Cinquante (50) ans après ses premiers pas, l’EAMAU (École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme) célèbre son histoire tout en se tournant vers l’avenir. Depuis samedi dernier, l’institut basée à Lomé accueille plusieurs activités commémoratives réunissant des participants de différents pays. Au programme, des échanges sur les défis qui ont marqué sa création, son évolution et les perspectives d’une urbanisation mieux maîtrisée en Afrique.
Mardi, les discussions ont notamment porté sur 2 thématiques majeures : « L’EAMAU, 50 ans après » et « Les villes nouvelles en Afrique ». Deux sujets étroitement liés, entre bilan d’une institution de formation et réflexion sur les transformations urbaines du continent.
Le premier panel a permis de revenir sur les débuts de l’école, marqués par des difficultés financières et des contraintes logistiques. Le 1er directeur de l’EAMAU, Nassirou Ayeva a partagé des souvenirs de cette période fondatrice, notamment les obstacles rencontrés avant le lancement effectif des activités en 1976.
« Quand on a créé l’école, avec le budget qui avait été voté, on croyait qu’il fallait seulement aller prendre l’argent et venir travailler. Je me suis rendu à Bangui dans ce sens. Arrivé, il n’y avait rien. Je suis retourné à Lomé en attendant que les États membres honorent leur engagement. On a finalement démarré l’école en 1976 avec le peu de moyens qu’on disposait. Au départ, on avait des difficultés pour recruter des enseignants, manque de logements, et de subventions. L’objectif était de former des urbanistes de terrain, capables de répondre aux réalités africaines. L’école a tenu bon et voilà qu’on célèbre aujourd’hui 50 ans d’existence », a-t-il raconté.
EAMAU veut repenser les villes africaines
Le second panel a déplacé le débat vers l’avenir des espaces urbains. Autour du thème « Les villes nouvelles en Afrique », les échanges ont mis en lumière les limites des modèles actuels d’urbanisation et la nécessité de mieux organiser le développement des villes.
Pour Gervais Aurélien Dibantsa, architecte-urbaniste formé à l’EAMAU, les villes africaines doivent être repensées afin de répondre aux besoins des populations et aux réalités démographiques.
« Il est aujourd’hui important de repenser nos villes. De nombreuses agglomérations africaines se sont progressivement développées à partir d’anciens villages. Cette évolution s’accompagne aujourd’hui de difficultés similaires dans plusieurs pays. Le centre-ville concentre généralement les infrastructures et les voies aménagées. Entre ce noyau central et les périphéries, les équipements deviennent plus inégaux. À la périphérie, l’occupation de l’espace se poursuit souvent sans aménagement suffisant, sous l’effet de la pression démographique », a-t-il insisté.
Pour l’architecte-urbaniste, cette situation appelle une nouvelle approche de la planification urbaine. Il plaide notamment pour la viabilisation des espaces, une meilleure organisation de l’occupation des sols et la densification des zones urbaines.
« Nous, architectes, urbanistes, gestionnaires urbains et acteurs du cadre de vie, nous connaissons ces touches. Il faut viabiliser les espaces. Il faut aussi passer à la densification. Au-delà de la construction de nouvelles infrastructures, l’enjeu consiste ainsi à concevoir des villes mieux structurées, capables d’accueillir une population croissante tout en améliorant les conditions de vie », a-t-il expliqué.
L’EAMAU est basée à Lomé, au Togo. Elle est une institution interétatique d’enseignement supérieur et de recherche. Sa création résulte d’une résolution adoptée en 1975 lors d’un sommet des chefs d’État de l’Organisation commune africaine et malgache (OCAM), à la suite d’une étude de l’UNESCO sur les besoins de formation en architecture et en urbanisme.
L’établissement forme des architectes, des urbanistes et des gestionnaires urbains appelés à accompagner les mutations des villes africaines. Son cursus, organisé sur 5 années après le baccalauréat, s’inscrit dans le système Licence-Master-Doctorat (LMD) et associe conception architecturale, planification spatiale, analyse et anticipation des évolutions urbaines.
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