Au Togo, la fixation de prix planchers pour les produits vivriers met en lumière une zone d’ombre institutionnelle difficilement justifiable. Derrière la décision de l’Agence nationale de la sécurité alimentaire, une interrogation émerge dans l’opinion : comment expliquer que Ouro-Koura Agadazi, continue d’être Directeur général de l’ANSAT tout en étant officiellement en poste comme ambassadeur du Togo en France ?
Sur le fond, la mesure se veut structurante. À l’issue d’un atelier de concertation tenu à Atakpamé le 26 mars, réunissant producteurs, organisations paysannes et opérateurs économiques, l’ANSAT a arrêté des prix planchers d’achat bord champ pour la campagne agricole 2026.
Le maïs est ainsi fixé à 150 F CFA/kg, le riz paddy à 140 F CFA/kg, tandis que le niébé et le riz blanc usiné atteignent 400 F CFA/kg. L’objectif affiché est clair : sécuriser les revenus des producteurs, limiter les fluctuations du marché et améliorer l’organisation de la commercialisation.
Dans son communiqué, le directeur général insiste sur une « approche participative » et sur la nécessité de renforcer durablement la sécurité alimentaire.
Ouro-Koura Agadazi : Un cumul difficilement défendable
Mais au-delà des considérations techniques, c’est la signature même du communiqué qui interroge. Celle du colonel Ouro-Koura Agadazi, toujours présenté comme directeur général de l’ANSAT, alors même qu’il occupe parallèlement des fonctions diplomatiques à Paris.
Ce cumul pose un problème de cohérence institutionnelle. Peut-on, dans un État moderne, piloter une agence stratégique chargée de la régulation des marchés agricoles tout en représentant le pays à l’étranger dans une mission diplomatique à plein temps ?
La direction de l’ANSAT ne relève pas d’une fonction honorifique. Elle implique des arbitrages économiques sensibles, des négociations avec les acteurs du secteur et une présence opérationnelle sur le terrain.
Fixer des prix agricoles à l’échelle nationale engage directement des milliers de producteurs et d’opérateurs économiques. Cela suppose une disponibilité constante, une capacité d’écoute et une supervision rapprochée des mécanismes de mise en œuvre.
Dans ce contexte, maintenir un cumul avec une fonction diplomatique interroge sur la capacité réelle à assumer pleinement ces responsabilités.
Dysfonctionnements plus larges
Au-delà de la personne de Ouro-Koura Agadazi, cette situation illustre une pratique plus diffuse dans certains cercles de l’administration togolaise. Très souvent, on assiste à un cumul de postes stratégiques, souvent sans justification claire ni communication officielle. Pour nombre d’observateurs, cette opacité fragilise la crédibilité des institutions et alimente le sentiment d’une gouvernance peu soucieuse des standards de transparence et d’efficacité.
Dans un contexte où les enjeux agricoles sont cruciaux pour l’économie togolaise, la cohérence de la gouvernance apparaît comme un préalable indispensable. À défaut, même les décisions les plus consensuelles risquent de perdre en crédibilité.
À Lomé comme à Paris, une même interrogation persiste. Peut-on servir efficacement deux fonctions aussi exigeantes sans compromettre l’une ou l’autre ?
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