernance des États africains et le manque d’unanimité dans la prise des décisions constituent un autre enjeu.

Pour certains, il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs. En effet, les plus corrompus africains sont souvent formés dans des universités étrangères occidentales.  Pour d’autres, on note la participation de gré des Africains aux côtés des étrangers pour des accords peu profitables à la population. Sur ce, Nicolas Lawson [6] se prononce : « ce sont nos propres frères qui tiennent le devant de la corruption. Pourquoi acceptes-tu de prendre cent millions pour signer un contrat qui va coûter des milliards à ton pays [7] ? ». Par ailleurs, la corruption est érigée en règle de gouvernance avec la collusion de quelques occidentaux. Face aux difficultés auxquelles le continent est confronté, et l’utilisation du franc CFA comme le restant de ce qu’on a appelé autrefois « le pacte colonial », il est préférable d’appeler à une prise de conscience et d’une union panafricaniste.

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L’Afrique continue à se chercher et les grands espoirs de la décolonisation sont des choses du passé mais les problèmes qu’elle devait résoudre sont toujours là. En cela, l’Afrique n’est pas très différente des autres régions du Sud autrefois colonisées. Elles aussi affrontent de dures réalités et pourtant, les pronostics font de l’Afrique le continent de l’avenir. Comment concilier ces faits, les Africains finiront bien par prendre en main leurs pays et leur continent ? La question est comment et quand ? Une chose est sûre : cela ne viendra que des Africains eux-mêmes. À la France et aux autres acteurs externes de comprendre qu’ils ont intérêt à accompagner cette évolution. En adoptant la démarche contraire, les conséquences seront plus lourdes que ce que nous constatons aujourd’hui tant en Occident qu’en Afrique avec pour corolaire l’immigration.

Komi ABALO, doctorant en cotutelle entre la France et le Canada

[1] Les pays d’outre-mer désignent, entre autres, les quinze pays africains membres de la zone franc CFA. Ces pays membres sont la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin, le Burkina-Faso, le Mali, le Niger, le Sénégal et la Guinée-Bissau réunis dans la BCEAO. À ces pays s’ajoutent les membres de la BEAC qui sont le Gabon, le Congo-Brazzaville, le Cameroun, la République de Centrafrique, la Guinée Équatoriale et le Tchad. Le quinzième pays est la République fédérale islamique des Comores.

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[2] Un pays satellite est un pays qui, à l’intérieur est indépendant mais à l’extérieur dépend fondamentalement d’une puissance étrangère : la France dans notre contexte.

[3]Journal Officiel de France, N°3 du 15 avril 1970, page 186, alinéa 5.

[4] Paris désigne la France politique.

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[5] Union économique et monétaire ouest-africaine est une organisation ouest-africaine créée le 10 janvier 1994. Elle est composée de huit États (Bénin, Burkina-Faso, Coté d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Togo) liés par l’usage d’une monnaie commune, le F CFA.

[6] Nicolas Lawson est un homme politique d’État togolais et président du parti PRR (Parti du renouveau et de la rédemption).[7][7] Nicolas Lawson, d’après les résultats de nos recherches de terrain, 2018.

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