La libération récente de 75 personnes présentées comme des « détenus politiques » par l’opposition togolaise relance un vieux débat au cœur de la vie politique du pays : celui de la qualification même des arrestations liées aux crises politiques. Ces remises en liberté interviennent dans le cadre d’une vaste grâce présidentielle accordée à l’occasion du Nouvel An par le président du Conseil, Faure Gnassingbé, et qui a concerné, au total, 1 511 prisonniers.
Lundi 5 janvier 2026, plusieurs regroupements de partis politiques et d’organisations de la société civile étaient devant la presse. Le Front « Touche pas à ma Constitution », la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), la Dynamique Mgr Kpodzro (DMK) et la Lumière pour un développement dans la paix (LDP) ont confirmé les libérations. Tout en saluant une « avancée », ils estiment toutefois que le geste reste largement insuffisant.
Du côté des autorités, la grâce présidentielle est présentée comme une décision à forte portée sociale et humanitaire. Dans un communiqué publié fin décembre, le gouvernement a précisé que les bénéficiaires incluaient des détenus en fin de peine, des personnes condamnées pour des délits mineurs, des prisonniers âgés ainsi que des détenus gravement malades.
L’exécutif met également en avant les effets attendus de la mesure. Il s’agit de soulager les familles à l’occasion des fêtes de fin d’année, contribuer au désengorgement des établissements pénitentiaires et renforcer la conformité du Togo à ses engagements internationaux en matière de droits humains et de justice. Mais cette lecture officielle se heurte à une contestation persistante.
L’opposition réclame 70 autres détenus politiques
Pour les organisations mobilisées, environ 70 personnes restent encore détenues pour des motifs politiques. « Une réelle volonté d’apaisement devrait se manifester par la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques », ont-elles affirmé, appelant le pouvoir à aller au-delà de ce qu’elles qualifient de « gestes partiels ».
Ces revendications s’inscrivent dans un climat politique tendu depuis la révision constitutionnelle d’avril 2024 et le basculement effectif vers un régime parlementaire en mai 2025. Des réformes qui continuent d’être vivement contestées par une partie de l’opposition et de la société civile.
Le point de crispation central reste sémantique autant que politique. Le gouvernement togolais estimait qu’il n’existe pas de détenus politiques dans le pays. « Ce sont des éléments de langage utilisés à des fins politiques », avait déclaré l’ancien ministre Christian Trimua, rappelant que, juridiquement, les personnes incarcérées l’auraient été pour des infractions de droit commun.
Un argument rejeté par les opposants. Pour Nathaniel Olympio, porte-parole du Front « Touche pas à ma Constitution », la nature politique des détentions ne fait guère de doute : « Ils ont été arrêtés soit pour l’expression de leurs opinions politiques, soit lors de manifestations ».
Les regroupements politiques et citoyens ne limitent pas leurs exigences aux seules libérations. Ils réclament également le retour des exilés politiques, autre dossier sensible dans un contexte de recomposition institutionnelle et de contestation du pouvoir de Faure Gnassingbé.
Si les grâces présidentielles ont permis une décrispation partielle, elles apparaissent surtout comme un révélateur des fractures persistantes entre le gouvernement et ses détracteurs. Entre volonté affichée d’apaisement et accusations de manœuvre symbolique, la question des « détenus politiques » demeure l’un des marqueurs les plus visibles du malaise politique togolais.
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