À Lomé, la scène est inhabituelle mais révélatrice du climat politique actuel. Le président de l’Assemblée nationale, Komi Sélom Klassou, a présenté des excuses publiques à ses collègues députés, à la suite d’un incident survenu le 2 décembre, lors du passage du président du Conseil, Faure Gnassingbé, devant le Congrès.
À l’origine de cette mise au point, une interpellation du député d’opposition Aimé Gogue, qui a dénoncé les conditions d’accès imposées aux parlementaires ce jour-là. Selon plusieurs élus, il leur avait été interdit d’entrer dans l’enceinte de l’Assemblée nationale avec leurs véhicules, une mesure jugée humiliante et disproportionnée.
Sécurité invoquée, excuses formulées
Les faits, rapportés sans détour par l’élu de l’opposition, ont marqué les esprits d’après Telegramme228. En effet, tous les députés, sans distinction, avaient été contraints de stationner leurs véhicules dans l’enceinte du centre islamique voisin avant de rejoindre à pied l’enceinte de l’Assemblée nationale. Une marche improvisée, peu compatible avec le protocole et l’apparat habituel des grandes séances solennelles, et vécue comme un affront par certains élus.
Prof Aimé Gogue a exigé des explications de la part du président de l’Assemblée. Face à l’hémicycle, Komi Sélom Klassou, universitaire aguerri et fin connaisseur des arcanes politiques, a opté pour une réponse mêlant justification institutionnelle et geste d’apaisement.
« Vous aurez constaté qu’il y a eu plus de monde que d’habitude à l’intérieur de l’enceinte ce jour-là », a expliqué le président de l’Assemblée. « Pour la sécurité de nous tous, il a été demandé que les véhicules soient garés à l’extérieur. Si cela a causé des désagréments, nous présentons nos excuses. »
Un mea culpa rare dans une Assemblée nationale souvent perçue comme verrouillée, même si Komi Sélom Klassou a tenu à rappeler que la décision reposait sur les prérogatives que lui confère le règlement intérieur. Celui-ci lui donne, a-t-il souligné, toute latitude pour veiller à la sécurité dans l’enceinte parlementaire, y compris lors des séances solennelles. « Nous avons tous été bénéficiaires de cette mesure », a-t-il insisté, tentant de désamorcer la polémique.
Quid du rapport de la CNDH remis à l’Assemblée nationale
Profitant de l’échange, Aimé Gogue a élargi le débat à une autre source de crispation. Il s’agit du rapport d’enquête de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) sur les troubles sociopolitiques de juillet dernier. Ces événements, marqués par des manifestations contre la vie chère et la nouvelle Constitution, avaient donné lieu à des affrontements et à des arrestations, suscitant de vives inquiétudes au sein de la société civile.
Sur ce point, le président de l’Assemblée s’est voulu prudent. « Lors de la passation de service avec mon prédécesseur, ce dossier ne m’a pas été transmis », a-t-il affirmé, ajoutant que la CNDH n’avait, à ce jour, pas officiellement déposé son rapport au Parlement. « Dès que nous l’aurons, les députés verront comment l’exploiter », a-t-il assuré, promettant un partage du contenu avec l’ensemble des élus.
Derrière cet épisode apparemment anecdotique se dessine un malaise plus profond. Le Parlement est en quête de respect de ses prérogatives et d’un équilibre délicat entre exigences sécuritaires, discipline institutionnelle et reconnaissance du rôle des élus. Les excuses de Komi Sélom Klassou ont permis de calmer les esprits, sans pour autant dissiper les interrogations sur la gouvernance parlementaire et sur le respect du pouvoir législatif tant un pays où l’exécutif continue d’être perçu comme supérieur.
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